Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Immigration : le Québec et le Canada recrutent à outrance

Yann Takvorian, 1er mai 2012

Cette lettre d’opinion a été écrite il y a 8 ans. Sa publication aujourd’hui montre combien la situation des immigrants au Québec n’a pas évolué malgré le temps qui passe.

On entend de plus en plus en France comme au Maghreb des témoignages de gens qui ont immigré au Québec ou au Canada et en sont revenus dépités.

Il y a certes du vrai dans les commentaires de ceux qui disent que les immigrants déçus du Québec n’avaient qu’à « faire leurs devoirs » et qu’on n’immigre pas avec femmes et enfants en abandonnant une situation professionnelle enviée et une vie confortable pour débarquer à l’aéroport de Dorval la fleur au fusil.

D’un autre coté, on entend plutôt rarement (ou presque jamais) des commentaires désillusionnés de ceux qui ont immigré aux États-Unis ou en Australie et sont rentrés au bercail.

Pourquoi ? Simplement parce que ceux qui y sont allés y sont toujours. Ils ont préparé leur immigration et y sont partis avec la volonté d’y réussir et d’améliorer leur sort ou de vivre leur rêve ! Ça a été leur choix, ils ont voulu le faire et personne n’est allé les chercher !

Vendre le concept d’immigration

Or, le Canada et le Québec recrutent à outrance ! Vous ne verrez jamais de séances d’informations et d’affiches publicitaires pour immigrer aux États-Unis ou en Australie voire même en Europe. Pas de publicité, pas d’incitatifs, pas de trompe-l’oeil.

Les immigrants volontaires en général savent qu’aux États-Unis ou en Australie, ce sera difficile et qu’ils auront à en suer un coup, que rien ne leur sera dû et que le tapis rouge sera réservé aux seules sommités. Pour l’Europe, pareil ! Les immigrants (clandestins) qui y arrivent savent qu’on ne les attend pas ; ils n’ont pas été sélectionnés !

Par contre, le Québec comme le Canada vont chercher des gens qui n’ont pas forcément envie d’immigrer ; on leur vend le concept comme on vendrait un frigidaire à des esquimaux : avec des argumentaires de vente, des photos en couleurs des Rocheuses et des listes de « métiers en demande » alors que ces derniers sont protégés par d’hermétiques Boys Clubs (les Ordres et les syndicats).

Des fonctionnaires d’État sont même intarissables en balivernes pour lever les derniers doutes :

  • Le « social » est pareil qu’en Europe ! (Foutaise ! Cela n’a rien à voir. Le Québec voudrait bien le copier, mais n’en a pas les moyens financiers) ;
  • La santé est gratuite (oui, mais son accessibilité la rend presque invisible) ;
  • Les allocations familiales aident les familles (oui, mais vu les montants, c’est encore mieux quand on n’a pas d’enfants) ;
  • Le chômage est un bon filet contre la précarité de l’emploi (40% des cotisants en bénéficient, les autres se lamentent) ;
  • La retraite française est reconnue au Québec (la retraite québécoise est une aumône, la retraite canadienne est perçue à 100% après 30 ans de vie au Canada – l’accord de réciprocité compte les années passées au Québec, mais exclut les montants versés qui sont perdus) ;
  • L’éducation est gratuite (sauf que pour avoir la qualité de l’école publique européenne, faut aller ici dans le secteur privé qui reste réservé aux plus nantis) ;
  • Les impôts sont presque identiques (mais en rapport aux services rendus, ils deviennent exorbitants) ;
  • Il y a du travail à tous les coins de rue et le Québec manque de main-d’oeuvre (mais les Ordres et les Syndicats ferment les portes aux immigrants sauf s’ils retournent à l’école pour réapprendre ce qu’ils savent déjà) ;
  • La qualité de vie est l’une des meilleures au monde (sauf quand on a un emploi sous-payé pour cause de non reconnaissance de l’acquit étranger et une famille à charge ou un seul salaire) ;
  • Le secteur immobilier est l’un des moins cher d’Amérique (vrai quand on débarque avec des euros ou des dollars US, mais avec un bas salaire local, taxé au niveau québécois, c’est moins certain. Les prix ont explosés et les taxes foncières sont parmi les plus élevées du monde) ;

Bien sûr, on peut encore se ranger derrière le poncif qui veut que l’immigrant qui croit benoîtement ce que lui dit un ministère public est un naïf et qu’il doit se rendre sur place vérifier ce qu’on lui avance. Mais comment vérifier des aspects qui prennent un Visa de résident permanent ou une année de vie sur place pour s’en rendre compte ?

Évidemment que certains sites communautaires (comme immigrer-contact.com ou info-immigration.com) essaient de renverser la tendance, mais font-ils le poids face à des organismes publics comme le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (MRCI), la Délégation Générale du Québec, leur financement avec des fonds publics et leurs sites professionnels ?

Maintenant, si le MRCI changeait son argumentaire pour calquer à la réalité, ça ne servirait à rien qu’ils fassent de la publicité pour attirer les « naïfs » ; la salle de la séance d’information se viderait avec cohue en réponse au « vous avez des questions ? » Effectivement, dans ce cas, il ferait mieux de fermer boutique.

Cela dit, je pense aussi que ça serait mieux.

L’immigration bernée, un autre problème

Le Québec doit d’abord régler ses problèmes au lieu de penser que l’immigration s’en chargera. C’est mettre la charrue avant les boeufs. L’immigration bernée deviendra un autre problème qui se rajoutera aux existants et l’argent retiré aux immigrants finira par brûler les mains un jour ou l’autre. C’est de l’argent non mérité et quelque part, extorqué.

Si les Québécois ne font pas d’enfants, c’est à raison et les immigrants n’en feront pas plus. Ils ne sont pas plus stupides (même si naïfs) que les autres !

