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Mobilisation Étudiante au Rendez-Vous

Philippe Lapointe, 15 novembre 2011

En réponse aux appels des associations nationales étudiantes (ASSÉ, FECQ, FEUQ et TaCEQ), 30 000 citoyens et citoyennes, pour la plupart aux études, ont envahi les rues de Montréal le 10 novembre 2011 pour dénoncer la hausse des frais de scolarité annoncée par le gouvernement libéral. Loin de réclamer un luxe ou un privilège, ces gens se sont plutôt réunis pour affirmer que l’éducation est un droit, un choix social qui se doit d’être accessible à tous et toutes et pour le bien de tous et toutes.

La réponse citoyenne à l’appel des associations étudiantes a été une belle preuve d’appui. Non seulement prouvons nous que le mouvement étudiant n’est pas marginalisé, mais de plus nous démontrons notre potentiel de mobilisation. La distance ne fut pas un obstacle à la participation : l’Abitibi, Matane, les Îles de la Madeleine et le Lac Saint-Jean entre autres étaient au rendez-vous. Plus de 100 autobus venant de l’extérieur de Montréal sont venus de partout au Québec. Des secteurs moins reconnus pour leur militantisme se sont aussi mobilisés : les facultés de cycles supérieurs, médecine, gestion, ingénierie.

Le mouvement syndical et communautaire a encore prouvé sa capacité d’étonner et de rassembler, le contingent non étudiant représentait plusieurs milliers de citoyens et citoyennes arborant leurs bannières fièrement pour appuyer notre lutte. Nous avons pu remarquer la forte participation de la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics. Le message est clair et double. D’abord, la hausse des frais de scolarité est inacceptable. Ensuite, le mouvement étudiant se doit d’aller jusqu’au bout. Avec un tel appui, une telle mobilisation, les demi-mesures ou ententes à rabais ne seront pas acceptables. Les rues de Montréal ne se sont pas remplies pour accepter une hausse de 1000$ ou une alternative telle qu’un Impôt postuniversitaire (IPU). Ce que nous avons comme mandat est le refus clair et net de la hausse, point final.

Nous faisons notre juste part

Les ministres libéraux se plaisent à nous rappeler que en dollar constant, eux et elles ont payé plus à leur diplômation. Pour ce faire, le MELS utilise comme date de référence 1968. Belle année dans l’imaginaire collectif.

Malheureusement, cette date cache toute la transformation du système d’éducation suivant la création du réseau de l’Université du Québec. En effet, en 1968 seules existaient des universités privées, élitistes et peu coûteuses pour l’État. Ce n’est qu’à travers la lutte pour la démocratisation du savoir que vient la création du réseau universitaire public qui, effectivement, augmenta énormément la part de l’éducation dans le budget provincial, mais aussi l’accessibilité. Pas étonnant que le financement des universités à travers les droits de scolarité aie diminué.

L’IRIS utilise une autre année de référence pour comparer la « juste part » : 1978 soit lorsque le réseau universitaire actuel est pleinement développé. Ainsi, pour payer des frais de scolarité de 30 crédits en 1978 il fallait travailler 4 semaines à temps pleins au salaire minimum, soit 3,37$. Avec la hausse annoncée, il nous faudrait 8.8 semaines au salaire minimum projeté de 12$. Cela signifierait consacrer la totalité des revenus acquis durant l’été pour financer les frais de scolarité. Aucune épargne, rien pour le loyer ou la nourriture. On ne parle pas ici des légendes de Ipod, voiture, vie de luxe. Non, on parle de la simple base.

Nombre de semaines de travail à temps plein (40h/semaine) au salaire minimum nécessaires au paiement des droits de scolarité de 1978 à 2015.

La promesse d’endettement

À cela on brandit la promesse d’une aide financière permettant à tous et toutes un accès universel à l’éducation. Quel beau mirage. Quiconque connaît moindrement les critères de l’aide financière sait bien que cela n’aide qu’une mince population à accéder à l’éducation. C’est plutôt un lien direct vers l’endettement pour la majeure partie des étudiants et étudiantes. Déjà, 83% de la population étudiante n’a pas accès aux bourses. Pour les autres, il y a les prêts, soit la formule, étudiez maintenant/payez plus tard. Selon une étude de la FEUQ sur les sources de revenus, la majorité des étudiant-es sortent de l’université avec une dette de 10 000$ ou plus, dont 40% de celle-ci viendrait de l’Aide financière gouvernementale.

Ce qu’il y a de troublant, c’est que les revenus de la bonification de l’aide financière promise par le gouvernement pour compenser la hausse de frais de scolarité vient... de la hausse des frais de scolarité. En effet, des 118 millions promis, 116 millions proviendront de la hausse des frais. Un autre bel exemple de la logique de déresponsabilisation du gouvernement.

Lutter pour l’éducation et les services publics

La lutte n’est pas terminée avec la manifestation du 10 novembre. Loin de moi l’idée que le gouvernement reculera rapidement. De plus, la lutte en éducation n’est qu’un volet d’une lutte sociale générale : pour des services publics de qualité et gratuits. Et ce n’est pas avec des parades que nous les ferons pliés, ce sera donc lors d’une grève générale que sera notre prochain rendez-vous. Cette grève nous donnera l’occasion d’organiser d’autres rendez-vous comme celui-ci et ce sera avec plaisir que nous ferons appel aux citoyens et citoyennes.

(1) Ministère de l’éducation, loisir et du sport.

(2) MARTIN, Éric et Simon TREMBLAY-PÉPIN, Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité, IRIS, 8 mai 2011. www.iris-recherche.qc.ca

(3)Sources et modes de financement des étudiants de 1er cycle au Québec, Fédération étudiante universitaire du Québec - 2010

(4)Gouvernement du Québec, « Un plan de financement des universités équitable et équilibré, Pour donner au Québec les moyens de ses ambitions », Budget 2011–2012, mars 2011


Article provenant de : Presse-toi à gauche