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Aux flèches, citoyens !

Bénédicte Filippi, 29 octobre 2011

La taxe Robin des Bois est une vieille idée, longtemps l’apanage des cercles altermondialistes. Aujourd’hui, en regard de la conjoncture économique, elle reprend du galon et enregistre une multiplication d’appuis. Sarkozy en a fait son cheval de bataille et compte bien partir en campagne auprès des dirigeants au prochain sommet du G-20 à Cannes. C’est dire que le monopole de la gauche sur cette idée ait éclaté.

Elle s’appelait taxe Tobin, elle est rebaptisée taxe Robin des Bois. Plus éloquent dit-on.

Le berceau de Robin des Bois

Le nouvel engouement pour la taxe Robin des Bois provient de la crise économique de 2008. Les traitements administrés d’urgence par les dirigeants politiques sous l’influence des gros lobbys financiers ont indigné la population. La Bourse de Wall Street a flanché, la médecine néolibérale en a pris pour son rhume. Il a fallu cogner aux portes des gouvernements, forcer leur intervention, placer les institutions financières sous perfusion publique, les remettre sur pied et rassurer tout un chacun : « Elles pourront poursuivre leurs activités. »

Claude Vaillancourt, coprésident de l’antenne québécoise de l’Association pour la Taxation des Transactions Financières pour l’Aide aux Citoyens (ATTAQ-Québec), revient sur l’origine de la crise. Selon lui, le diagnostic est clair. L’effondrement des marchés tient au manque de contrôle du secteur financier, dû notamment au déficit d’instruments limitant la spéculation.

En effet, l’intensification de l’activité spéculative est un véritable problème. Elle suppose des opérations financières et commerciales fondées sur la fluctuation du marché en vue de réaliser un gain d’argent. La pratique est tentante, mais dangereuse.

La poursuite de ces manœuvres financières contribue à ce que l’activité économique s’éloigne de l’économie réelle. « Ce n’est plus productif. C’est quelque chose qui concerne uniquement le secteur financier. C’est faire de l’argent sur l’argent », explique Monsieur Vaillancourt.

Très souvent, la spéculation crée des bulles inquiétantes. L’année 2008 a d’ailleurs été marquée par une crise alimentaire dont la magnitude a frappé de plein fouet bon nombre de pays en voie de développement. Olivier de Schuttur, rapporteur spécial de l’ONU dans le droit à l’alimentation, le précisait lors d’une entrevue accordée à La Presse en 2010. « Il n’y aurait pas eu de crise alimentaire sans spéculation. Ce n’était pas la seule cause de la crise, mais elle l’a accélérée et aggravée. »

En effet, bien que les marchés agricoles soient de nature instables, la spéculation accentue les augmentations et les chutes de prix sur les marchés. Du coup, l’évolution des cours est imprévisible pour les pays producteurs. Négligeant les principes de l’économie agricole réelle, soit l’évolution des stocks, de l’offre et de la demande, les spéculateurs ignorent la spécificité vivrière de l’agriculture. Pour eux, il s’agit d’un investissement comme un autre, exposant les populations vulnérables à de graves pénuries.

Les contours de la taxe Robin des Bois

La taxe Robin des Bois revient ainsi au devant de la scène comme traitement préventif face aux crises. En prélevant entre 0,01 à 0,1% des transactions financières et monétaires, la taxe a un double avantage : d’une part, elle freine l’enflure spéculative et d’autre part, elle engrange des revenus pour les populations.

Selon l’Institut autrichien de recherche économique, une taxe internationale permettrait de générer près de 650 milliards de dollars par an, et ce, même si elle occasionnait un ralentissement radical de l’activité sur les marchés.

Les fonds ainsi amassés permettraient de renflouer les coffres de l’État et de faciliter l’atteinte des objectifs du millénaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En effet, ces sommes pourraient financer la lutte contre les changements climatiques et permettre la transition vers des énergies vertes. C’est ce que propose Sarkozy. En septembre 2010, lors du Sommet de l’ONU sur les objectifs du millénaire, le Président français en a appelé aux financements innovants, référant notamment à la taxe sur les transactions financières. « Il faut trouver de nouvelles sources de financement pour la lutte contre la pauvreté, pour l’éducation et pour la résolution des grands problèmes sanitaires de l’Afrique », a-t-il déclaré.

