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L’aide américaine aux Palestiniens bloquée

Marc Henry, 6 octobre 2011

Cette suspension pourrait gêner la politique sécuritaire de Mahmoud Abbas.

Une partie du Congrès américain semble décidée à faire payer cher aux Palestiniens leur campagne pour l’adhésion de leur État à l’ONU. À titre d’avertissement, les élus américains ont bloqué le versement d’une tranche de 200 millions de dollars d’aide destinée à l’Autorité palestinienne. Le pactole correspond à un tiers de l’aide annuelle versée par les États-Unis. Cette sanction a été prise contre l’avis de Barack Obama par des membres du Congrès surtout républicains à l’approche de l’élection présidentielle de l’an prochain.

Paradoxalement, la sanction, qui aurait dû satisfaire Israël, suscite des réserves notamment chez Ehoud Barak, le ministre de la Défense, et les responsables de l’armée, qui redoutent par-dessus tout que l’Autorité palestinienne ne puisse plus assurer la paye des 150 000 fonctionnaires, avec à la clé, le risque de voir se propager un chaos généralisé. En privé, les responsables militaires ne manquent pas de souligner que l’étroite collaboration entre l’armée et les milliers de policiers et d’agents de sécurité palestiniens, formés grâce à des experts et des crédits américains, a permis ces dernières années de faire échec à toute une série de projets d’attentats.

Cette action commune sur le terrain a également bridé toute velléité de prise du pouvoir en Cisjordanie par les islamistes du Hamas, qui contrôlent déjà la bande de Gaza. Seuls les « durs » du gouvernement israélien, notamment le chef de la diplomatie, Avigdor Lieberman, souhaitent « punir » les tentatives palestiniennes en faveur de l’intégration d’un État palestinien au sein de l’ONU.

Obama contre l’arme économique

Cette opération est pourtant vouée à l’échec en raison de l’opposition des États-Unis. Mais les Américains souhaitent ne pas être contraints d’imposer leur veto au cas où Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, parviendrait à mobiliser une majorité au Conseil de sécurité. Jusqu’à présent, Barack Obama s’est toutefois opposé à utiliser l’arme économique, en coupant, par exemple, une aide financière américaine vitale. Le président américain craint également une déstabilisation d’une Autorité palestinienne acculée à la cessation de paiements.

« Il y a apparemment des groupes de pression au Congrès qui sont plus catholiques que le Pape », déplore Hassan Abou Libdeh, le ministre palestinien de l’Économie, en faisant allusion aux élus américains les plus pro-israéliens. Lui aussi souligne que la suppression des subsides américains ne fait pas l’unanimité en Israël, car elle pourrait « déboucher sur une instabilité dont les Palestiniens ne seraient pas les seuls à payer les conséquences ». Oded Eran, un ancien diplomate israélien en poste aux États-Unis, évoque, pour sa part, une autre piste. « En fait, explique-t-il, Barack Obama dispose désormais d’un moyen de pression supplémentaire sur Mahmoud Abbas, à qui il peut désormais dire que, s’il s’obstine dans ses projets d’État à l’ONU, le Congrès lui coupera les vivres sans qu’il puisse lever le petit doigt. »


Voir en ligne : Original sur Le Figaro