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La crise économique en Espagne : une histoire d’escroquerie politique

Geneviève Lavoie-Mathieu, 1er mars 2012

Les récentes manifestations qui ont frappé l’Espagne ne sont que la démonstration de la frustration montante d’une partie de la population envers une société qui dénie l’équité pour ces citoyens. Des milliers ont été rendus plus vulnérables, se retrouvent sans travail, sans domicile fixe, et sont enclins à l’exclusion sociale.

Certes, leur situation a été exacerbée par la crise. Il n’en reste pas moins que le problème est le résultat de plusieurs années de mauvaise gestion politique et d’une série de décisions économiques. Ces dernières ont ignoré le bien commun de toute une portion de citoyens et blâment maintenant l’immigration pour le manque d’emploi.

La récente augmentation du taux d’occupation des centres d’aide aux personnes démunies est le résultat de plusieurs années de coupes budgétaires dans les services sociaux, et ce, à un niveau beaucoup plus important qu’ailleurs en Europe (dans les pays à revenus équivalents). Ce sabotage de la classe politique dirigeante a contribué à aggraver la situation pour les plus vulnérables d’Espagne selon la Federación de Asociaciones de Centros para la Integracion y Ayuda de Margin (FACIAM), qui représente plusieurs organisations qui travaillent à aider les personnes sans domicile fixe.

Une escroquerie politique

À la fin des années 1980, après 20 ans de progrès et de réduction du taux d’inégalité, l’Espagne a pris un tournant drastique sous le parti socialiste espagnol (PSOE). Celui-ci a poursuivi une stratégie capitaliste de libéralisation du marché, tout en se distanciant des syndicats et des unions de travailleurs. Alors que l’État espagnol engrangeait des revenus substantiels générés par la période économique prospère suivant son entrée dans l’Union Européenne (UE), les fonds publics destinés aux services sociaux diminuaient.

Ainsi, l’Espagne s’est retrouvée au rang des pays qui contribuent le moins en termes de services sociaux. Cela s’est traduit en allocations pour le chômage misérable et l’inexistence de mesures progressives qui permettraient aux familles et aux personnes à faible revenu de profiter de taxes allégées. Plus concrètement, au milieu de la crise, alors que le produit intérieur brut (PIB) de l’Espagne équivalait à celui des pays membres de l’UE, ses dépenses pour les services sociaux ne représentaient que 59% de la moyenne de l’UE, moins qu’en 2004 (pré-crise économique). Cette situation a contribué directement à la détérioration du niveau de vie pour les plus démunis et ceux vivant sous le seuil de la pauvreté, et a renforcé par la même occasion le fossé des inégalités.

L’immigration comme bouc-émissaire

L’expansion économique que l’Espagne a connue au milieu des années 1990, notamment grâce au boom dans le secteur de la construction, a attiré plusieurs immigrants de l’Amérique latine, du Maghreb et des pays de l’Afrique de l’Ouest. Le nombre d’immigrants qui se sont intégrés à la société espagnole a augmenté de 1,4% en 1996 à 12,4% en 2010.

Maintenant avec le sentiment « anti-immigration » qui plane sur l’Europe en relation avec la crise, les personnes issues de l’immigration sont perçues comme étant la cause du taux montant de chômage. L’Espagne a récemment révisé ses politiques concernant l’immigration. La surveillance aux frontières a été renforcée et les réformes de la loi sur l’immigration rendent plus difficile la possibilité de réunion pour les membres d’une famille. De plus, ces réformes imposent des amendes pour les groupes comme le FACIAM qui assistent les « sans-papiers » en démarche d’immigration.

Dans la même vague, en 2009, le budget destiné à aider l’intégration des personnes issues de l’immigration a été diminué de 29,5% tandis qu’un budget 5,2 millions d’euros a été alloué à un programme qui vise à assister les immigrants à retourner dans leurs pays d’origine. Ces mesures contribuent à exacerber la construction de deux classes de citoyens et renforcent les inégalités entre celles-ci.

Le parti populaire (PP) récemment élu a déclaré que ces mesures sont nécessaires pour relancer l’économie et créer des emplois dans un marché saturé. D’autres, comme l’Asociación Pro-Derechos Humanos de Andalucía (APDHA), groupe de défense des droits de la personne d’Andalousie, décrivent cette manœuvre politique comme étant discriminatoire et dangereuse puisqu’elle portrait une fausse image des personnes issues de l’immigration comme étant coupable du ralentissement économique.

En réalité, loin d’être responsables de la crise, les personnes issues de l’immigration sont les premières à en souffrir, particulièrement dans le cas des immigrants non européens. Leur situation est précaire : haut taux de chômage, en plus d’augmentation des personnes occupant des postes au plus bas de l’échelle salariale.

Le taux de chômage pour les travailleurs nés en Espagne est de 17,38%. C’est quasiment le double pour les travailleurs qui sont nés à l’étranger, avec plus de 30,67% sans emplois. Plus de la moitié des personnes qui ont recours aux services offerts par les centres d’aide FACIAM sont issues de l’immigration (52%), alors qu’un plus faible pourcentage est composé de femmes qui souffrent de violence conjugale (16,4%), de personnes avec des dépendances (24%) et d’ex-détenus (7,7%).

Dans la gestion de la crise, ce manque d’égard de la part du gouvernement envers les minorités, telles que les personnes issues de l’immigration et les populations vulnérables vivant sous le seuil de pauvreté, ne sert qu’à renforcer les inégalités. En revanche, les Espagnols n’ont pas dit leur dernier mot : les manifestations se prolongent et les revendications se font entendre.

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Crédit photo : Patricia Gélinas