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Accaparement des terres et financiarisation : les enjeux pour l’agriculture québécoise

François L’Italien, 6 avril 2012

L’accaparement des terres est un phénomène mondial qui n’a eu de cesse de prendre de l’ampleur au cours des dernières années. Le rapport que nous avons produit visait à dégager les principales caractéristiques de cette dynamique qui restructure de fond en comble les modèles « traditionnels » de détention et de gestion du foncier agricole. Nous avons aussi avancé des propositions pour que le modèle agricole québécois organise une riposte pour contrer cette dynamique.

D’abord, les données enregistrées par la Matrice foncière nous révèlent l’ampleur du phénomène. Ainsi, à l’échelle mondiale, ce sont près de 203 millions d’hectares de terres – soit trois fois la taille de la France – qui ont été accaparées entre 2000 et 2010. Ces terres ont été acquises pour être intégrées à différents secteurs, à commencer par le secteur agricole.

Ce constat s’explique : une demande accrue pour les commodités agricoles se manifeste à l’échelle mondiale. Ces commodités sont en effet utilisées aussi bien aux fins de la décarbonisation de la base énergétique (biocarburants), qu’à l’approvisionnement de certains pays faisant face à une hausse fulgurante de la demande intérieure en denrées alimentaires (cultures vivrières). Capitalisant sur cette demande, des investisseurs se sont donc lancés dans l’acquisition massive de terres agricoles afin de se positionner dans ces filières.

Une seconde cause explique ce phénomène : le poids de plus en plus grand des pratiques et acteurs financiers dans le secteur agricole. Confrontés à l’instabilité croissante du système financier, les fonds de pension et les sociétés d’investissement ont en effet trouvé dans les terres agricoles des actifs stratégiques venant meubler leurs portefeuilles. Ces actifs remplissent deux fonctions : couverture contre la volatilité des marchés et rendement financier. Au cours des dernières années, l’investissement dans les terres agricoles a en effet présenté des rendements importants, supplantant même des indices de référence.

Le Québec n’est pas épargné par cette dynamique. En effet, des investisseurs canadien et québécois ont déjà commencé à acquérir des blocs de terres agricoles afin d’en tirer le maximum de rendement. Bonnefield Canadian Farmland Corp., le fonds AgriTerra mais aussi la Banque nationale du Canada sont des investisseurs privés qui ont pour mandat d’augmenter leurs gains en capitaux en achetant des terres, haussant du coup le prix de ces dernières. Cette stratégie spéculative a pour conséquence de bloquer l’accès de la relève agricole à la propriété, relève pourtant essentielle pour assurer la pérennité de l’occupation du territoire agricole.

En s’inspirant de ce qui se fait notamment en France, le Québec devra se doter d’instruments d’observation et d’intervention sur le foncier, freinant ainsi la financiarisation du foncier agricole. Afin de coordonner ces dispositifs, nous avons proposé la création d’une société de développement agricole du Québec, capitalisée par l’épargne salariale du secteur agroalimentaire et contrôlée par les acteurs du monde agricole. À cette société se grefferaient des structures régionales de surveillance et d’aménagement du foncier, structures qui permettraient de protéger les fondements du modèle québécois en agriculture.

En ligne : Voir l’article original sur le site de Presse-toi à gauche !