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La philosophie dans le parloir

Emmanuel Parage, 30 juillet 2011

Alors que se profile la tenue du Forum International de l’Économie Sociale et Solidaire à Montréal mi-octobre, il est de bon ton de rappeler ce que ce terme englobe. Loin du social washing dont ce secteur est facilement taxé, il se détache du secteur public et du privé pour donner la primauté à l’initiative civile. L’éthique est l’indélogeable cheval de bataille des structures qui se réclament de ce secteur ; autonomes et à but non lucratif, ces entités se centrent sur l’humain et s’ancrent dans leur territoire.

Exeko, OBNL basé à Montréal, s’inscrit ni plus, ni moins dans cette dynamique, en favorisant via la culture et l’éducation, l’inclusion des populations les plus marginalisées. Médaillé de la Paix en 2009, l’engagement sans borne d’Exeko n’aura pas été vain : l’organisme vient d’être honoré du Fellowship à vie d’ASHOKA pour son projet en prévention et réhabilitation sociale, les programmes id’Action. Ces programmes, dispensés auprès des jeunes adultes les plus marginalisés du Québec brisent le tabou de l’ignorance et remettent la connaissance et le sens critique à l’honneur, comme moteurs de l’inclusion sociale.

Ces programmes voient le jour lorsque Nadia Duguay, initiatrice du projet et co-directrice d’Exeko, propose de donner des cours à des détenus, en souhaitant leur offrir l’opportunité de porter un regard neuf sur eux-mêmes et sur leur environnement. Des cours de philosophie pour « se connaître soi-même », dépasser l’aveuglement personnel, et prendre conscience de la richesse de leurs savoirs. « C’est lorsqu’on comprend la société que l’on a envie d’agir pour elle et non contre elle » nous explique la créatrice d’idAction. Nadia Duguay continue son entreprise et dispense des cours que l’on imagine mal en dehors de murs universitaires ; Sociologie, Communication, Éducation civique, Esprit Critique, Arts… Et cela fonctionne ; le programme est approuvé et plébiscité. « On y apprend, entre autres que même si nous ne sommes qu’une infinitésimale partie de la planète, nous ne sommes pas insignifiants, on peut faire quelque chose, on peut comprendre quel peut y être notre rôle. » déclare un participant.

Cette initiative a peu à peu grandi pour devenir les programmes idAction ; en cinq ans, pas moins de 16 modules ont été mis sur pied pour plus de 300h de formation. Basé sur la médiation, ces programmes socio-éducatifs se déroulent en trois étapes : des enseignements réflexifs visant la construction de la pensée et de l’esprit critique, puis centrés sur la compréhension sociale et enfin une ouverture à l’action solidaire.
Tous ses apprentissages théoriques sont accompagnés de mises en situation lors d’activités au sein d’organismes bénévoles, culturels ou encore en participant à des cercles de réflexion (lorsque l’environnement des participants le permet). idAction a été offert à ce jour à plus de 600 participants, et Exeko souhaite toucher pour l’année à venir pas moins de 2 000 nouveaux participants.

Les différentes formules d’enseignement sont proposées de telles sortes qu’elles soient modulables en fonction des contraintes de l’environnement des participants et peuvent être données lors d’ateliers de fin de semaine, ou encore lors de sessions annuelles. Mais cette flexibilité s’applique aussi aux aspirations des jeunes adultes. La finalité de ce programme n’est pas tant de transmettre des connaissances que de briser le cercle vicieux de l’exclusion et de donner les moyens de développer un esprit critique et la volonté de s’engager de façon sociale et citoyenne. Il s’agit de donner aux participants confiance en eux et accès à ce qu’ils pensent hors de leur portée : leur potentiel et leur capacité à modeler la société.

Lorsque l’on demande à Nadia Duguay les raisons de cet engagement et le but recherché de ce programme, elle répond spontanément : « J’ai appris au cours de mes expériences que des personnes que l’on excluait de la réflexion sociale, de la réflexion humaine avaient beaucoup à dire et à apporter. idAction pousse chacun à prendre conscience de sa voix dans cette société en construction ».

Ces programmes bénéficient aujourd’hui du soutien et de l’intérêt de plusieurs entités des milieux éducatif, gouvernemental et socioculturel (Forum Jeunesse de l’île de Montréal, YMCA, Carrefours jeunesse-emploi, ou autres).

« Nous sommes tous capables de réfléchir, de porter notre propre jugement sur le monde qui nous entoure et d’être acteurs du changement social, explique Nadia Duguay, seulement faut-il en avoir les moyens. »
Elle ajoute : « Exercer son esprit critique est une chose saine et recommandée dans les sociétés démocratiques. L’esprit critique est intimement lié à la liberté d’opinion et la liberté d’expression, qui sont des libertés fondamentales garantissant la liberté de chaque être humain. »

« La liberté commence où l’ignorance finit » pensait Victor Hugo. L’exercice de cette liberté ne commencerait-il pas quant à lui avec la prise conscience de cette liberté et la confiance en soi. C’est le pari que fait Exeko avec idAction ; gageons qu’il soit tenu.

Pour plus d’information sur idAction et Exeko, contactez info@exeko.org ou 514 528 9706 - www.exeko.org/idaction