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Quand l’engagement passe à l’action

Melissa Owenz, 1er septembre 2011

Les 19, 20 et 21 août dernier, Alternatives a tenu sa 17ème édition des « Journées Alternatives » au Camp Papillon de Saint-Alphonse de Rodriguez dans les Laurentides. Cette fin-de-semaine a regroupé plus de 300 personnes, incluant une cinquantaine de conférenciers et conférencières de renom issus d’ONG, de syndicats, d’universités, de groupes activistes et d’organisations citoyennes. Les quatre principaux panels de cette édition ont abordé les thèmes suivants : les révolutions au Maghreb et dans le Moyen-Orient, le néo-libéralisme en Amérique, le Plan Nord et le gouvernement « conservateur » du Canada.

La Campagne Boycott Divestment Sanctions (BDS) a animé une discussion intéressante au cours de laquelle les panelistes ont discuté des stratégies possibles pour faire tomber le mur entre Israël et la Bande de Gaza, entre autres par le biais de boycotts visant à isoler Israël économiquement. La Campagne BDS a pour but de mettre fin à ce qui est aujourd’hui devenu un véritable « apartheid israélien ». Elle nous rappelle qu’Israël viole ouvertement les principes de droit international tout en étant supporté financièrement par des États libéraux et démocratiques (y compris le Canada). Le panel a souligné l’influence déterminante de la culture dans l’évolution de cette initiative. D’ailleurs l’un des conférenciers soulignait que « les mouvements politiques trouvent souvent leur inspiration dans l’art et la chanson ». À Montréal, par exemple, 500 artistes ont affirmé leur boycott d’Israël en refusant de jouer leurs concerts en sol israélien ainsi qu’en refusant d’acheter des biens produits en Israël.

Parmi les documentaires exposés lors des Journées Alternatives figurait le Chants de la détermination de Paul M. Rickard et Michelle Smith. Ce documentaire a suivi la carrière artistique de plusieurs musiciens québécois des Premières nations exprimant leur identité autochtone, ainsi que leur sentiment de marginalisation, par le biais du rock, du folk et du rap. Samian, un artiste rap de Pikogan (Quebec), a la particularité de traduit les paroles de ses chansons en algonquin pour préserver l’histoire de son peuple. Ses vidéos musicales, passant du Français à l’Algonquin, sont souvent accompagnées de rappeurs québécois dans le but de démontrer la réconciliation entre les Premières nations et le peuple québécois. Cheri Maracle, une chanteuse folk du Labrador, écrit plusieurs de ses paroles en l’honneur des 500 femmes autochtones disparues et assassinées au cours des trois dernières décennies au Canada. Sa chanson « 500 stars » souligne avec force le fait « que si ces femmes avaient été de race blanche, une justice leur aurait été rendue. » La plupart des artistes qui ont participé au documentaire sentent que le gouvernement canadien a négligé les réserves autochtones du nord du Québec, ainsi que les droits humains des peuples des Premières nations partout au Canada.

Les questions environnementales, politiques et sociales abordées lors des Journées Alternatives ont stimulé la discussion et instruit des centaines de personnes et même des milliers si l’on compte les participants des dix-sept dernières années. Toutefois, pour assurer la perpétuité d’une communauté mondiale durable, la pression non-violente des peuples sur leurs gouvernements est absolument nécessaire. Une compréhension des différents enjeux de droits humains ne provoque pas nécessairement de progrès si les citoyens n’agissent pas. Ainsi, lors de l’Assemblée générale annuelle le 28 août, Alternatives a adopté la déclaration suivante.

Un autre monde est possible : S’engager ici et ailleurs à bâtir des alternatives !

Aujourd’hui, notre monde globalisé est confronté à de multiples crises structurelles, écologiques, sociales, géopolitiques et idéologiques. Ces crises, en plus d’engendrer plus d’injustices, d’exclusion, de pauvreté et de guerres, nous affectent tous et toutes, tant au Canada, au Québec, qu’ailleurs dans le monde.

Alors que plus d’un milliard de personnes vivent déjà dans des États en guerre, que 2 autres milliards vivent dans la pauvreté la plus absolue, que la masse des sans-emploi et sous-employés va grandissante, que les violences s’exacerbent contre les femmes et les minorités, que le réchauffement climatique atteint des niveaux mettant en danger la survie même des espèces, incluant la nôtre, nos gouvernants maintiennent le cap vers davantage de répression, davantage de dérégulation au profit des transnationales, davantage de destruction des écosystèmes, davantage d’attaques contre nos droits.

Dans les pays du Nord notamment, incluant au Canada, on assiste à une montée critique de la droite politique et morale, à une régression de la tolérance à l’autre, voire de la tolérance à la démocratie et aux valeurs démocratiques.

Dans ce contexte, Alternatives :

• Réaffirme son soutien et sa légitime participation active aux mouvements sociaux de solidarité au Québec, au Canada et à l’international visant à renforcer la construction de sociétés durables et respectueuses des droits civils, culturels, économiques, politiques, sociaux et environnementaux ;

• Assume sa responsabilité solidaire et son droit de concourir aux luttes du Nord face aux politiques régressives qui ont des impacts négatifs partout dans le monde ;

• Soutient les organisations et les citoyens d’ici et d’ailleurs dans leur actions pour la défense de ceux et celles dont les droits sont les plus bafoués ;

• Appuie les stratégies de construction d’alliances et de concertation des mouvements et des forces populaires, sociales, progressistes et altermondialistes par, notamment, la construction et le renforcement des forums sociaux.

Ensemble, notre but est de construire un monde qui puisse voir :

• Femmes, hommes et enfants, dignes et solidaires, se partageant équitablement le pouvoir ainsi que les ressources nécessaires pour vivre et s’épanouir ;

• Un respect par toutes et tous de la diversité des peuples, des nations et des individus, ainsi qu’un respect inconditionnel des droits civils, culturels, économiques, politiques, sociaux et environnementaux, avec une préoccupation pour la défense et la promotion des droits des immigrants et des réfugiés ;

• Un développement équitable, juste, et réellement démocratique tant au niveau local, national que mondial.

**Texte traduit de l’anglais par Émilie Couture-Brière