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Une histoire de mines : retour sur Trou Story

Jacinthe Leblanc, 21 mars 2012

Le 20 mars dernier, Ciné-Campus de l’Université de Montréal présentait le documentaire Trou Story, suivi d’une conférence avec Robert Monderie, coréalisateur du documentaire, et Henri Jacob, président de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue (ABAT).

L’effet n’est pas le même que L’Erreur boréale. Robert Monderie et Henri Jacob disent même qu’après la première en Abitibi-Témiscamingue, les compagnies minières et certains politiciens ont poussé des soupirs de soulagement. Et avant cette fameuse première, Osisko a mené une farouche campagne publicitaire pour redorer l’image de la minière aurifère. « C’est à ce moment que nous avons appris qu’une roche, c’est sexy ! », lance Robert Monderie. Sous les rires de la salle, Henri Jacob rajoute : « Le film aura créé des jobs dans le milieu minier ! » Le ton est donné.

Pourtant, le documentaire Trou Story vaut la peine d’être vu, ne serait-ce que pour son portrait historique de l’industrie minière (Ontario, Québec et la faille de Cadillac principalement), des liens entre les guerres, l’industrie militaire et les minerais extraits ici, des luttes de longue haleine menées pour l’obtention d’un syndicat minier, la perte des deux géants miniers canadiens (Inco et Falconbridge) au profit de compagnies étrangères (Vale et Xstrata) et les touchants témoignages des résidents-es de Malartic.

La nationalisation, à quel prix ?

La première question posée touche un point sensible : la nationalisation des ressources minières. Pourquoi est-ce un point sensible ? D’abord, rappelle Henri Jacob, parce qu’on ne peut pas nécessairement nationaliser toutes les ressources non renouvelables. Étant donné que nous ne sommes plus souverains sur notre propre territoire, nationaliser ce que, légalement, nous ne possédons pas est bien difficile. Et pourquoi cette solution ne fonctionne pas ? Parce que la génération de politiciens actuels imbue de néolibéralisme est concentrée à autre chose et elle ne priorise pas cette avenue. De plus, avec les projets de libre-échange (accord Canada – Union Européenne par exemple), la nationalisation des ressources minérales pose problème. « Au Québec, on attend encore la révolution arabe », souligne-t-il.

« La démocratie, c’est tous les jours » – Henri Jacob

Pour être « maîtres chez nous », il faut des politiciens-nes honnêtes qui n’ont pas peur de dire la vérité, la vraie. Mais il faut aussi que le peuple se lève. La démocratie appartient à toutes et tous, pas seulement à une poignée de gens élus une fois tous les quatre ans. Les élus-es nous sont redevables. À ce sujet, Henri Jacob place beaucoup d’espoir au rassemblement du 22 avril (voir 22avril.org), espoir partagé par de nombreuses personnes et organisations.

Si l’on veut que ça bouge, que les choses changent, il est nécessaire de se mobiliser, de sortir dans les rues et de ne pas avoir peur d’emmerder amis-es et famille avec nos discours. C’est bien beau Facebook et Twitter, mais « on ne peut pas mobiliser le monde derrière un écran cathodique » dit monsieur Jacob. La façon encore la plus efficace de mobiliser les gens, c’est de leur en parler en « face à face », de vive voix. L’impact est beaucoup plus grand que par un courriel.

« On ne peut pas être hors la loi quand on est soi-même la loi » – Richard Desjardins dans Trou Story

Au Québec, il y a toujours eu des histoires de collusion entre l’industrie minière et l’élite politique, rappelle Robert Monderie. Ce qui explique aussi le peu d’enthousiastes de certains de nos députés par rapport à la réforme de la Loi sur les mines (projet de loi C-14). Pourquoi mordre la main qui te nourrit si bien ?

Les populations du Québec en ont ras le pompon de se faire fourvoyer, de ne pas être souverains de ce qui est dans leur sous-sol, de ne pas pouvoir décider de comment on exploite les ressources non renouvelables, à quel rythme, avec quelle main-d’œuvre, etc. Saviez-vous que dans un téléphone cellulaire se trouve au moins 13 différents minerais ? Pour un développement à tout le moins soutenable des ressources non renouvelables, Henri Jacob soutient qu’il faudrait seulement prendre les minéraux dont on a réellement besoin. Exit l’or !!

Québec, région ressource

Les richesses collectives et le bien commun ne sont pas des concepts imprégnés dans la culture québécoise. À preuve, le Québec fait face à un problème structurel économique. Sa structure économique rappelle grandement les pays du tiers-monde. Le Québec ferait donc partie de ce qu’on appelle « les régions ressources ». Les compagnies minières viennent, explorent, exploitent les gisements, paient très peu de redevances et repartent les poches pleines, et nous, le sous-sol vide. Une fois parties, nous devons gérer les « trous » laissés par les compagnies, car elles ne sont pas tenues de les remblayer. La seule chose qu’elles devraient faire, si la loi se voit réformer, c’est restaurer le parc à résidus et contenir les affluents pollués. Le ministre l’aurait dit, selon monsieur Jacob, ça n’a pas de sens de demander aux minières de remplir les trous. À qui donc revient de s’occuper des coûts et désastres environnementaux et sociaux ? Eh oui, à la société québécoise. « L’après-mine » cache un danger bien réel…

Un documentaire à voir

Trou Story permet au moins de soulever des questions gênantes pour l’industrie. Les mineurs y rappellent un de leurs désirs fondamentaux : être traité comme des êtres humains.

En se réappropriant notre histoire, en connaissant les concessions qui ont été faites jadis, en sachant que la Loi sur les mines date du XVIIIe siècle, peut-être que là, ceux et celles qui n’ont pas de mines à proximité de leur maison se sentiront un peu plus concernés par cet enjeu crucial.


Trou Story est encore en présentation ce soir, mercredi 21 mars, à 17h00, 19h30 et 21h15, au Ciné-Campus. Tous les détails en suivant ce lien !

Crédit photo :
Site web de l’ONF.

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