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La grève se poursuit et se poursuivra. L’invitation à « apprécier l’offre globale » du gouvernement est déjà rejetée par certains et le sera sans doute davantage dans les jours qui viennent.

Permettez-moi d’abord de clarifier une idée. L’offre du gouvernement n’a rien de global. Une offre globale serait le fruit d’une vision globale de la situation actuelle, qui s’étend du moins de l’accessibilité aux études au financement du système d’éducation postsecondaire. Certes, le gouvernement tente tant bien que mal d’assurer l’accessibilité aux études, la qualité de l’enseignement et de la recherche, ainsi qu’une saine gestion des universités. Par contre, pour ce faire, il nous faudrait de vrais moyens, des moyens « globaux ». Or, la vision globale du gouvernement est dans le meilleur des mondes cosmétiques. Jean Charest et Line Beauchamp auraient pu nous faire part de leur résolution à revenir sur l’insignifiante baisse d’impôt de 2007, qui les prive de 1 G$ annuellement. Ils auraient pu réaliser que le Plan Nord favorise démesurément les minières et que les rendements de celles-ci devraient désormais être de l’ordre de 25 % et non pas de 50 % à 80 %. Ils pourraient resserrer les cordes des vaches à lait que sont l’industrie pharmaceutique et l’industrie de la construction. Ils pourraient combattre l’évasion fiscale.

Mais non voyons ! Petite mesure ici, petite mesure là-bas, on fonce vers le Nord et on ne va certainement pas chercher l’argent qui revient à tous les Québécois et Québécoises. Des sommes qui, en plus, ne demandent pas de forage, pas d’extraction de ressources, pas de destruction environnementale. Pour être dégagées, ces sommes faramineuses demandent simplement… du courage politique.

Contradictions : une grande et une petite

En fait, le Québec est doté d’un système social précieux qui se détériore, notamment à travers la main consciente de ce gouvernement. Il faut le comprendre, ce système doit être entretenu. Et bien entretenu, il permettrait de réaliser une des valeurs les plus importantes du libéralisme politique : l’égalité des chances ! Il faut croire que ce gouvernement, pourtant libéral en nom, ne comprend pas grand-chose au libéralisme politique. Il a compris le libéralisme économique, certes, mais hélas on ne souligne pas souvent à quel point ces deux formes de libéralisme sont à bien des égards antagonistes. On nous fait croire encore que nous sommes soumis à l’économie et qu’il faut tout faire pour rester concurrentiels. Mais à quoi bon être soumis à une économie qui empêche une vraie égalité des chances ? Et à quoi bon être soumis à une concurrence qui nous empêche d’être solvables ? Si c’est pour être soumis, je crois qu’on pourrait trouver une économie un peu meilleure. Ou sinon, on pourrait (enfin !) comprendre que le politique commande l’économique, et non pas l’inverse. La difficulté de comprendre cette idée conduit à contredire les fondements du libéralisme politique. Cette contradiction est très importante, mais demande une élaboration plus ample, ce que je ne peux faire ici.

Je reviens alors à une contradiction, pourtant bien simple, que le gouvernement libéral (et on se demande vraiment comment) est incapable de voir. Ils soutiennent qu’il est important de créer une commission d’évaluation sur la gestion des universités, mais refusent de revenir sur leur décision sur la hausse des frais de scolarité. Mais attendons. Si on démontre que les universités sont mal gérées et qu’une gestion plus saine pourrait générer des sommes importantes, pourquoi exactement voudrions-nous augmenter les frais de scolarité ?

Faisons des études sur la gestion des universités (et tant qu’à y être sur la fiscalité québécoise, afin de moins souffrir de saignées budgétaires systématiques) pour savoir si la question de la hausse est toujours pertinente. Peut-être qu’elle le sera. J’en doute, mais peut-être. Il me semble alors que la proposition, de nombreuses associations étudiantes et acteurs de la société civile, va plutôt dans le bon sens du raisonnement. Exigeons d’abord un moratoire sur la hausse, faisons des états généraux sur la gestion des universités et reposons-nous ensuite la question de la hausse.

Et la face du gouvernement ?

Line Beauchamp martèle sans cesse : « Je ne vais pas refiler la facture des étudiants à l’ensemble des contribuables ». En tant qu’étudiant en philosophie, je paye 40 % du coût de mes études, tandis que mon collègue étudiant de médecine paye 10 % de sa formation. Je pourrais me dire alors : « Je fais ma « juste part » (dans la connotation libérale du terme), refilez la facture aux futurs médecins. » Ou encore : « Je ne vais jamais à l’hôpital, alors la facture du système de santé refilez-la aux malades et pas à l’ensemble des contribuables ! »

Mais non ! On ne veut pas se soumettre à la logique utilisateur-payeur dans aucun des deux cas. Pourquoi ? Dans les deux cas, les bénéfices collectifs d’une population en santé et éduquée dépassent largement les bénéfices individuels. Dans une démocratie libérale, nous finançons collectivement les bénéfices collectifs, et ce par la voie de l’impôt. D’ailleurs, ces impôts viendront pour la plupart de la part des universitaires qui les payeront avec plaisir une fois sur le marché du travail. Par conséquent, Mme Beauchamp n’a clairement pas compris que cette facture n’est pas la facture des étudiants ! C’est notre facture à tous. Le problème, c’est qu’elle nous a tellement martelé sa phrase savante, qu’il est difficile de croire qu’elle reconnaîtra que son raisonnement est douteux. Ça risque de mal paraître.

Pourquoi le gouvernement est-il incapable de gérer cette crise politique ? Je vois une explication : ils ne veulent pas perdre la face. Ce gouvernement, avec ses corruptions et collusions caractéristiques, a perdu beaucoup de crédibilité. S’ils perdent cette bataille, ils perdront la face pour de bon.

Alors, vraiment, de quel droit entretiennent-ils une crise politique ? Pour ne pas perdre la face ? C’est vraiment bas, mais assez plausible. Or, excusez-moi ô gouvernement : votre face ne vaut pas tout ça. Je vous conseille, non pas en tant que stratège politique, mais en tant que citoyen : laissez tomber ce combat en admettant vos erreurs. Un élan de maturité en fin de crise serait bien reçu et très respectable, bien que fort probablement insuffisant pour remporter d’éventuelles élections. Le Québec a besoin d’un renouveau politique qui s’éloigne de la magouille, du pseudo-environnementalisme et de l’intérêt personnel. On veut un Québec vraiment (!) vert, éduqué et en santé.

Une fois cette bataille gagnée et un moratoire décrété, passons donc à la gestion des universités, au Plan Nord, à la corruption, aux gaz de schiste, au système de santé… le tout dans un débat démocratique éclairé.


Alexandre Gajevic Sayegh est étudiant à la maîtrise en philosophie, à l’Université de Montréal.