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Éditorial

Éditorial - Justice sociale : reculer pour mieux avancer

Andréanne Thibault, Édith Drouin, 2 avril 2012

Les indignés, le mouvement étudiant, les autochtones, les féministes, les écologistes ; tous et toutes revendiquent plus de justice sociale. Voyant leurs droits et leurs valeurs piétinés, ces mouvements ne se sont toutefois jamais résignés à brandir le drapeau blanc. Au contraire, devant l’adversité se sont cultivés les passions, l’espoir et plus encore, les luttes. Devant l’adversité s’est matérialisée une cause commune réunissant les citoyens du monde : la justice sociale.

Combattre l’esthétique juridique

Le Canada était reconnu pour son multiculturalisme et les communautés distinctes en son sein. Sa constitution semblait promettre l’inclusion des droits des communautés aux côtés de ceux des droits de l’individu. Les communautaristes avaient de grands espoirs ; le Canada pourrait surmonter le fléau individualiste qui avait longtemps fait stagner la cause de la communauté afro-américaine chez nos voisins du sud. La réalité en a toutefois décidé autrement. Les minorités, le peuple québécois et les peuples autochtones ont vu leurs droits constitutionnels relayés aux abysses des priorités de la Cour suprême, emportant d’une même vague les diverses lois et politiques publiques destinées à les protéger.

Que ce soit les excuses de Harper adressées aux 150 000 enfants autochtones dans les pensionnats canadiens et québécois, se concentrant sur les erreurs du passé plutôt que celles du présent, ou l’absence de véritables consultations préliminaires des communautés autochtones dans le cadre du Plan Nord, les autorités politiques semblent peu enclines à intégrer les revendications autochtones à leurs politiques.

D’un autre côté et malgré des années de lutte acharnée, les communautés autochtones ne sont pas prêtes à abdiquer. Dans le cas du Plan Nord, 70% de la population innue a clairement indiqué son opposition au projet. Dès la plus récente présentation du projet, la résistance a commencé à s’organiser : construction de campements, blocages de routes et pétitions étaient de la partie. Au matin du 1er avril, une douzaine de femmes innues aussi ont entamé une marche de Maliotenam en direction de Montréal afin de dénoncer le projet La Romaine, le Plan Nord et la discrimination envers les femmes autochtones. Elles prévoient arriver à temps pour la manifestation du 22 avril. En mobilisant leurs ressources humaines et matérielles dans le but de se faire entendre, les Autochtones souhaitent s’imposer en tant que nations égales à l’État canadien. Ils devront tôt ou tard, n’être pas seulement entendus, mais également écoutés et consultés.

Un combat qui transcende les nations

Partout, le refus d’accorder l’autodétermination aux communautés autochtones semble être une des causes du manque de poids face à des politiques étatiques ou à des compagnies privées. Au Panama, par exemple, la situation actuelle tend à démontrer que les droits collectifs des Autochtones n’ont pas de poids lorsqu’ils font face aux intérêts privés de puissantes compagnies minières. Malgré les droits ancestraux qui lèguent l’autorité de ces terres aux autochtones, ces dernières sont liquidées à bas prix aux géants de l’industrie minière par leur gouvernement. Ces prises de possession se font, bien entendu, au détriment de l’environnement et également, de la santé et sécurité des populations. Cette situation est d’autant plus dommageable considérant les impacts destructeurs qu’elle aurait sur les croyances spirituelles des premiers peuples des Premières nations, profondément ancrées dans leur relation à la faune et la flore.

Témoins de ce fléau, les organisations écologistes se sont unies aux communautés autochtones afin de mettre un terme à cette situation. Les médias présents sur place témoignent d’une mobilisation massive et qui ne cesse de s’accroître. Les manifestants multiplient les actions visant à bloquer des axes routiers depuis le mois de janvier. Au Canada comme au Panama, même si le droit à l’autodétermination ne semble pas à portée de main, les communautés autochtones s’organisent et s’imposent de façon à ne pas laisser le choix aux décideurs de considérer leurs revendications.

