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La "descente aux enfers" du Sahel Africain (Dissident Voice)

Sean Fenley, 5 février 2012

Suite à "l’aide" des États-Unis et de l’OTAN, et des bouchers islamistes libyens à leurs ordres à la Libye, le Sahel africain se voit menacé d’une "descente aux enfers". La Libye est bien sûr confrontée aux conflits intérieurs qui en résultent mais ses voisins du Sahel ont énormément de problèmes aussi. Tout comme Kadhafi le faisait, de nombreux pays du Sahel luttent contre leurs propres éléments Al-Qaeda/Islamistes. Et beaucoup de gouvernements de cette région considèrent que le bouleversement/chaos en Libye a offert à Al-Qaeda au Maghreb islamique une opportunité en or pour se procurer des armes, des fusils ainsi que toutes sortes d’autres munitions meurtrières.

Des pays comme le Niger, le Mali et la Mauritanie, luttent contre l’afflux de combattants et de Djihadistes en provenance du théâtre militaire libyen où il y a toujours des combats spasmodiques. Bien que le Sahel ne soit pas tout à fait comme la Somalie, la sécurité y est menacée notamment par des attaques terroristes au Nigeria qui ont ravagé de nombreux secteurs de ce pays. Et par ailleurs, l’intervention militaire occidentale États-Unis/OTAN et la destruction concomitante de la Libye a fait disparaître un généreux donateur de la région et un pays qui offrait à des milliers d’habitants du Sahel du travail à un salaire convenable ; En effet le Sahel bénéficiait sur le plan économique de l’argent que ces travailleurs envoyaient à leurs familles. Tout cela avec en toile de fond la menace perpétuelle de la sécheresse dans une région immense, informe et aride, avec beaucoup de villages situés dans des coins éloignés et inaccessibles.

Les guerres en Libye et en Côte d’Ivoire ont forcé environ 200 000 émigrés à rentrer au Sahel —au lieu d’envoyer une partie de l’argent gagné dans leurs emplois à l’étranger à la maison. Selon David Gressly, le directeur régional d’UNICEF en Afrique Occidentale : "C’est une double catastrophe pour les familles parce qu’elles ont perdu l’aide qu’elles recevaient de leurs parents à l’étranger et elles ont maintenant plus de personnes à entretenir."

Il y a actuellement une crise alimentaire qui se profile à l’horizon dans la région du Sahel et menace environ dix millions de gens —au Niger (6 millions), au Mali (2,9 millions), en Mauritanie (environ 500 000), ainsi que des dizaines de milliers de personnes dans d’autres pays de la région.

Selon Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à la nourriture, la sécheresse et la famine ne sont pas des évènements inhabituels mais au contraire les conséquences prévisibles d’un système alimentaire mondial "basé sur l’inégalité et les déséquilibres, et, en fin de compte, défaillant." Le système de santé est défectueux -selon De Schutter- et cela signifie souvent que l’on attend que les gens meurent de faim avant de faire quelque chose. Le fait qu’il y ait des situations de famine endémique n’est pas actuellement pris en compte par le système et la crise actuelle au Sahel africain en est l’illustration. C’est une lacune du système alimentaire mondial parce que la famine dans cette région devrait être considérée comme la norme — et pas comme un événement rare, unique, extrême, imprévisible ou extraordinaire.

Il ne faut pourtant pas, à mon sens, négliger l’impact du triste destin de la Libye sur le mécontentement/appauvrissement du Sahel. Les puissances hégémoniques occidentales qui ne pensent qu’au pétrole ont profité de l’occasion pour faire tomber un homme qui ne voulait pas respecter leurs règles du jeu. Et les nations voisines et les endroits les plus pauvres récoltent les "bénéfices" de l’opportunisme myope, mesquin et avide des états occidentaux impérialistes, idéologiquement moribonds et aveuglés par la cupidité, l’orgueil et le pétrole !

Sean Fenley est un progressiste indépendant qui aimerait voir la fin du monopole dictatorial du soi-disant système de deux partis. Il aimerait aussi voir un peu de bon sens revenir dans les décisions politiques militaires, économiques, étrangères et intérieures étasuniennes.

Pour consulter l’original

Traduction : Dominique Muselet

Voir en ligne : Voir l’article original sur Le grand soir !