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Une contestation sociale intergénérationnelle

Ronald Cameron, 25 mai 2012

Il y a quarante ans, le Québec vivait sa première grande occupation des cégeps en 1968-69 et, en 1972, sa première grande grève générale du mouvement syndical. Autour de cette période, un mouvement s’est engagé pour exprimer largement les aspirations populaires et sociales. Aujourd’hui, force est de reconnaître que la jeunesse mobilisée exprime les mêmes aspirations de l’époque et ne s’oppose pas aux aspirations des générations qui se sont mobilisées dans le passé.

Lorsque la contestation sociale des années soixante et soixante-dix battait son plein, il y en avait plus d’un pour dire que les causes résidaient dans le fossé des générations ; la jeunesse partout dans le monde était analysée comme un seul moule ! Aujourd’hui, certains, comme Jean-Marc Léger, associe cette génération de « baby-boomers » à un tout autre phénomène, celui de la résistance aux changements.

Fossé des générations ou luttes sociales

Comme le prétend ce spécialiste des sondages d’opinion, le fossé des générations serait la principale raison qui expliquerait l’actuelle confrontation sociale : la génération des baby-boomers « n’accepte pas l’émergence d’un autre groupe qui ne pense pas de la même manière » (Le Devoir du 22 mai 2012).

Cette génération actuellement « au pouvoir » ne veut pas céder sa place et permettre à la jeune génération, qui souhaite prendre plus de place, les mêmes droits d’accès gratuit à l’éducation. Tout en appelant à plus de tolérance de la part de la génération des « boomers », Jean-Marc Léger réduit l’enjeu de la lutte actuelle à un phénomène passager, lié à l’âge et au dialogue intergénérationnel.

Les exemples sont nombreux pour démontrer que nombre de « boomers » ne sont pas au pouvoir et se désolidarisent d’une telle observation : les objectifs poursuivis par la jeunesse d’hier et celle d’aujourd’hui sont les mêmes finalement, en commençant par celui de l’accessibilité aux études universitaires. Au-delà des simplifications de l’analyse de M. Léger, c’est faire peu de cas de la dimension sociale de la contestation, qui se traduit par la présence de toutes les générations dans la rue, comme le démontre encore la manifestation du 22 mai.

Lutter contre la hausse des frais de scolarité a été de tous temps au Québec un argument de mobilisation de la jeunesse scolarisée, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier. Les « boomers » ont contribué à rendre plus accessible l’enseignement post secondaire notamment. L’enseignement supérieur était dominé par le privé et réservé à une élite. L’UQAM et les cégeps font partie des avancées de la « révolution tranquille », qui ne fut pas toujours aussi tranquille que veut le laisser entendre M. Léger. Et toutes les générations du mouvement étudiant ont contribué à résister aux hausses de frais de scolarité, que ce soit celles du PQ ou du PLQ.

La contestation des politiques néolibérales

Le fossé des générations masque trop les déboires du système capitaliste lui-même. La jeunesse de plusieurs pays du monde se rebelle contre la vie chère, les mesures d’austérité et les obstacles à l’accès à l’éducation. Aujourd’hui, c’est le ras-le-bol des politiques néolibérales qui gouverne l’action et les mobilisations en cours au Québec et non pas la volonté de « chasser une génération ». Il s’agit plutôt de chasser une vision de l’économie et de la société, celle qui présente les intérêts du capitalisme québécois comme déterminant ceux de la population.

L’adoption du projet de loi 78 a réjoui le capital financier et son personnel politique au Québec et au Canada. Elle a été célébrée spontanément par toutes les tendances conservatrices comme un pas dans la bonne direction. Combattre les dérives de la contestation est essentiel pour une stratégie centrée sur la création de richesse et la stabilité de la croissance.

Une victoire à la Pyrrhus ?

Toutefois, au vu de l’ampleur du soutien qui se manifeste de la part de la population et de différentes organisations de la société civile, l’inquiétude initiale qui a conduit le pouvoir politique à adopter une telle loi répressive n’est pas en voie de se dissiper. Tout indique que la pseudo-détermination que présente l’adoption de la loi par la majorité libérale est en train de se retourner contre elle.

Le gouvernement Charest a voulu porter un grand coup contre la jeunesse scolarisée, mais aussi contre toutes celles et ceux des autres générations qui les appuient. Le but est aussi de réduire au silence la contestation avant la période de l’été, car la stabilité économique est une question très concrète dans le cas du tourisme à Montréal. Pour maintenir la mobilisation et faire en sorte qu’elle puisse être la pierre d’achoppement à l’offensive libérale, l’unité de l’ensemble du mouvement étudiant, qui fut à ce jour une caractéristique majeure du succès de la lutte et l’assise de la crédibilité de toutes les organisations étudiantes, demeure essentielle.

À suivre.


1) Le Devoir, Point chaud – Face-à-face de générations « Les jeunes se réveillent, ne les écrasez pas ! » - Entrevue avec Jean-Marc Léger, le mardi 22 mai 2012.

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