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Victoriaville : Un champ de bataille

Blandine Parchemal, 7 mai 2012

Dans l’incapacité d’exprimer de façon constructive et argumentée ce que j’ai pu vivre lors de la manifestation de vendredi dernier à Victoriaville, je vais procéder par associations d’images et de mots. Il me semble en effet que face à un tel déploiement de violence policière, il est difficile de faire autrement que de faire appel soi-même à des phrases courtes et des images percutantes.

Un geste (réciproque) : celui de l’étudiant qui m’a pris par le bras alors que je titubais et qui a mis de l’eau dans mes yeux brûlants et incapables de s’ouvrir. L’eau que j’ai ensuite mis dans les yeux d’un étudiant qui souffrait du même mal.

Un souvenir (historique) : celui de mes livres d’histoire qui me racontaient la guerre des tranchées lors de la Première Guerre Mondiale. Un terrain boueux et pluvieux, une forêt en arrière, une cuvette où nous attendaient les anti-émeutes, une fumée constante provenant des gaz lacrymogènes, un bruit de fond issu des bombes assourdissantes : tout y était ou presque. La seule différence et non des moindres est que nous n’étions pas des soldats armés mais de simples étudiants ou professeurs venus manifester.

Une pensée (imaginée) : celle des membres du Parti Libéral installés confortablement à l’intérieur du palais des Congrès et ne prêtant aucune attention à la scène extérieure, voire esquissant un certain sourire narquois.

Une image (troublante) et une envie (désagréable) liée à celle-ci : celle d’un étudiant la tête ensanglantée allongé par terre. Celle de vomir.

Une peur (pétrifiante) : celle vécue dans l’autobus du retour quand on a appris que plusieurs autres autobus s’étaient fait arrêtés. Par chance, nous avions voté l’absence de pause sur le trajet. Nous avons débarqué ailleurs par peur d’être attendu.

Un mot (unique) : dégoût.


Blandine Parchemal est doctorante en philosophie à l’Université de Montréal.