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Le financement des groupes écologistes : un choix politique

Anna Rozanova, 1er mai 2012

La diminution du financement des groupes écologistes « est un choix politique ». Ce constat du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), rendu public le 25 avril dernier, n’est point exagéré. L’autonomie de ces groupes et leur cri d’indignation autour des projets controversés tels que le Plan Nord, les gaz de schiste et la réfection de Gentilly-2, coûtent à leurs membres l’équivalent de trois à quatre mois de chômage par année.

La question de sous-financement a refait surface en octobre 2011, lors d’un colloque soulignant les dix ans de la politique L’action communautaire : une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement. Cette politique a été bénéfique à tous les secteurs, sauf le secteur environnemental.

« Nous, à Ambioterra, témoigne Stéphane Gingras, directeur de projets, on travaille sur la question d’habitat du poisson, sur la protection des rivières, cela revient directement au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). Ils donnent zéro aux groupes communautaires. Il y en a de l’argent, mais c’est un choix politique de ne pas financer les mouvements qui ont un point de vue critique par rapport à eux. »

Son groupe n’est pas le seul à pâtir de l’absence du financement à la mission globale. En effet, aucun groupe environnemental ne bénéficie de ce type d’appui financier de la part du ministère en question. Quant au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), l’histoire se répète. Seul le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) contribue au financement de l’action communautaire.

« Bienfaiteur »

La contribution versée par le MDDEP va pourtant à deux types d’organismes seulement : les Conseils régionaux de l’environnement (CRE) et les Organismes de bassins versants (OBV). Une remarque s’impose : ces deux organismes sont dévoués à la concertation. Selon Stéphane Gingras, pour le gouvernement, c’est la seule façon de protéger l’environnement. Il dénonce cette situation : « Les élus municipaux, les industries et quelques écologistes de service s’assoient à la table et font le compromis sur les questions environnementales. Mais quand tous les joueurs ne sont pas équipés de la même façon, cela déluge le message. »

Dans un contexte où les dossiers de corruption du gouvernement libéral se retrouvent de plus en plus sur la place publique, cette façon de gérer les problèmes environnementaux n’est pas la plus efficace. « Il y a tellement de pseudo-fonctionnaires, d’organismes para-gouvernementaux, qui sont contraints de parler au nom du gouvernement. Ils ne font pas avancer le débat ! », s’indigne le directeur des projets à Ambioterra. Cette pratique ne visant qu’à financer des concertations est-elle une stratégie du gouvernement libéral pour diluer le message environnemental ? Une chose est certaine, les groupes communautaires ne pourront pas avancer tant que le gouvernement met tous les œufs dans le même panier...

Relation Caïn-Abel

La remise en question de cette répartition injuste du financement provincial entre les organismes environnementaux, bien que nécessaire, est problématique. De grands bénéficiaires du financement actuel, les CRE et les OBV, sont très sensibles à l’idée de répartition. Au lieu d’être solidaires avec leurs confrères, ils se montrent intimidants. À la veille de la parution du communiqué de presse du RQGE dénonçant « une guerre d’attrition » contre les groupes écologistes menée par le gouvernement Charest, plusieurs groupes écologistes ont reçu des pressions des CRE pour ne pas signer ledit communiqué, a révélé Stéphane Gingras. « Ils [les CRE] ne sont pas du tout solidaires avec les groupes écologistes communautaires. », ajoute-t-il.

Ceux qui en souffrent...

Il est très difficile d’assurer le bon fonctionnement des organismes communautaires dans les conditions où le financement est non pas par mission, mais par projets. Comment payer les gens qui préparent de nouveaux projets ? Comment assurer la permanence ? Avoir des locaux, Internet et le téléphone pour répondre aux questions des citoyens ? « On ne peut pas marcher que sur le bénévolat ! », affirme Bogdana Lupas-Colinet, coordonnatrice d’Action Re-Buts. Elle explique que les organismes manquent souvent de ressources humaines et se voient donc obligés de diminuer le taux horaire pour engager du personnel. « Il n’y a pas de valorisation du travail. En dix ans on est passé de 700 à 100 organismes. » Autre réalité méconnue des groupes écologistes : « On se met au chômage au mois de février et l’on attend notre dernier paiement à la fin mars », témoigne Stéphane Gingras.

Le Cache-cache avec les ministres

La relation entre les groupes d’actions communautaires autonomes en environnement et le gouvernement libéral rappelle un jeu de « cache-cache ». Toutefois, c’est toujours les premiers qui sont les chercheurs. « On n’a pas rencontré les ministres depuis 2005 ou 2004, on ne s’en souvient même plus ! Chaque année on essaye de les rencontrer, ils nous disent que tout est beau, tout fonctionne très bien, qu’ils appliquent la politique, qu’ils rehaussent le financement. Mais c’est en regardant les chiffres que l’on se rend compte qu’ils enfreignent l’action communautaire », raconte Bruno Massé, coordonnateur du RQGE. Il continue tout de même de s’assurer que les démarches pour rencontrer les ministres se poursuivent. L’espoir d’être reçu ranime leur ardeur. « Le gouvernement du Québec semble vouloir qu’on disparaisse, mais on va exister, on va continuer à dénoncer, car c’est notre rôle ! », déclare Stéphane Gingras.

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Crédit photo : RQGE