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Pour ne pas perdre le nord !

Pierre Dubuc, 14 novembre 2011

Martine Ouellet est la porte-parole du Parti Québécois en matière de mines et de gaz de schiste. Elle n’aurait pas manqué, pour tout l’or du monde (si je peux me permettre l’expression), la première du film Trou Story de Richard Desjardins et Robert Monderie au Festival du Cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. C’est donc à Rouyn que nous l’avons rejointe pour connaître ses impressions.

« C’est un excellent film. J’espère qu’il va avoir pour effet qu’on dise au gouvernement : l’exploitation minière comme elle se déroule, ça suffit ! », lance-t-elle.

Contrairement aux représentants de l’industrie minière qui cherchent à dénigrer le film en le qualifiant de « dépassé », tout en lui reconnaissant hypocritement des mérites pour sa partie historique, Martine appuie le propos du film avec ses propres données.

« Je viens de compléter des recherches pour l’année 2010. Dix mines sur 19 n’ont payé aucune redevance ! Comment peut-on qualifier le film de ‘‘dépassé’’ ! »

En écoutant Martine tonner au bout du fil, en enfilant des statistiques, on pourrait même affirmer que, si le film est « dépassé », c’est par l’ampleur de la dépossession qui se prépare avec le Plan Nord de Jean Charest. (Rappelons que Trou Story a été tourné avant le dévoilement du Plan Nord.)

« Depuis 2003, souligne Martine Ouellet, le prix du nickel a été multiplié par 3, celui du fer et de l’or par 5. Les projets miniers qui s’en viennent prévoient une augmentation de la production de l’or multipliée par 3, du nickel par 4 et du fer par 10 ! Cela donne une idée des sommes en jeu ! Et ces projets n’ont rien à voir avec le plan marketing du Parti libéral. Ils sont liés au prix des métaux qui ont connu une montée fulgurante au cours des dernières années. »

« On imagine mal l’ampleur de ce qui se prépare », enchaîne-t-elle, en donnant l’exemple du projet de la société minière Wisco (Wuhan Iron and Steel Group Corp.) Wisco veut réaliser au Nunavik, en collaboration avec la société canadienne Adriana Resources, le plus grand projet minier de l’histoire du Canada.

La société d’État chinoise veut construire d’ici 2016 un gigantesque complexe minier de 13 milliards de dollars. Situé à 160 kilomètres au nord de Schefferville, le projet prévoit l’extraction de 50 millions de tonnes de fer par année sur une période de 100 ans.

Il comporte la construction d’un concentrateur et d’une usine de bouletage sur les lieux même de l’exploitation minière. Le projet prévoit également l’établissement d’une ligne ferroviaire de 815 kilomètres et l’expansion du port de Sept-Îles pour l’accueil des Chinamax, ces énormes navires qui peuvent transporter jusqu’à 400 000 tonnes de cargo.

« Ce n’est qu’un projet parmi d’autres, explique-t-elle. Autre exemple, la compagnie indienne Arcelor Mittal a annoncé un investissement de 2,1 milliards pour augmenter sa production à sa mine de fer de Fermont. En tout, le gouvernement Charest parle d’investissements de 80 milliards sur une période de 25 ans ».

Qu’allons-nous en retirer ? Peu ou rien en termes de redevances comme nous l’avons vu précédemment. Mais il y a pire, si le projet d’exploitation de la mine de diamants de Stornoway sert de modèle. Martine rappelle que « le gouvernement investit 330 millions de dollars pour la construction d’une route de 268 kilomètres entre Chibougamau et le Mont Otish. Selon les annonces, si tout va bien, la compagnie versera au gouvernement une somme de 44 millions de dollars, soit à peine 13% du coût de la route. Et ça pour une route qui lui est dédiée ! Pour un projet dont nous sommes les seuls à assumer les risques ! C’est le bouquet ! »

Des routes, des voies ferrées, nous allons en construire au service des sociétés minières, à même l’argent des contribuables. Le Plan marketing du Nord prévoit même la construction de ports en eaux profondes dans le Grand Nord. Ce n’est pas tout. L’exploitation minière nécessite aujourd’hui énormément d’énergie.

Martine Ouellet, qui est détentrice d’un bacc en génie mécanique de l’Université McGill et d’un MBA des HEC, et qui, avant d’être élue députée de Vachon, occupait le poste de Chef Efficacité énergétique Grandes Entreprises à Hydro-Québec, évalue les besoins en énergie des projets du Plan Nord à l’équivalent de ce qui est nécessaire pour faire fonctionner 4 à 5 alumineries. « De grands barrages devront être construits uniquement pour desservir l’industrie minière », précise-t-elle.

Avec ce bref aperçu du Plan Nord et ses projets gigantesques, on comprend pourquoi le film de Desjardins-Monderie qui se termine sur l’exploitation de la mine Osisko à Malartic est « dépassé ».

La députée de Vachon croit qu’on peut tirer beaucoup plus en redevances, mais elle insiste surtout sur la nécessité d’imposer à ces multinationales l’obligation d’une deuxième, voire d’une troisième, transformation.

« On ne va pas laisser sortir le minerai sans transformation comme au beau temps de l’exploitation coloniale, s’indigne Martine. Ces entreprises, indiennes et chinoises, sont intégrées en aval. Les opérations de l’indienne Tata Steel vont de l’extraction du minerai jusqu’à la fabrication de pièces d’automobile. On pourrait au moins les obliger à transformer le fer et le nickel en acier sur le sol québécois. L’État québécois pourrait également prendre une participation dans ces entreprises et recréer l’expertise que nous avions du temps de Sidbec et des belles années de Soquem. »

Le marché des métaux était connu par le passé pour ses variations cycliques. Martine pense que ce n’est plus le cas. « Le prix des métaux va demeurer élevé. Avec l’incertitude sur les marchés financiers, l’or restera une valeur refuge. Et la demande va demeurer forte pour l’acier, qui est produit avec le fer et le nickel, pour combler les besoins des économies émergentes comme la Chine et l’Inde. »

Avec cette analyse en tête, la porte-parole du Parti Québécois sur les questions minières n’a pas de mots assez durs à l’endroit du gouvernement Charest. « C’est de la pure exploitation coloniale. C’est comme si nous étions propriétaires d’un magasin et que nous laissions sortir les marchandises sans les faire payer ! J’espère que Trou Story va réveiller la population », de nous dire Martine qui parcourt présentement le Québec pour présenter des séances d’information Pour ne pas perdre le Nord. Elle ajoute à l’intention des lecteurs de l’aut’journal : « Je suis disponible pour rencontrer tous les groupes qui en font la demande. Contactez-moi à mon bureau de députée. »


Article provenant de : L’Aut’Journal