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L’État palestinien et l’état de la Palestine

Benjamin Moriamé, 22 septembre 2011

La Palestine n’est pas un État. Quoi qu’en disent ses partenaires à
l’ONU. Mais une éventuelle reconnaissance en tant qu’Etat relancerait la
longue marche des Palestiniens vers l’indépendance et la paix.

L’embryon d’État palestinien n’a cessé d’inquiéter, depuis plus de
soixante ans. La Cisjordanie, dont la forme suggère étrangement un fœtus,
étouffe de plus en plus sous l’occupation, les murs, les postes de
contrôles militaires et les colonies israéliennes. Le cordon vital qui la
relie à la Bande Gaza a été presque entièrement rongé par un siège qui
touche aussi bien le ciment que les médicaments et d’autres biens de
première nécessité. Sans parler des bombardements. Cela peut paraître
paradoxal mais, c’est justement quand l’enfant à naître est au plus mal
que la médecine recommande sa mise au jour dans l’urgence. Le défi, dès
lors, ne fait que commencer et on attendra avant de parler d’heureux
événement.

Alors, nous voulons un Etat palestinien ? À en juger par les sondages, par
le nombre de pays qui se sont ralliés à cette cause, par la quantité de
pétitions signées en faveur de l’initiative, oui, l’énorme majorité
de ceux qui ont un avis veut un Etat palestinien. Mais nous souvenons-nous de ce que recouvre le concept d’Etat ? Et de ce que désigne la Palestine
aujourd’hui ? Dans l’affirmative, l’ambition dépasse largement
l’échéance du 23 septembre et la reconnaissance éventuelle de l’ONU.

À ce stade, un retour au dictionnaire n’est pas superflu. Avec une
majuscule, l’ « Etat » est, selon le Larousse, une « entité politique
constituée d’un territoire délimité par des frontières, d’une
population et d’un pouvoir institutionnalisé ». Suit cette note, entre
parenthèses : « Titulaire de la souveraineté, il personnifie juridiquement
la nation. » Le Petit Robert corrobore, définissant l’État comme une
« autorité souveraine s’exerçant sur l’ensemble d’un peuple et d’un
territoire déterminés. »

Force est d’observer que la Palestine n’est pas un Etat. C’est pourquoi
il faut probablement voir la probable reconnaissance de la Palestine en tant
qu’État non comme un constat – qui relèverait d’un extraordinaire
aveuglement ou d’une ridicule mauvaise foi – mais comme un objectif
ambitieux, réclamant détermination et persévérance.

C’est le mur construit par Israël en travers du territoire palestinien,
long de plus de 700 kilomètres et parfois haut de 9 mètres, qui illustre le
mieux les entraves posées à la constitution de l’Etat dont les
Palestiniens rêvent depuis, au moins, la fin de l’Empire ottoman. Ce mur
bétonne un système d’occupation et un processus de colonisation qui,
depuis 1967, quadrillent la totalité du territoire palestinien, au mépris
des résolutions de l’ONU. La violence, constamment provoquée de part et
d’autre, sert de prétexte à ce système, qui ne cesse de la renforcer.
Mais les Palestiniens, en (re)demandant la reconnaissance de la Ligne verte, derrière laquelle ils sont réfugiés, ne revendiquent pas plus de 22% de leur aire géographique initiale. Pour la paix, c’est une fenêtre
d’opportunité béante.

Le mur, les barbelés, les colonies, les barrages sur les routes et tous les
moyens d’occupation demeurent pourtant, avec leur cortège de funestes
conséquences. Mécaniquement, tous les indices de santé de la société
palestinienne ne cessent de chuter : accès aux hôpitaux, à l’aide
humanitaire, au commerce, à l’emploi, aux cultures… Des familles sont
séparées, des maisons détruites, des puits inaccessibles, des milliers
d’hectares de champs confisqués…

Comment, dans ces conditions, parler d’ « entité politique », de « 
territoire délimité », d’ « une population », d’un « pouvoir
institutionnalisé », d’une « juridiction » et surtout, d’une « 
souveraineté » ?

Plaider la reconnaissance d’un hypothétique Etat palestinien ne suffit
pas. Sauf si cette prise de positon se montre cohérente et se double d’un
appel clair à la fin de la colonisation de la Cisjordanie et du siège de
Gaza, au partage de Jérusalem, au droit au retour effectif des réfugiés,
à la reconnaissance de la Ligne verte en tant que frontière provisoire, au
retour des parties à la table des négociations pour redessiner une
frontière plus en phase avec l’actualité du terrain (sur le principe
d’un échange équitable de territoires), à une volonté sincère de
négocier, qui cesse de fixer comme conditions préalables des accords qui ne
peuvent, justement, qu’être le fruit de négociations. Si nous voulons un
Etat, que ce soit un vrai Etat et un vœu déterminé.


Benjamin Moriamé est journaliste indépendant, chargé d’éducation au
développement aux Facultés universitaires namuroises, auteur de « La
Palestine dans l’étau israélien. Avant et après le mur » (éditions
L’Harmattan, Paris, 2006)