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Témoignage d’Annie, ex-prostituée

Pascal Huot, 5 avril 2012

La prostitution entraîne dans son sillage bon nombre de victimes. Personne n’y est prédestiné, mais une fois pris dans ses mailles, plusieurs ont du mal à s’en sortir. Cet article ne veut pas généraliser le portrait des individus évoluant dans cet univers. Il n’est que le résultat d’une entrevue réalisée avec une personne qui a vécu dans de milieu. S’il dresse le portrait d’un cheminement qui mène une femme vers la prostitution, il engage cependant une lueur d’espoir pour les victimes prises dans cet engrenage.

Elle se prénomme Annie, pour les besoins de l’entrevue, mais ce nom est la seule fiction qu’elle peut se permettre. Aujourd’hui dans la mi-trentaine, elle est née à Sainte-Hélène-de-Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. À l’âge de 5 ans, elle est déménagée à l’Ancienne-Laurette à Québec. Il y a 4 ans, elle est revenue vivre à Québec après avoir travaillé dans l’hôtellerie pendant deux ans à l’Île aux Coudres. Sur le chômage, elle ne peut joindre les deux bouts, elle commence à danser : « Je suis allée voir, il y avait tout le temps des annonces dans le Journal de Québec. Je suis allée voir, puis j’ai commencé à faire de l’argent vite ».

Elle commence aussi à prendre « un coup » solide et à consommer des drogues. Les danses à dix ne suffisant plus à sa consommation, elle entre dans « les bars à gaffes », des endroits de prostitution où tout est permis. L’argent n’est plus un souci : « Je me suis ramassée au pavillon Montcalm, dans un très bel appartement. J’avais tout, les vêtements signés, j’avais tous les parfums Christian Dior. Je payais la traite à tout le monde. J’avais de l’argent comme de l’eau ». Puis survient la première agression, ayant pour conséquence la dépression.

Elle rentre à l’hôpital, en psychose, et perd tout ce qui faisait son train de vie. « Après, j’ai recommencé à fréquenter le PIPQ (Le Projet intervention prostitution Québec est un organisme communautaire autonome à but non lucratif qui a été fondé en 1984 par divers intervenants de la communauté préoccupés par le phénomène de la prostitution chez les jeunes, www.pipq.org), j’ai fait la popote collective, j’ai fait des petits contrats de ménage, puis je voyais quelqu’un qui m’a aidée psychologiquement ».

À ce moment, les éléments se réunissent pour qu’Annie cesse la prostitution. Elle rencontre cependant un homme avec lequel sa relation se dégrade jusqu’à la violence. Elle retourne alors dans « les bars à gaffe » sous le poids de ce compagnon qui, un jour, lui appose un couteau sur la gorge. Annie prend alors des mesures pour mettre un terme à cette relation, avec le soutien du PIPQ.

Si Annie arrête la prostitution, l’ivresse du passé la hante toujours. Elle rechute, mais cette fois dans la rue : « J’ai fait la rue aussi cet été, j’aimais ça, sauf que, j’étais nouvelle. Au début, ça allait bien, je consommais pour 700$ de coke par semaine. » L’idylle prend fin avec la surveillance policière qui s’accentue. Annie arrête alors pour suivre un programme d’insertion sociale afin de revenir sur le marché du travail. Elle obtient un poste d’entretien ménager dans les bureaux du PIPQ : « Mon but c’était premièrement d’avoir un encadrement, de m’occuper le mental, puis de travailler avec des gens que j’aime ».

Bien qu’elle ait arrêté la prostitution, le combat n’est pas terminé. « Là, je change de look parce que tu sais, il y a encore des clients qui me harcèlent ». Mais Annie reste lucide, elle ne se cache pas que c’est plaisant de faire autant d’argent, mais elle ne veut plus être abusée : « parce que ça brise une personne faire de la prostitution ».


Voir en ligne : Cet article a déjà fait l’objet d’une publication dans Un monde concyan, 18 mars 2012


Crédit photo : Pascal Huot