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Les Québécois, Indignés !

Bénédicte Filippi, 27 septembre 2011

« Il faut faire quelque chose. Qu’est-ce qu’on fait ? Le premier geste citoyen, c’est de prendre la parole. Et la tribune principale du citoyen, c’est où ? C’est ici, c’est la rue ! »

Des applaudissements nourris ont suivi cette tirade.

Chili, Syrie, Espagne, Lybie… Cette déclaration pourrait être tirée des quatre coins du monde tant l’année 2011 semble être placée sous le signe des mouvements de contestation populaire
.

Il s’agit pourtant d’un message déclaré dans les rues de Montréal et provenant de Patrick Poirier, l’un des initiateurs du mouvement du 24 septembre qui s’est mis en branle samedi dernier. Rassemblant entre 2000 et 3000 manifestants, le mouvement s’est acheminé vers les bureaux du premier ministre Charest pour décrier le climat politique sclérosé actuel.

La goutte de trop

La sortie du rapport Duchesneau confirmant un lien direct entre l’industrie de la construction routière et le financement des partis politiques a été la bougie d’allumage qui a fait décoller la mobilisation. La colère des citoyens s’est par la suite cristallisée lorsque le premier ministre Charest a avoué ne pas avoir lu ledit rapport.

Consternés par cette négligence affichée, plusieurs citoyens se sont retrouvés sur les réseaux sociaux et ont partagé leur colère. Souhaitant que cette exaspération dépasse les canaux virtuels, une proposition à la mobilisation terrain s’est dégagée. En l’espace d’un peu plus d’une semaine, le mouvement du 24 septembre prenait forme.

Trois revendications principales ont cimenté la mobilisation. La tenue d’une enquête publique sur la corruption dans le système publique, la fin du financement partisan des partis politiques et la démission du premier ministre. En pointant clairement l’origine de leur indignation, les leaders du mouvement ont donné une colonne vertébrale au mécontentement qui sourde depuis déjà quelques temps au Québec.


Une crise de légitimité qui s’aggrave

Ce n’est pas le premier écueil politico éthiques dans lequel s’enfonce le gouvernement libéral. À l’automne passé, le dérapage du dossier des gaz de schiste grugeait le lien de confiance unissant l’administration à la population. Il y a un an se dessinaient déjà deux camps qui, aujourd’hui, à quelques têtes près, semblent s’être de donnés rendez-vous pour une seconde joute, à propos du milieu de la construction cette fois-ci.

D’un côté, on retrouve un gouvernement en manque d’expertise qui se rapproche de plus en plus de l’entreprise privée, en l’occurrence des firmes de génie conseil. De l’autre, une société civile qui s’informe, s’organise et se positionne en grande majorité pour la tenue d’une enquête publique.
Qu’en est-il du rôle et la responsabilité du gouvernement à ce chapitre ? L’État incarne officiellement l’entité capable, responsable et légitime de prendre les décisions d’ordre public, et ce par la confiance qui lui a été conféré par la population lors des élections. Il reste cependant que l’opinion populaire raffermit le bien fondé d’une décision gouvernementale. Or, l’actualité démontre qu’en ce moment, en dépit des nombreux soutiens populaires en faveur de la tenue d’une enquête publique, Charest s’obstine à la récuser, défendant bec et ongle l’efficacité et la force de frappe des enquêtes policières comme meilleur moyen d’éliminer la corruption.
Cet entêtement alimente les doutes de la population vis-à-vis de l’intégrité gouvernementale. Il semble effectivement dans l’intérêt du gouvernement de conserver secrètes les enquêtes liées à la corruption. L’intérêt des citoyens se retrouve ainsi encore une fois négligé par les hautes instances.

Dans le marasme, une lumière

C’est au cœur de crises politiques comme celle-ci que brillent certaines initiatives. En effet, rompant avec l’apathie et le cynisme souvent accolés à la population québécoise, le mouvement du 24 septembre semble un autre exemple de mobilisation citoyenne exemplaire. S’inspirant du mouvement espagnol des Indignés par la spontanéité du projet, par son caractère pacifique et apolitique ainsi que par le vecteur d’information qu’ont été les médias sociaux, le 24 septembre a peut-être marqué par la naissance d’un rejeton nord-américain.

« C’est le début d’un mouvement qui ne peut pas, qui ne doit pas s’essouffler » entendait-on parmi les citoyens qui s’étaient agglutinés autour des bureaux de Charest.

Comme le rappelle pourtant Patrick Poirier aux manifestants : « La suite vous appartient ». Les Québécois seront-ils être en mesure de tenir le fort et de continuer la pression via-à-vis du gouvernement ?

C’est ce qu’espèrent les organisateurs du mouvement, qui entendent poursuivre la mobilisation dans plusieurs villes québécoises avant de la faire culminer devant l’Assemblée nationale à Québec d’ici quelques semaines.


Voir en ligne : Voir le vidéo des Alter-Citoyens sur la manifestation