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Bloquons les libéraux !

Roger RASHI, 18 mai 2012

Face à la loi d’exception visant à étouffer la grève étudiante

Le gouvernement Charest propose une loi d’exception draconienne visant à étouffer la grève étudiante et le mouvement de contestation sociale qui persiste depuis plus de 14 semaines. Ce projet de loi à provoqué une levée de boucliers, non seulement de la part des associations étudiantes qui la qualifient d’une “dérive autoritaire qui remet en question les libertés fondamentales” (1), mais de tout ce que le Québec compte d’organisations sociales syndicales et démocratiques.

Le Barreau du Québec, pourtant peu suspect de radicalisme insurrectionnel, se dit notamment préoccupé par :

  • les limitations apportées au droit d’association et au droit de manifestation ;
  • la judiciarisation des débats et le recours à la justice pénale prévus dans le projet de loi ;
  • les sanctions financières sévères imposées aux associations ;
  • le renversement du fardeau de la preuve qui rend les associations d’étudiants et les syndicats responsables d’actes commis par autrui ;
  • les pouvoirs accrus octroyés au ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Le communiqué ajoute que cette loi 78 “porte atteinte aux droit fondamentaux” et que ses dispositions exigeant que toute manifestation de 10 personnes ou plus soit tenue de dévoiler son itinéraire et mode de transport au moins huit heures avant qu’elle ne débute “sont contraires à la liberté d’expression “(2).

Me Louis Masson, le bâtonnier du Québec conclut sans ambages : « La loi adoptée va au-delà des questions de droits à l’éducation et touche des droits fondamentaux dans une société démocratique. »


La loi vise à étouffer la contestation sociale

À l’évidence, cette loi spéciale vise bien plus que la grève étudiante contre la hausse des frais de scolarité à l’université. Les porte-paroles des associations étudiantes l’ont tout de suite souligné en disant qu’elle était bien plus grave que la hausse de $1,625 sur cinq ans qui est à l’origine de la contestation étudiante. En effet, cette loi cherche à paralyser les associations étudiantes ainsi que les mouvements d’appuis à la grève qui se sont multipliées pendant les dernières semaines.

Derrière toute cette furie anti-étudiante se cache la véritable cible du gouvernement : étouffer toute mobilisation contre les politiques d’austérité. Car la grève étudiante par sa détermination, sa vigueur et son discours a canalisé toute la colère populaire contre les budgets d’austérité et la corruption rampante du parti libéral au pouvoir. Comme le disait la bannière de la CLASSE le 22 avril : “la grève est étudiante, la lutte est populaire”

La réponse à cette loi ignoble doit être énergique, vigoureuse et immédiate. Déjà la CLASSE, l’association étudiante la plus militante, a convié la population a se mobiliser dans les rues de Montréal le 22 mai. Plus que jamais, il faut faire de cette manifestation un grand rassemblement populaire comme le furent celles du 22 mars et du 22 avril qui virent chacune plus de 200,000 personnes déferlées dans les rues de la métropole.

À la mobilisation de masse il convient de greffer une riposte judiciaire contestant la constitutionalité de cette loi spéciale. La réaction du Barreau du Québec, celle de la Ligue des droits et libertés ainsi celles de nombreux juristes et experts constitutionnels démontrent que cette loi pourrait être contrée en cour. Cependant, les délais pour une telle contestation pourrait être fort longs et cette loi qui ne sera en vigueur que jusqu’en juillet 2013 pourrait avoir déjà avoir accomplie son œuvre d’éteignoir de la contestation.

Des visées électorales des libéraux ?

Ceci soulève d’ailleurs un autre aspect troublant de cette loi-matraque. Pourquoi cette limite, somme toute arbitraire, de juillet 2013 ?

Durant la conférence de presse conjointe chefs syndicaux et leaders étudiants du 18 mai à Québec, il fut évoqué à maintes reprises que l’objectif immédiat des dispositifs les plus contraignants de la loi 78 pourrait être d’empêcher les attroupements lors de la prochaine campagne électorale qui s’annonce d’ailleurs fort agitée pour le parti Libéral du Québec et ses candidats(3). La perspective d’être talonné dans leur campagne par des étudiants et citoyens mécontents ne sourit guère aux stratèges libéraux.

Ayant refusé de négocier de bonne foi avec les associations étudiantes tout en utilisant tout un artifice de tactiques judiciaires répressives matinée de brutalité policière, ayant ameuté tout ce que le Québec contient de chroniqueurs de droite, de radio-poubelles et de porte-paroles patronaux, le parti de Jean Charest s’accroche à un appel à “la loi et l’ordre” comme dernière planche de salut. D’un parti corrompu, trempant dans les scandales financiers et le favoritisme flagrant, l’on ne pourrait s’attendre à autre chose.

Bloquer les libéraux devient un besoin impérieux. Une vaste coalition anti-autoritaire et démocratique regroupant tous ceux et celles qui s’opposent à cette loi inique est un complément essentiel à la mobilisation de masse et à la contestation judiciaire. En temps et lieux, il faudra passer à la sanction des urnes. Mais aujourd’hui c’est dans la rue que cela se passe.

Nous reprenons l’appel de la CLASSE :
Face à l’ignoble loi 78, il est plus que jamais ESSENTIEL d’être dans la rue mardi le 22 mai prochain, à 14h00, à la Place des Arts.
Ensemble, bloquons la hausse !
Ensemble, bloquons les libéraux !


Notes
1. Citation de Gabriel Nadeau, dans ”Déclaration de guerre aux étudiants”, Le Devoir, 18 mai 2012, pg 1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/350413/titre
2. “Le Barreau critique le projet de loi spéciale du gouvernement Charest”, Radio-Canada, le 18 mai 2012.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/05/18/002-barreau-inquietude-loi-speciale.shtml
3. “Loi spéciale : les syndicats furieux”, Radio-Canada, le 18 mai 2012.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/05/18/003-syndicats-loi-speciale.shtml

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