Si le Québec veut des bébés pour rajeunir une population désabusée, il n’a qu’a mettre en place de véritables aides sociales pour les familles et non pas ces improvisations à la petite semaine basées sur des fonds misérables et qui ne s’adressent qu’aux familles éclatées ou aux assistés sociaux.

Si le Québec veut de la main-d’oeuvre qualifiée, il n’a qu’à former ses jeunes à l’excellence au lieu d’évoquer des réformes pour masquer un 40% de décrochage scolaire. Il doit revoir son système d’enseignement public au lieu de tolérer la médiocrité comme seul moyen de retenue géographique.

Si le Québec veut que les immigrants qualifiés restent, il doit songer à diminuer la toute puissance des Ordres, dompter les syndicats ou bien laisser les immigrants chez eux. Faire venir des pharmaciens pour les cantonner à des emplois de chauffeurs de taxis ou livreurs de pizzas parce que l’Ordre des pharmaciens n’autorise que 8 immigrants par an à accéder au programme universitaire, c’est être partie prenante d’une filouterie humaine qui se doit d’être dénoncée. On ne vide pas un pays étranger de son élite pour en faire des manoeuvres et des pointeurs à l’aide sociale.

Si le Québec veut retenir ses cerveaux, il doit songer à repenser sa fiscalité qui reste la plus élevée d’Amérique du Nord et qui étrangle et rackette justement ceux qui, par leur formation et études, tombent dans la catégorie des « cerveaux ». Une fiscalité éhontée qui part en gaspillages et en malversations à tous les paliers (Société générale de financement, scandale des commandites, etc.) et qui empêche bien souvent les citoyens à se constituer une petite retraite qui compenserait la misère gouvernementale et leur éviterait d’avoir recours à des organismes comme Les Petits Frères des Pauvres.

Si le Québec veut un système de Santé qui justifie les « pétages de bretelles », il doit se débarrasser de cette idée communisante du « tout le monde dans le même panier et le panier au fond du puits » qui a trait en la matière. La France, l’Europe comme l’Australie ont des systèmes de Santé officiels publics et privés qui coexistent dans l’harmonie ; au Canada, ils existent en cachette, par voie de copinage, de passes droit et de cooptation.

Si le Québec veut parler de la protection du travailleur, il serait temps qu’il mette en place des lois prud’homales qui tiennent la route au lieu de s’enorgueillir d’une loi qui protège quelques travailleuses d’hypothétiques attouchements sexuels sur les lieux de travail. S’il veut parler de filet social, il serait important que les chômeurs qui ont cotisé pendant leur emploi reçoivent une prestation d’assurance une fois l’emploi perdu (même si cette prestation est directement liée à la durée de la cotisation). Aujourd’hui, 55% des cotisants sont volés par le gouvernement qui leur refuse toute compensation. C’est aujourd’hui comme souscrire à une assurance automobile, la payer, avoir un accident et se faire dire que l’assurance ne rembourse rien parce qu’on a pas encore roulé 15000 km !

Si le Québec veut que la qualité de vie des Montréalais soit celle vantée par les prospectus datant des années 70, il serait temps que Transport Québec repense son réseau routier, termine les autoroutes et résorbe les embouteillages qui font de Montréal une plaie en matière de circulation qui vaudrait tous les records du Guinness. Pour ce faire, les revenus de la taxe sur l’essence (55%) comme ceux qui augmentent sans cesse de la SAAQ devraient être utilisés à créer d’autres ponts ou tunnels pour accéder à l’île de Montréal, quitte à laisser le privé faire ce que le ministère est incapable de sortir des tiroirs. Limiter la circulation des poids lourds aux heures de pointe et lors des tempêtes de neige limiterait également la pollution que subit hiver comme été les habitants de la métropole.

Si le Québec veut que l’on ait une belle image de la province et de Montréal, il serait temps de retravailler les routes au lieu de copier Cuba et de re-vamper ou abattre les édifices monstrueux et délabrés qui jalonnent les rues de Montréal comme les métastases polluent les veines d’un cancéreux terminal.

Ensuite seulement, Le Québec pourra ré-ouvrir ses séances d’informations en Europe comme au Maghreb et afficher la bonne nouvelle. La publicité sera justifiée et non mensongère. Le faire avant est de mon avis un peu précipité. Parce qu’aujourd’hui, ceux que le MRCI est allé chercher se sentent bernés et à raison.

Ce serait comme si X vous invitait à venir dîner chez lui pour superbe gueuleton du terroir arrosé du meilleur pinard qui se soit bu depuis les bacchanales de César, puis une fois à sa porte avec la bouteille de vin et les fleurs, qu’il vous dise qu’il n’y a finalement pas grand-chose à manger, que lui a déjà dîné et qu’il n’y a en fait ni table ni chaise, mais qu’il est possible de s’asseoir par terre culturellement parlant.

Ne seriez-vous pas tenté de lui répondre : « ben, fallait pas me dire de venir alors ! Je serais resté chez moi et j’aurais au moins becqueté ! »
Ensuite, après être passé par le restaurant du coin pour assouvir un estomac impatienté, reviendriez-vous chez lui ? Que diriez-vous ensuite à un collègue qui vous dira joyeux : « Tiens donc ! Je suis invité à dîner chez X – Ça va être grandiose qu’il m’a dit… »

{}

<a class="addthis_button_preferred_1"><a class="addthis_button_preferred_2"><a class="addthis_button_preferred_3"><a class="addthis_button_preferred_4"><a class="addthis_button_compact"><a class="addthis_counter addthis_bubble_style">


Voir en ligne : Le Québécois Libre, No 144,2004.


Cet article est reproduit avec la permission de l’auteur et de Le Québécois Libre.