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L’après Place des Peuples

Mathilde Mercier, 9 janvier 2012

Dans les médias traditionnels québécois, la rumeur court que le mouvement des indignés au Canada serait terminé depuis le démantèlement du dernier camp à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, le 3 janvier dernier. Pourtant, ce n’est pas parce que l’occupation n’est plus concentrée sur une place publique que le mouvement d’indignation a pris fin. À Montréal, néanmoins, la survie du mouvement ne semble pas réellement en danger.

Depuis qu’il n’y a plus de campement à Montréal, la plupart des assemblées générales se font temporairement au centre d’arts visuels de la Fonderie Darling, qui se trouve au Vieux-Montréal.

Les différents groupes, comités et organisations travaillent en parallèle sur plusieurs plateformes virtuelles. La Place des peuples physique, anciennement située au square Victoria, est ainsi devenue virtuelle sur placedespeuples.org.

Alain Berger, impliqué à Occupons Montréal reconnaît que la création de toutes ces plateformes virtuelles (la page communauté et le groupe FB d’Occupons Montréal, le site Web http://www.occuponsmontreal.org/, les différents comptes sur Twitter) a dispersé l’information. « Le mouvement a de la difficulté à consolider l’information, même s’il y a beaucoup d’améliorations qui ont été faites durant les deux dernières semaines ».

Patrick Lesage, qui a fait partie de plusieurs organisations à l’intérieur du mouvement explique que « le groupe de travail web projette de faire de Occuponsmontreal.org, le site vitrine du mouvement. On va aussi créer un intranet sur http://occupy.net/ qui aura plusieurs fonctionnalités notamment celle de réunir numériquement toutes les entités éclatées pour pouvoir travailler de manière cohérente et mieux articulée ». Cette initiative devrait apaiser les critiques de certains indignés vis-à-vis des organisateurs à qui ils reprochent la décentralisation de l’information et le manque de communication.

Une nouvelle occupation prévue ?

La discussion quant à une nouvelle tentative d’occupation est ouverte, mais pour le moment, rien n’est certain. « On refera peut-être une occupation simultanée au printemps durant le mois de mars avec les mouvements Occupy à l’international. L’occupation pourrait être ponctuelle et se faire sur une journée comme elle pourrait durer plus longtemps », explique Alain Berger.

« La Ville nous a montré qu’elle était capable de nous expulser, je pense qu’elle n’hésitera pas à le refaire », ajoute Patrick Lesage.

Des actions symboliques et concrètes

« Nos actions se résument à deux choses : informer et recruter », explique Patrick Lesage. Le mouvement continue donc à organiser des actions symboliques dans le but de conscientiser la population et de ne pas perdre l’énergie déployée depuis le 15 octobre. « Il y a des marches, des créations de tracts, des chansons qui s’écrivent, des gens qui font des vidéos, des médiations, des projections de films, des soirées entre nous », ajoute-t-il.
Depuis le 15 décembre 2011, quelques joggeurs se donnent rendez-vous le matin dans le but de courir devant les hautes institutions financières et politiques de la Ville de Montréal comme la Tour de la Bourse, Place d’Armes, l’Hôtel de Ville, la Cour Municipale et le Palais de Justice. À long terme, l’objectif est d’avoir une équipe de 99 joggeurs capable de faire ce parcours 5 fois par semaine.

La création du journal 99%, depuis le 8 novembre 2011, est un autre moyen de garder le mouvement actif. « Il a pour but d’être un organe de communication envers le public sur ce qui se passe à Occupons Montréal. C’est aussi un moyen d’exprimer son opinion et de rétablir des faits », ajoute Patrick Lesage.

À la lecture du journal, les personnes extérieures au mouvement apprennent par exemple que le vol de 10 000 dollars dans les caisses d’Occupons Montréal qui avait fait polémique le 22 novembre n’est pas avéré. « J’ai envoyé un courriel dans plusieurs agences de presse pour leur demander de faire un démenti, mais rien n’a été fait. Ils n’ont pas recoupé les sources et ne sont pas allés interroger les concernés. C’était un autre moyen de discréditer le mouvement », affirme M. Lesage qui était l’un des trésoriers d’Occupons Montréal durant les faits.

Transformation ne veut pas dire exclusion

Si le printemps arabe a commencé sur le net et s’est poursuivi dans la rue, Occupons Montréal semble faire le chemin inverse. Avec ces nouvelles façons de fonctionner, le visage des indignés est en processus de changement. Ceux qui ne pouvaient pas dormir sur le campement à la Place Victoria parce qu’ils travaillaient peuvent désormais se déplacer aux assemblées générales de la fin de semaine ou participer aux comités de quartier.

Toutefois, Occupons Montréal est toujours à la recherche d’un local où travailler, mais aussi vivre, pour préserver l’esprit collectif du campement de la Place des peuples.

Crédits photo : Mathilde Mercier