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Victoire du dépit aux élections portugaises

Williams Fonseca-Baeta, 29 juin 2011

La cuisante défaite du Parti socialiste (PS) de José Socrates, lors des élections législatives anticipées du 5 juin dernier au Portugal, a ouvert les portes de l’Assemblée nationale du pays à un gouvernement de centre droit. Le Parti social-démocrate (PSD) de Pedro Passos Coelho et le Parti populaire (CDS-PP) de Paulo Portas forment par coalition la majorité absolue en chambre avec 129 des 226 sièges contre 73 pour le PS. Ce passage à droite en temps de crise ne représente pourtant pas un réel changement idéologique de la part des Portugais.

La crise financière du Portugal a de quoi affoler la population. Le taux de chômage est en hausse et la production intérieure brute du pays stagne depuis 2009. La population parle de banqueroutes et les politiciens conjuguent l’expression « se serrer la ceinture » à toutes les personnes. Les élections législatives du 5 juin dernier devaient permettre aux Portugais de choisir un gouvernement pour affronter la crise, pourtant le désintérêt politique l’a emporté.

« Près de la moitié de la population a préféré la plage aux bureaux de vote », badine le conseiller indépendant affilié à la Coalition Parti communiste Verts (CDU) du faubourg d’Alcochete, Paulo Machado. Le Portugal a connu un taux d’abstention record lors des récents suffrages. Plus de 40 % de la population active ne s’est pas rendue aux urnes. Un chiffre qui, selon Paulo Machado, devrait être pris en compte à l’Assemblée nationale du pays. « En considérant que le PSD a recueilli 38 % des voix et que seulement 58 % de la population a voté, on réalise que le gouvernement élu n’a la confiance que d’une mince partie de la population. »

L’abstention massive au scrutin du 5 juin dernier aurait, selon des représentants des partis de gauche, avantagé le PSD. « Une partie de l’électorat du PS s’est abstenue de voter aux dernières élections », affirme la députée sortante et présidente du département des femmes du Parti socialiste, Catarina Marcelino. L’ex-députée refuse toutefois d’expliquer la défaite de son parti par le faible taux de participation. Le phénomène est visible, selon elle, partout en Europe. « L’abstention est un mal contemporain, particulièrement perceptible sur notre continent, estime la politicienne. Les partis tant de gauche que de droite doivent désormais jouer avec cette donnée. »

La droite portugaise n’est pas du même avis. Le député et porte-parole du CDS-PP, Joao Almeida, croit que les dernières élections n’ont pas permis à la majorité de la population de se prononcer. « Des milliers d’électeurs avaient des empêchements à l’étranger, explique-t-il. On note d’ailleurs que plusieurs personnes décédées dans les deux dernières années n’ont pas été retirées des listes. »

Pour le « voter contre »

Outre le faible taux de participation, Paulo Machado et Catarina Marcelino accusent l’impopularité du premier ministre sortant, José Socrates, comme cause de la montée de la droite au Portugal. « Les Portugais n’ont pas voté pour la droite, ils ont voté contre José Socrates », souligne Paulo Machado. Au pouvoir depuis 2005, le secrétaire général du PS, José Socrates, a gagné les élections législatives de 2009 en promettant la fin de la crise économique et financière du pays sans l’aide extérieure. Or, malgré la promesse du politicien, le parti abdique après quatre plans d’austérité et négocie un plan de sauvetage de 78 milliards d’euros avec la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds Monétaire International). L’entêtement du secrétaire général du Parti socialiste a été mal perçu par la population portugaise.

« José Socrates est un personnage qu’on aime ou qu’on déteste, explique Catarina Marcelino. Avec la continuité de la crise, le mécontentement envers le gouvernement s’est généralisé. » Selon la députée sortante, les partis de droite ont profité de l’impopularité de Socrates pour gagner la sympathie de toutes les classes sociales portugaises sans faire de promesses claires. « Le chef du PSD, Pedro Passos Coelho, n’a pas voulu se prononcer sur la question de l’avortement, note Catarina Mercelino, mais il n’a pas nié qu’il voudrait en faire, pour une seconde fois, une question référendaire au Portugal. »

Le député et porte-parole du CDS-PP, Joao Almeida, assure que le PSD et le CDS-PP sont les seuls partis à promettre la transparence politique.« José Socrates a fait deux années de politiques mensongères et agressives, affirme-t-il. La population a voté pour le PSD et le CDS-PP puisque nos partis sont conscients de la gravité de la crise et savent que les prochaines années seront difficiles. »

Joao Almeida reste pourtant mitigé quant à la réception par la population des nouvelles politiques des partis au pouvoir. La réduction de la taille de l’État par la privatisation d’institutions publiques en éducation et en santé devrait provoquer, selon lui, plusieurs débats importants dans les quatre prochaines années. « Il faudra faire plusieurs sacrifices pour rembourser la dette de l’État. La privatisation est une des solutions que nous préconisons », explique-t-il. Le conseiller indépendant, Paulo Machado, désapprouve ces politiques. Il concède que l’heure est aux compressions au Portugal, mais que la privatisation accélèrera l’appauvrissement de la classe moyenne. « On peut demander aux Portugais de se serrer la ceinture, mais il ne faut pas non plus que cela soit jusqu’aux os. »

Photo : Catarina Marcelino : députée sortante du Parti socialiste et présidente du département des femmes du parti.