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Paraguay : le soja génétiquement modifié sème la colère chez les Guaranis

Delphine Denoiseux, 1er octobre 2011

Asunción (Paraguay) – Pendant plus de deux mois, 400 Guaranis ont occupé la Plaza Uruguaya, au centre de la capitale paraguayenne. Selon eux, les cultures de soja génétiquement modifié aux mains de grands propriétaires brésiliens au Paraguay causent la déforestation de leurs terres et mettent en danger leur santé.

A l’entrée de la place, une banderole est visible de loin : « Legalización de tierras ancestrales inválidas por colonos brasileños (…) Nuestra tierra, nuestra vida », informe-t-elle. Juste derrière, une cinquantaine de tentes protégées par des sacs plastique recouvrent la terre rougeoyante du parc. Au milieu, des enfants marchent pieds nus et ramassent les fleurs roses tombées des arbres. D’autres jouent à côté d’une bassine d’eau, pendant que quelques femmes cuisinent sur des feux de bois.

À quelques centaines de mètres de là, à l’ombre du majestueux bâtiment du Palacio Legislativo de la Republica del Paraguay, s’étend Chacarita, le bidonville de la capitale paraguayenne abritant plus de 1500 personnes, des Autochtones pour la plupart. « Au Paraguay, les inégalités entre riches et pauvres sont criantes », explique Benito Barreto, originaire du département de Canindeyú. « Ici, il n’y a pas de justice pour les pauvres. La justice, c’est l’argent. »

Soja brésilien au Paraguay

Depuis quarante-cinq jours, Benito Barreto campe sur la Plaza Uruguaya d’Asunción. Comme des centaines d’autres Guaranis, il a quitté sa communauté située à proximité de la frontière du Brésil, à l’est du Paraguay, pour venir dénoncer l’occupation de ses terres par des producteurs brésiliens de soja transgénique. « La forêt recule, l’eau est contaminée et les pesticides répandus sur les cultures causent des vomissements, des diarrhées et des problèmes cutanés dans nos villages. Bientôt, il ne restera que le soja », explique-t-il en fixant la paume de sa main.

Entre 1995 et 2006, la superficie de la culture de soja a plus que triplé au Paraguay, passant de 735 000 à 2 400 000 hectares, selon un article du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde. Depuis 1960, des cultivateurs brésiliens s’installent dans ce pays, attirés par le bas prix des terres frontalières et par l’absence de lois interdisant leur vente aux étrangers. « Au départ, ils s’étaient lancés dans des exploitations d’agriculture intensive, puis ils se sont convertis à la monoculture de soja génétiquement modifié », explique Miguel Toro, de l’Asociación de Pueblos Indígenas de Zona Baja Canindeyú (APIC).

L’APIC souhaite que le gouvernement mette en place des lois pour encadrer la plantation de soja OGM et d’autres pour clarifier les titres de propriété des territoires autochtones. « Nous possédons des titres de propriété sur les terres reconverties à la culture de soja, continue le Miguel Toro, mais le problème, c’est que les cultivateurs brésiliens en détiennent également. Ce flou juridique nous nuit gravement. »

Revendications territoriales

Enclavé entre le Brésil, l’Argentine et la Bolivie, le Paraguay se classe au quatrième rang des pays les plus corrompus d’Amérique latine, selon Transparency International. Dans ce contexte, les Autochtones du pays se sentent abandonnés à leur sort. « Personne ne se préoccupe de nous, explique Benito Barreto. Notre communauté est éloignée de la capitale où siège le gouvernement. Il ne se déplace pas jusqu’à nous, ni pour constater le manque d’infrastructures de santé et d’éducation, ni pour constater que les Brésiliens nous chassent de nos terres. »

D’après le manifestant, les conséquences sociales sont perceptibles depuis plusieurs années. « Dans toutes les villes du Paraguay, il y a de plus en plus d’Autochtones. Ils migrent vers les centres urbains pour y chercher du travail car ils ne peuvent plus vivre de leurs cultures et abandonnent leurs terres. »

Malgré sa petite taille, le Paraguay est aujourd’hui le quatrième producteur mondial de soja transgénique, après les États-Unis et ses deux voisins, l’Argentine et le Brésil. Une croissance que les Autochtones du pays payent, jour après jour, de leur droit à la terre et de leur santé.


Comme au Canada, les Autochtones représentent 3% de la population du Paraguay. Toutefois, le Paraguay est un petit pays qui ne compte que 6 millions d’habitants, auxquels s’ajoutent près de 3 millions d’exilés économiques.

En 2009, Amnistie Internationale dénonçait le manque de vigilance des autorités paraguayennes à l’égard des droits des peuples autochtones.

Crédit photo : Delphine Denoiseux