Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

<p>Partenaires</p>

En plein hiver chilien : les promesses d'un printemps social et politique

Pierre MOUTERDE, 26 août 2011

Rigueurs de l’hiver austral obligent, c’est dans le froid et sous la pluie que depuis près de trois mois les étudiants chiliens revendiquent. Ils n’en sont pas moins en train de faire germer —au fil de mobilisations croissantes de la société civile— les promesses d’un formidable printemps social et politique ; un printemps qui pourrait bien nous donner à réfléchir, ici même au Québec. Car en observant les échos de cette effervescence sociale débouchant ces 23 et 24 août 2011 sur une grève générale appelée par le mouvement syndical, on ne peut qu’être frappé par les inéluctables impasses du modèle néolibéral ainsi que par les moyens qu’une société doit parvenir à se donner pour tenter de s’y opposer avec succès.

Le Chili a toujours été un pays baromètre, une sorte de laboratoire social et politique nous permettant de saisir avec plus de clarté ce qui se joue ailleurs, à l’échelle du monde. Il l’a été dans les années 60-70, avec l’Unité Populaire de Salvador Allende, expression de cette « ère des brasiers » ayant, dans le sillage de la révolution cubaine, embrasé le continent de ses aspirations au changement social. Il l’a été dans les années 70-80, avec la dictature de sécurité nationale du général Pinochet, symbole de cette répression sauvage et de l’imposition au forceps d’un modèle économique néolibéral dont on allait bientôt connaître la recette partout au monde. Il l’a été aussi dans les années 90-2000, avec le retour à la démocratie, mais à une « démocratie restreinte », les militaires continuant à gouverner derrière le trône. Et peut-être l’est-il aujourd’hui avec cette grève étudiante aux allures absolument inédites ?


Grève inédite

Car il ne s’agit pas seulement d’une grève étudiante de grande envergure, touchant tant les élèves du secondaire que les étudiants universitaires. Il s’agit d’un mouvement qui a fini, au fil des semaines, par gagner l’appui, non seulement des syndicats de professeurs et des associations de parents d’élèves, mais encore de larges secteurs de la société civile. Comme si les étudiants avaient su faire comprendre que leur cause était celle de tous et toutes. Voilà pourquoi elle s’est développée comme une trainée de poudre, passant par dessus tous les obstacles mis sur son chemin : depuis le 28 avril 2011, date de la première manifestation étudiante d’envergure (8 000 personnes) jusqu’à la grève générale d’aujourd’hui en passant par les marches du 30 juin (300 000 personnes) et du 9 août (500 000 personnes), se sont multipliés, manifestations, occupations, grèves de la faim, rassemblements gigantesques, le tout finissant, qui plus est, par redonner vie à une série d’autres demandes sociales restées sans réponse : celles des Mapuches au sud, des écologistes à propos du projet HidroAysen en Patagonie, celles enfin du mouvement syndical, aspirant notamment une meilleure redistribution de la richesse sociale.

Des enjeux de taille

Il faut dire que les enjeux étaient de taille : Au Chili, sous la houlette du général Pinochet l’éducation est passée d’un seul coup dans la moulinette des logiques néolibérales, sans que depuis les différents gouvernements démocratiques (y compris celui de Michèle Bachelet) y changent quelque chose de substantiel. L’éducation est ainsi devenue « marchandise », une pure affaire d’argent et de négoce, source de profits alléchants pour les banques et les entrepreneurs en mal de profits. Alors que jusqu’en 1973, l’éducation publique chilienne était connue pour sa qualité et sa gratutité, les principes économiques pronés par les Chicagos boys et la dictature ont, comme le rappelle Victor de la Fuente du Monde Diplomatique, littéralement inversé les choses : « Rares en 1973, les écoles privées accueillent désormais 60 % des élèves dans le primaire et le secondaire. Moins de 25 % du système éducatif est financé par l’Etat, les budgets des établissements dépendent, en moyenne, à 75 % des frais d’inscrip