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Le premier ministre Jean Charest doit condamner la violence

Collectif d’auteurs, 20 avril 2012

Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur la violence qui a été commise pendant la grève, et qui l’est encore. Nous proposons de prendre en compte les éléments suivants.

Alors que le gouvernement veut écarter la CLASSE des négociations parce qu’elle ne condamne pas suffisamment les actes de vandalisme, les événements de lundi à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) illustrent clairement l’attitude incohérente du gouvernement face à la violence.

Soutien inédit à l’UQO

Depuis plusieurs semaines, les cours étaient levés à l’UQO et il n’y avait pas de problème de sécurité. Malgré le discours de délégitimation de la grève du gouvernement Charest, les étudiants, le recteur Jean Vaillancourt et les professeurs s’étaient entendus. Le dialogue avait été préservé au sein de l’institution : une belle leçon ! C’est alors qu’une injonction de la cour enlève le droit de grève et de piquetage aux étudiants. La réaction des étudiants ne surprend personne : ils sont en colère et bloquent l’accès à l’université.

Moins prévisible est la réaction des professeurs. Non seulement déclarent-ils que ce jugement est injuste et que la juge a dû « perdre la raison », mais ils décident de venir eux-mêmes défendre l’intégrité physique de leurs étudiants face aux policiers. En effet, les forces de l’ordre ne se sont pas montrées coopératives. Elles ont blessé un étudiant et ont bousculé un professeur. Les jours suivant, un professeur a été arrêté et un autre expulsé du campus, de nombreux étudiants ont été arrêtés.

« Nous sommes venus défendre le droit de manifester des étudiants, disent les professeurs. Nous ne pouvons pas imaginer que la police du Québec va charger sur ses professeurs. […] Les professeurs viennent donc former un espace tampon entre les policiers et les étudiants, pour que tout se passe sans grabuge. »

Les professeurs ne comprennent pas comment la situation a pu en arriver là. D’une part, « le juge va plus loin que ce qu’il devrait en tant que juge, car il met en danger la sécurité des étudiants et du personnel universitaire. » D’autre part, « les forces de l’ordre vont plus loin qu’elles devraient aller, car après tout les étudiants sont pacifiques : ils n’ont blessé personne. »

L’Université de Montréal n’est pas en reste. Tout se passe de manière à provoquer des situations de panique qui sont dommageables à l’ensemble des membres de la communauté universitaire. Il devient de plus en plus urgent de réaliser que la violence n’apparaît pas toute seule. Elle se produit lorsque les conditions sont réunies pour de tels débordements, et en ce moment il semble que la direction de l’UdeM fasse fausse route, en engageant des gardiens de sécurité aux méthodes pour le moins douteuses.

Le gouvernement écarte la CLASSE

Cet épisode met en lumière des faits généralement oubliés dans le cadre du refus du gouvernement de rencontrer les étudiants, notamment la CLASSE. Le gouvernement Charest condamne sévèrement les actes de vandalisme qu’il impute aux étudiants affiliés à la CLASSE. Avant de juger trop rapidement la CLASSE et avant de donner raison au gouvernement, il est pertinent de rappeler que les auteurs de ces actes ne sont pas connus et que nous ne savons donc pas s’ils sont affiliés à la CLASSE, la FEUQ, la FECQ ou à aucune association étudiante. Par ailleurs, même si ces individus sont affiliés à l’une ou plusieurs de ces organisations, il serait pour le moins difficile d’établir qu’ils ont perpétré ces actes de vandalisme en tant que membres de ces organisations.

D’une part, les porte-paroles de la CLASSE n’ont tout simplement pas la possibilité de « condamner » d’emblée les gestes posés, et le premier ministre le sait très bien. Il s’agit d’une question de statut : la forme de démocratie adoptée par les membres de la CLASSE implique la consultation de ses membres. Le gouvernement Charest pourrait à ce sujet tirer une leçon de la CLASSE.

D’autre part, les porte-paroles n’ont absolument pas le droit de s’ériger en tribunal. Ce n’est tout simplement pas leur rôle. Ce serait un abus d’autorité. En revanche, ils peuvent dire que ces gestes sont en eux-mêmes regrettables. C’est pourquoi, comme la FEUQ et la FECQ, la CLASSE s’est dissociée de ces actes depuis le début de la grève et a prôné d’autres moyens d’action.

Le gouvernement doit condamner la violence

D’autres faits sont à considérer. Le gouvernement Charest ne condamne aucun des comportements violents des forces de l’ordre, malgré les pressions des associations étudiantes, des groupes pour les droits de l’homme et de députés à l’Assemblée nationale. Le cas de l’UQO est un exemple, mais la violence policière a été, depuis le début de cette grève, un problème récurrent, au moins du point de vue des étudiants et de leurs sympathisants qui manifestent pacifiquement.

Lors des multiples manifestations, à chaque semaine de grève, des vidéos ont démontré qu’il y avait eu usage abusif de la force par les policiers. Le cas de la bombe assourdissante qui a provoqué de graves blessures à l’œil d’un étudiant lors de la manifestation du 7 mars à Montréal et le refus de la police d’assister la victime ensanglantée semblent avoir été oubliés lorsque le gouvernement dit condamner la violence. La FEUQ a demandé au premier ministre d’agir et de dénoncer les abus des corps policiers. Le premier ministre a toujours refusé de condamner ou de dénoncer les violences perpétrées par les forces de l’ordre. Encore hier, le cabinet de la ministre de l’éducation a refusé de condamner la violence et la brutalité policière.

Ainsi, nous sommes devant un premier ministre qui condamne des actes de vandalisme, mais qui refuse de condamner les coups de matraques, les jets de poivre et les bombes assourdissantes lancées à la hauteur du visage. C’est à se demander qui doit dénoncer la violence ? Est-ce que le gouvernement se rend compte de son incroyable incohérence lorsqu’il demande aux étudiants de condamner le bris de matériel inanimé alors qu’il refuse lui-même de reconnaître que des citoyens, des personnes, sont frappées, aveuglées, assourdies et blessées par les forces gouvernementales ?

Examinons les faits avec lucidité comme le font les professeurs de l’UQO : « Si le gouvernement abdique sa responsabilité aux tribunaux et recourt essentiellement à la matraque, cela veut dire qu’il n’a plus d’argument, qu’il n’est plus capable de débattre de manière rationnelle avec les étudiants, les profs et avec la société et qu’il a perdu toute légitimité et toute crédibilité ».

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