Conserver nos acquis

Il est clair qu’en termes de droits des femmes, le Québec et le Canada ont une longueur d’avance non négligeable sur plusieurs pays. L’arrivée des conservateurs à la tête du gouvernement canadien a néanmoins marqué le début d’un recul considérable en cette matière. En coupant 12 des 16 bureaux de Condition féminine Canada et en réduisant 43% de son budget [1], le gouvernement a retiré de précieux outils des mains des féministes. De même, en supprimant le Programme de promotion de la femme (PPF) [2] , les conservateurs ont savamment fait mine d’ignorer la présence d’un fossé entre la condition féminine et masculine. Le fait que les femmes travaillant à temps plein gagnent encore aujourd’hui en moyenne 70% du salaire des hommes en est d’ailleurs une preuve flagrante. Pourtant, Harper n’a pas encore cru bon légiférer sur l’équité salariale.

Le manque de volonté du gouvernement en cette matière et la disparition de programmes gouvernementaux spécifiquement pour les femmes n’ont cependant pas eu raison des mouvements féministes. Ces derniers ont plutôt été attisés par tant de mauvaise foi. Couvertes par les médias de masse seulement pour la journée internationale des femmes le 8 mars, les féministes peuvent compter sur leur créativité, l’espace web et les médias alternatifs pour continuer la lutte. Beaucoup d’efforts sont encore nécessaires pour mettre un terme au sexisme et au machisme propagé par le système patriarcal. À noter que des manifestations, conférences et activités sont organisées tout au long de l’année, question que les acquis ne s’effritent pas et continuent de se développer.

Les droits des réfugiés entrant au Canada ont également subi un important recul depuis la proposition du projet de loi C-31. Alors que le pays de la feuille d’érable a toujours été reconnu mondialement pour sa tolérance et son multiculturalisme, le projet de loi primé par les troupes conservatrices d’Harper modifie considérablement la protection qu’avaient les réfugiés entrant au Canada. Cette nouvelle loi, qui tend vers l’accroissement de la vulnérabilité des migrants plutôt que vers la défense de leurs droits, est une source d’angoisse pour les organisations visant à la protection des réfugiés telles que le Conseil canadien pour les réfugiés.

Cependant, des groupes de défense des droits humains et des réfugiés ont récemment mis le ministre de l’Immigration en garde, dénonçant que « son projet de loi C-31 est immoral, illégal et inconstitutionnel et il sera contesté devant les tribunaux [3] ».

Une société civile forte

À ces mouvements omniprésents au cours de l’histoire contemporaine se sont récemment joints le mouvement étudiant ainsi que le mouvement des indignés. Le Printemps québécois a invité plus de 200 000 militants à envahir les rues de Montréal, ayant eu pour effet de multiplier les initiatives pour permettre l’accessibilité à l’éducation. Ce mouvement est une preuve de plus que les Québécois et Québécoises se sentent concernés par le déficit social affectant nos institutions et qu’ils et elles sont prêt(e)s à se battre pour leurs convictions. Le prochain rassemblement du 22 avril, se concentrant sur la protection du bien commun, s’annonce d’ailleurs très prometteur.

Le mouvement des indignés, ayant pour sa part été précédé par le Printemps arabe, est un témoignage d’une société civile vivante, unie et revendicatrice partout autour du globe. Les citoyens du monde se lèvent pour s’indigner contre l’inégalité de la répartition des richesses, se faisant également vocaux sur les atteintes aux droits de la personne et des communautés proférées par les gouvernements et les entreprises lucratives.

En parallèle aux soulèvements actuels se mettent sur pieds ou se poursuivent des projets uniques comme celui des Zapartistes, militant par l’entremise de l’humour. Ces malins humoristes démontrent avec sagesse qu’il y a de multiples moyens pacifistes et originaux afin de plaider en faveur d’une justice sociale plus forte. « Parce que, comme le disent les Zapartistes, rire est une si jolie façon de montrer les dents ! »

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Crédits photo : Flickr / Getdarwin