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Le peuple se hisse aux sommets

Timothée L’Angevin, 1er mai 2012

Les 12, 13 et 14 avril s’est tenu le 5e Sommet des Peuples à Carthagène, au nord de la Colombie. Impulsée par les mouvements sociaux, cette rencontre s’oppose au système économique défendu pendant le Sommet des Amériques et se veut le porte-voix des peuples américains.

Debout sous un large ventilateur silencieux, Enrique Laza considère gravement l’assemblée assise devant lui. « Deux cents ans après notre indépendance, camarades, nous ne sommes pas totalement émancipés… Notre pays est depuis trop longtemps une colonie des États-Unis ! Camarades, nous sommes la vraie voix des Amériques ! » s’écrie-t-il.

La voix des peuples

Du 12 au 14 avril, la ville de Carthagène a accueilli le 6e Sommet des Amériques. L’événement, qui regroupe tous les dirigeants américains à l’exception de Cuba, met en place et harmonise une politique américaine commune. Pour l’occasion, le centre de Carthagène a été soigneusement aseptisé. On débat l’avenir du continent dans un fragment de ville scintillant et ultra-militarisé.

Mais à l’autre bout de la ville, la banlieue lointaine de Carthagène est également en pleine effervescence. Le quartier populaire Caracoles héberge le 5e Sommet des Peuples, sommet qui se veut l’alternative à celui tenu par les dirigeants. Cette rencontre est portée par les principaux mouvements sociaux colombiens.

« Les dirigeants ne viennent pas combattre la pauvreté ni défendre les droits de l’Homme, comme ils ont pu l’affirmer. Non. Ils viennent protéger les intérêts économiques dictés par Washington. Une manière de consolider l’impérialisme étatsunien », déclare Enrique Laza, porte-parole de ce contre-sommet, en fustigeant les objectifs réels du Sommet des Amériques.

Le Sommet des Peuples souhaite donc apporter une alternative au système économique établi depuis plusieurs décennies sur le continent. « Les politiques libérales ne fonctionnent plus et la terre est à bout de souffle ! Nous dénonçons également la domination militaire, sociale, politique et financière des États-Unis sur notre continent. Les peuples doivent être souverains ! » ajoute M. Laza.

« Le traité protège les multinationales »

C’est justement cette souveraineté que défend le Sommet des Peuples. Ce samedi, Barack Obama (États-Unis) et Juan Manuel Santos (Colombie) ont ratifié d’une poignée de main le Traité de libre-échange Colombie-États-Unis. Un traité qui ouvrira les portes de la Colombie aux capitaux nord-américains. Alors que l’on applaudit cette alliance, Tarcisio Mora, président de la Centrale unitaire des travailleurs, la mitraille. « Ce traité protège et encourage les investissements des multinationales nord-américaines dans notre pays. Il justifie les politiques sauvages à l’encontre des travailleurs et de l’environnement. »

Barack Obama, qui voit la Colombie comme un exemple de « développement », se réjouit de cet accord économique. De son côté, Santos maintient que l’apport de capitaux étrangers sera la solution au chômage et à la pauvreté.

« Notre système éducatif sera encore plus influencé par le modèle de privatisation étatsunien », affirme Leonel Vargas, porte-parole du principal syndicat étudiant qui n’affiche pas le même optimisme que le président colombien sur l’apport de capitaux étrangers.

Javier Botero, vice-ministre de l’Éducation et seul membre du gouvernement présent au Sommet des Peuples, défend farouchement le traité. Selon lui, « la Colombie a besoin d’un nouvel essor. Le partenariat avec les États-Unis est nécessaire à notre développement. »

Le porte-voix des revendications sociales

Si la voix des peuples semble presque imperceptible, les acteurs sociaux possèdent les instruments pour l’amplifier. Le contre-sommet, bien que peu médiatisé, se fait le porte-voix des nombreuses revendications sociales du continent américain.

Pour Tarsicio Mora, il faut s’engouffrer dans la brèche de la crise économique. « Le modèle économique et politique en place ne marche plus. La violence, la discrimination, la pauvreté sont le produit de ce modèle. Ensemble nous pouvons le briser », explique-t-il.
Cependant, la ratification du Traité de libre-échange est un nouvel obstacle auquel vont se heurter les mouvements sociaux. La vraie voix des Amériques risque de résonner de nouveau.

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Crédit photo : Timothée L’angevin