Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Que peut-on espérer pour l’automne arabe ?

cécile branco, 3 août 2011

Au printemps dernier, les révoltes dans le monde arabe ont confirmé la prédiction de Mao selon laquelle le capitalisme moderne transformera en « zone de tempête » l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique. En effet, l’acharnement des États-Unis et de ses alliés à imposer leur système économique au reste du monde n’a fait qu’augmenter la dépendance et la colère de nombreux pays vis-à-vis ceux du Nord.

Les régions du Sud n’ont jamais connu l’autonomie politique nécessaire leur permettant de choisir un système économique et social propre à leur environnement. Pour Samin Amir, économiste de renom et commentateur de la scène politique arabe depuis plusieurs années, les évènements au Maghreb et au Moyen-Orient en début d’année symbolisent la frustration vécue par ces régions du monde par rapport à la domination d’un système qui les oppresse et qui ne prend pas en considération leurs besoins. En reprenant l’exemple de l’Égypte, Samin Amir explique qu’en raison de sa position perpétuelle de soumission par rapport à une autorité étrangère, la région du Moyen-Orient pourrait sans contredit être le moteur d’un changement potentiel en proposant des structures économiques alternatives à celles dont elle tente de s’affranchir.
Les pays arabes et maghrébins n’en sont pas à leur première révolte, leur histoire en fait constamment la preuve. S’ils se soulèvent encore aujourd’hui c’est que leurs demandes ne sont toujours pas exhaussées, mais plutôt recalées à l’état d’insignifiance.

La constitution wafdiste de 1919 en Égypte est sans doute le premier symbole d’un progrès démocratique qui a permis l’implantation d’un système laïque. Or, la possibilité d’une autonomie égyptienne a fait craindre les Britanniques de perdre leur contrôle régional ce qui les a poussé à encourager la formation des Frères musulmans, une organisation d’opposition connue pour leurs idéaux de droite islamique. Ils ont aussi soutenu la prise du pouvoir par le dictateur Sedki Pacha en 1930 afin d’assurer la continuité d’un développement économique au profit des intérêts britanniques. En dépit des nombreuses manifestations étudiantes et paysannes, la détermination des Anglais à asservir le peuple égyptien aura eu gain de cause.

À la fin de la guerre de 1967 contre Israël, ce sont les États-Unis qui ont fait preuve d’une aussi grande obstination à maintenir leur pouvoir sur l’Égypte en provoquant l’entrée de ce dernier dans un système néolibéral qui s’est perpétué jusqu’à ce jour. L’impérialisme du 19ème siècle n’aura donc jamais cessé, le néo-libéralisme mondialisé étant ce qui l’a remplacé pour maintenir ces peuples dans un état de pauvreté et de chaos politique.

Les révolutions du printemps dernier auront été les dernières en liste, celles-ci représentant la montée d’une colère accumulée vis-à-vis de l’impérialisme/capitalisme, comme l’entend Samin Amir. Reste à savoir si elles seront porteuses du changement espéré. Il y a actuellement en Égypte une lutte féroce entre les forces pro-démocratiques et les blocs réactionnaires, composés des millionnaires capitalistes, des propriétaires terriens, des monarchistes et des Frères musulmans. Malgré le discours que tiennent les États-Unis et leurs alliés occidentaux sur l’importance pour l’Égypte et ses pays voisins de se démocratiser, ils supportent discrètement les Frères musulmans et les mouvements d’opposition. L’Égypte étant un pays clé pour le maintien du pouvoir des États-Unis sur cette région, si elle devenait une démocratie « elle ne pourrait être qu’anti-impérialiste et sociale, prendrait ses distances à l’égard du libéralisme mondialisé, condamnerait l’Arabie Saoudite et les pays du Golf à l’insignifiance, réanimerait la solidarité des peuples arabes et imposerait la reconnaissance de l’État palestinien par Israël », explique Samin Amir. En soutenant les Frères musulmans, les États-Unis s’assurent de conserver le contrôle sur la région puisqu’une République islamique pourrait poursuivre le travail de leurs prédécesseurs. Les révolutionnaires se retrouvent donc devant une force d’opposition énorme rendant leur lutte beaucoup plus difficile.

Les révoltes du Sud représentent l’espoir de passer d’une période d’inégalité causée par la domination du Nord sur le Sud vers une période où règnerait une plus grande justice entre les nations. Les pays révoltés ont aujourd’hui la chance de devenir le berceau d’institutions nouvelles ne fonctionnant non plus selon les désirs états-uniens, mais modelés sur leurs besoins particuliers. Ceci dit, les fronts d’opposition se trouvent à être les plus grandes puissances mondiales, ce qui double le nombre d’effort qu’ils doivent fournir pour y arriver. En tant que citoyens occidentaux et considérant que se sont nos gouvernements qui sont la cause de leur désarroi, il est de notre devoir de réfléchir aux actions possibles afin de venir en aide à ces peuples.

Pour ce faire, les Journées Alternatives qui débuteront le 19 août prochain proposent des conférences et des ateliers sur les révolutions arabes afin de mettre au profit nos connaissances et amorcer un processus de réflexions sur les actions et les alliances éventuelles à entreprendre avec ces pays en révolution.