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L’urgence de parler fort et d’une voix claire

André R. Gignac, 26 décembre 2011

« Les dégâts humains ici semblent être plus graves que les dégâts économiques, et l’on peut se réjouir de cela » (— Larry Kudlow, économiste et vedette de CNBC, suite à la dévastation causée par le tremblement de terre et le tsunami au Japon en 2011. Il a par la suite présenté des excuses sur Twitter).

On pourrait simplement s’entendre qu’il s’est agi là d’une des pires bourdes de l’année 2011 et ne pas aller plus loin. Mais non. Car ce dérapage verbal est un autre exemple du comportement outrageant que nous devons souffrir des disciples du capitalisme dans ses formes les plus vicieuses. Larry Kudlow n’est autre que l’un de ces économistes, politiciens corporatistes et grands affairistes qui ont essayé pendant des années – et ont réussi en grande partie – à promouvoir et à imposer dans la vie de tous les jours l’idée que notre devoir moral envers la famille humaine, et notre responsabilité envers le progrès social et la protection des citoyens, doivent passer après le résultat économique. La fiche de rendement et les profits doivent impérativement régner sur tout le reste. Là est le message.

L’urgence de se battre

Avant que le présent gouvernement évangélico-corporatiste-conservateur de droite ne parvienne à imposer son idéologie rigide aux Canadiens, la Gauche avec le grand « G » doit parler d’une voix forte et claire, avec des mots que tous comprennent. Elle doit s’associer aux socio-démocrates du NPD pour affronter non seulement le Parti conservateur mais aussi cette « chose » de la droite tout entière, y compris ses économistes. L’urgence appelle à se battre contre les programmes politiques qui ressemblent plus à des rapports comptables qu’à de réels projets de société, et il faut remettre au premier point de l’ordre du jour politique au pays la nécessité de protéger les citoyens contre les dommages causés à nos structures sociales par les excès du capitalisme.

Il faut dire et répéter à toute occasion que les progrès sociaux et la sécurité financière des citoyens ne devraient jamais avoir à souffrir au nom de surplus, d’idéologie, et encore moins en celui de profits pour les corporations et d’enrichissement pour les administrateurs.

Les programmes sociaux ne sont pas que des « dépenses »

Comme s’ils n’étaient redevables qu’aux corporations, les gouvernements canadiens qui se sont succédé ces vingt dernières années ont agi comme si leurs ministres et leurs députés n’étaient autres que des membres de conseils d’administration. Ils ont souvent oublié la part « sociale » de l’obligation de bonne gouvernance qu’ils devaient aux citoyens qui les avaient embauchés, et ils ont considéré de manière insistante les avancées sociales comme n’étant que de simples « dépenses » au même titre que celles qui pouvaient se retrouver dans la colonne « à couper ».

La gauche canadienne et le NPD doivent s’attaquer avec virulence à cette idéologie. De sérieux efforts doivent être faits pour élever le débat politique au-dessus de chiffres comptables compliqués, et il faut répéter avec autorité que le plancher de sécurité et les programmes sociaux que nos mères et pères ont trimé dur pour créer (et pour lesquels ils se sont battus durant la Deuxième Guerre mondiale), ne sont pas que des lignes budgétaires comme d’autres, qui peuvent être réduites ou effacées, puis remplacées par des prévisions pour de nouvelles prisons et des jouets militaires, mais qu’ils sont plutôt la base sociale indispensable à l’avancement d’une société progressiste comme le Canada.

Le citoyen n’est plus, vive le consommateur !

« Le régime démocratique canadien s’articule de plus en plus autour de la notion de citoyens-consommateurs. Cette approche consumériste incite la classe politique à s’intéresser au portefeuille des électeurs, mais elle n’est sans doute pas le meilleur moyen de promouvoir la démocratie et l’art complexe de la gouvernance. Il faudra cesser des considérer les citoyens comme de simples acheteurs. », écrivent Susan Delacourt et Don Lenihan dans Options politiques. Les auteurs préconisent plutôt « la voie de l’engagement et de la participation des citoyens aux processus politiques ».

Nous devons espérer que, plus tôt que tard, les Canadiens retrouveront leurs sens et enverront au Parlement des représentants capables d’exprimer de nouvelles idées pour le développement d’une société progressiste, qui ne passeront pas la moitié de leur temps à imaginer des G-20, à penser à leurs nouveaux « chums » de la haute finance, et à se cacher derrière des cordons policiers pour nous imposer un monde dirigé par les corporations.

Légende de la photo :
"Nous vivons tous sous la botte capitaliste"