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Pour une ville de Montréal verte et nourricière

Roxane Léouzon, 31 juillet 2011

Recueillir 15 000 signatures en 90 jours pour forcer la ville à tenir une consultation publique sur l’état de l’agriculture urbaine à Montréal : c’est le défi que s’est lancé le Groupe de Travail en Agriculture urbaine (GTAU), un collectif d’organisations préoccupées par l’environnement et la souveraineté alimentaire.

Les résidents de la ville auront du 11 août au 9 novembre pour appuyer l’initiative qui vise à encourager la ville à adopter un positionnement clair en faveur du développement de l’agriculture urbaine à Montréal. Contrairement à plusieurs villes comme Toronto et Vancouver, Montréal ne s’est encore pas dotée d’une politique en matière d’agriculture. En effet, les plans d’urbanisation et de développement durable ne comprennent actuellement pas d’objectifs ni d’actions en matière d’alimentation saine et de jardins.

« Aucune stratégie politique n’encourage l’agriculture urbaine, ni ne détermine la position municipale. Pourtant, il y a beaucoup de vertus à l’agriculture urbaine », mentionne Gaëlle Janvier, responsable du projet Des jardins sur les toits chez Alternatives, membre du GTAU. La ville reconnaît elle-même, dans le plan de développement durable de 2007-2009, ses avantages : promotion de la sécurité alimentaire, accessibilité à des aliments frais, verdissement et protection de la biodiversité, réduction de la pollution liée au transport et promotion de forme d’interactions sociales.

De plus, il y a actuellement un réel engouement autour de l’agriculture urbaine à Montréal. Il y existe pas moins de 75 jardins collectifs et 97 jardins communautaires. Malgré tout, les listes d’attente pour les jardins communautaires sont longues. « Dans le quartier du Plateau Mont-Royal, vous pouvez attendre jusqu’à 10 ans », informe Martin Dorais, responsable de plusieurs jardins communautaires à la ville de Montréal.

D’autre part, les projets en agriculture urbaine se multiplient, notamment par le biais des groupes de recherche de l’UQAM, de McGill et de Concordia. L’UQAM organise d’ailleurs une École d’été en agriculture urbaine du 15 au 19 août prochain. Par-dessus tout, le Sommet mondial Écocité 2011, événement qui réunira des universitaires, des décideurs, des professionnels et d’autres acteurs du monde entier à Montréal du 22 au 26 août, présentera un volet sur l’agriculture urbaine.

Devant cette effervescence peu structurée, le GTAU juge qu’un débat public est nécessaire. « Nous avons des changements à effectuer pour que l’agriculture urbaine contribue au développement intégré de la ville de Montréal », juge Gaëlle Janvier. « Mais présentement, c’est un dossier méconnu par la ville. Il serait important de récolter de l’information sur ce qui se passe sur le terrain, sur l’ampleur de certains enjeux, sur les problématiques de financement. Tout ça pour s’assurer que les lois et les réglementations encouragent les répercussions favorables de l’agriculture urbaine sur le territoire et dans les communautés », renchérit-elle. Car la pérennité de l’agriculture urbaine montréalaise n’est pas acquise. Plusieurs jardins subissent des pressions pour faire place à des projets résidentiels ou commerciaux, comme le Faubourg Saint-Laurent, menacé par une vente potentielle. Plusieurs projets et jardins feraient également face à des problèmes de sous-financement.

Le groupe s’est donc prévalu du droit d’initiative, un mécanisme en vigueur depuis le 1er janvier 2010 qui permet aux citoyens et citoyennes de demander la tenue d’une consultation publique sur les enjeux qui relèvent de la ville ou de ses arrondissements. Selon le GTAU, ce processus mené par l’Office de consultation publique comporte plusieurs avantages. Tout d’abord, il permettra d’unifier toutes les forces dispersées liées à l’agriculture urbaine montréalaise. Il générera aussi de l’attention médiatique sur le sujet, et les élus seront obligés de se prononcer publiquement. Par la suite, un rapport de consultation sera publié, issu d’un processus démocratique qui représente les citoyens.

Le GTAU a encore du travail à faire avant que cette consultation puisse avoir lieu. En effet, 15 000 signatures doivent être obtenues entre le 11 août et le 9 novembre, soit 1200 par semaine, afin que la demande soit acceptée. Une grande campagne de signature est donc prévue. Le lancement de l’initiative aura d’ailleurs lieu le 18 août au Pavillon Sherbrooke de l’UQAM, dans le cadre de l’École d’été en agriculture urbaine. Cet événement s’insérera dans la journée thématique Pour une meilleure prise en compte de l’agriculture urbaine dans les politiques nationales, régionales et municipales, qui réunira plus de 150 participants de divers milieux. L’objectif est de réfléchir aux stratégies pour développer l’agriculture urbaine et, ultimement, de produire une charte montréalaise de l’agriculture urbaine contenant des idées et des recommandations. Les élus montréalais seront invités à se prononcer au sujet de cette charte.

Pour le reste de l’été, le GTAU s’activera à impliquer le maximum d’acteurs dans la campagne de signature, comme les Éco-quartiers, les jardins communautaires, les cuisines communautaires et les simples citoyens. Plusieurs lieux de signature et de dépôt des feuilles de pétition seront donc déterminés dans les semaines à suivre.

Crédits : Projet des jardins sur les toits.


Le GTAU est constitué de : Action Communiterre, Alternatives, Centre d’écologie urbaine de Montréal, Conseil régional de l’environnement Montréal, Marché solidaire frontenac, CRAPAUD (Collectif de Recherche sur l’aménagement paysager et l’agriculture urbaine durable), Regroupement des jardins collectifs du Québec et Santropol Roulant. Le groupe est ouvert à ceux qui souhaitent s’y intégrer.