Une déclaration qui en a impressionné plus d’un, Sarkozy ayant peu l’habitude de récupérer les idées du réseau altermondialiste. Les appuis n’ont pas tardé. Les décideurs allemands, japonais, britanniques, autrichiens et belges se sont joints à leur homologue français et plus de 1000 économistes, dont Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, ont également manifesté leur soutien à la taxe.

Les rivaux de Robin

Si la cause de Robin des Bois sort de l’ombre, prend de l’ampleur et se répercute à travers le monde par la caisse de résonnance que forment les Indignés, les supporters de la taxe se heurtent à un lobby financier très fort.

Sur le sacro-saint autel de la croissance, le sacrifice de l’implantation d’une
taxe, aussi infime soit-elle, compromettrait la création d’emplois et le développement économique. Aussi, le secrétaire au Trésor américain a-t-il repoussé du revers de la main la proposition en novembre 2010.

La croisade canadienne

De l’autre côté de la frontière nord, Robin des Bois n’est pas plus populaire. « Les banques canadiennes sont de bonnes élèves et n’ont pas contribué à la crise », se défend-on dans les hautes sphères. Répliquant à cette déclaration, Claudette Charbonneau ex-présidente de la CSN rappelle que le monde de la finance est mondialisé et que de faire abstraction de la situation américaine ou internationale en se targuant de la santé bancaire nationale, serait de jouer à l’autruche.

Un autre argument est avancé par le Premier ministre conservateur. « Les Canadiens ne souhaitent pas de nouvelles taxes. » Or, comme le souligne Monsieur Vaillancourt, « il ne s’agit pas d’une taxe qui va toucher tous les Canadiens, mais bien les spéculateurs qui ne sont pas la majorité et qui ont énormément de revenus ».

Ce qui embarrasse de surcroît le coprésident d’ATTAC c’est que Stephen Harper fasse du prosélytisme à l’échelle internationale afin de saboter la campagne en faveur de la taxe. Au G-20 à Toronto l’an passé, il s’est efforcé d’évacuer la question des discussions. Une nouvelle manifestation, selon Vaillancourt, du mépris de Harper vis-à-vis des alternatives économiques provenant de la société civile.

Une critique plus profonde

S’il existe de nombreux détracteurs au sein des lobbys financiers, les rangs de la gauche économique n’en sont pas non plus dépourvus. En effet, une critique émerge et reproche à la taxe de ne pas s’attaquer au cœur du problème de la crise économique, soignant uniquement les symptômes. Autrement dit, la taxe ne remet pas en question le système financier fondé sur la croissance infinie. À cela, Monsieur Vaillancourt concède qu’il existe certains problèmes. Pour qu’elle ait un effet dissuasif sur la spéculation, la taxe doit être relativement élevée. ATTAQ suggère une taxe de 0,1% et non pas de 0,01%, ce qui est proposé la plupart du temps au sein des gouvernements. Par ailleurs, l’argent amassé grâce à la taxe peut être détourné de sa mission initiale, il faut donc prévoir des mécanismes de surveillance.

« Le système est là. Et si on veut vraiment agir sur le système, ce serait bête de se priver d’un élément aussi positif qui permettrait des transformations globales », nuance-t-il. Selon lui, la taxe est une étape. « Si on admet que le capital peut être taxé, alors on admet aussi qu’on peut contrôler le capital. C’est à peu près ce que tout le monde veut. Et pour l’instant, c’est un moindre mal. »

C’est ce que pense aussi Adbusters qui a appelé les peuples du monde entier à décocher des flèches en direction de leurs gouvernements, le 29 octobre, en participant à une grande marche mondiale en appui à l’implantation de la taxe Robin des Bois. À la veille du sommet du G-20 qui débute le 3 novembre à Cannes, il s’agit d’une bonne occasion de soutenir cette démarche internationale.

Pour signer la pétition en faveur de l’implantation de la taxe Robin des Bois, rendez-vous sur le site : http://www.taxerobindesbois.org/

Crédit photo : Philippe Leroyer - Flickr