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« Le Burkina Faso est le cheval de troie des OGM en Afrique » : Interview de Ousmane Tiendrébéogo, secrétaire général du SYNTAP

28 juin 2011

Ousmane Tiendrébéogo, secrétaire Général du Syndicat National des travailleurs de l’Agro-Pastoral (SYNTAP), syndicat de cotonculteurs burkinabé militant pour un Burkina sans OGM, était en France ces deux dernières semaines à l’invitation d’Artisans du Monde-Rhône Alpes. Combat Monsanto en a profité pour le rencontrer et faire, avec lui, un état des lieux des OGM au Burkina : le constat est alarmant !

Combat Monsanto : Peux-tu te présenter et présenter brièvement le SYNTAP ?

Ousmane Tiendrébéogo : Je suis paysan cotonculteur au Burkina Faso et secrétaire général du SYNTAP. Le SYNTAP est né en 2003 du constat que l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB), seule organisation rassemblant les producteurs, ne faisait qu’appliquer les politiques du gouvernement et oubliait complètement, ce qui devait être sa fonction première, de travailler pour les intérêts des paysans. Le SYNTAP s’est donné pour mission principale de lutter pour une meilleure rémunération des paysans. Dans ce cadre, elle lutte contre les OGM (coton BT, sorgho biofortifié) car, outre leurs effets néfastes sur la santé et l’environnement, ils accentuent la paupérisation des paysans.

C.M. : peux-tu développer à ce sujet ? Quelles sont les revendications du SYNTAP face aux OGM ?

O.T. : Nous nous opposons aux OGM pour plusieurs raisons évidentes. La première raison est l’impact économique catastrophique qu’engendre l’adoption des OGM pour les paysans. L’augmentation importante du coût de la semence (de 1600FCFA l’hectare pour des semences conventionnelles l’année dernière à 54000FCFA l’hectare pour les semences OGM cette année) n’est pas accompagnée d’augmentation des rendements comme promis. Pire, le coton BT, produisant moins de graines que la variété conventionnelle, est pratiquement deux fois moins lourd pour le même rendement en fibre. Ainsi, les paysans, rémunérés au poids de leur récolte, sont largement perdants. Et la Sofitex est, elle, largement gagnante. Pour prendre un exemple concret : un camion rempli de fibre conventionnelle pesait environ 12 tonnes et rapportait 1800000 FCFA aux producteurs. Ce même camion aujourd’hui, rempli du même volume de fibre mais provenant de coton GM, pèse 6 tonnes et ne rapporte donc que 900 000 FCFA. Cela a engrangé lors des premières campagnes de commercialisation une perte financière très importante pour les producteurs. Endettés, les agriculteurs pourraient être amenés à vendre leurs terres, qui seraient probablement rachetées par des multinationales pour de la monoculture d’exportation ou des agrocarburants.

Ensuite, on remarque un impact environnemental : j’ai vu des troupeaux de chèvres de paysans tomber gravement malades et mourir à la suite de la plantation de coton GM dans leurs champs. Les autorités ont réagi à ce problème en demandant des analyses des feuilles de coton. Mais fautes de moyens et d’organes indépendants, les échantillons de coton ont été envoyés dans les labos de… Monsanto. Evidemment, la multinationale, qui commercialise le coton BT, n’a rien trouvé de suspect dans les échantillons. Nous ne sommes d’ailleurs même pas sur que les analyses aient été faites.

Enfin les OGM posent un problème de sécurité sanitaire : des enfants sont tombés malades au contact des semences et la Sofitex, elle-même, préconise aux femmes enceintes et aux enfants de se tenir éloignés des semences GM. 

C. M. : le coton BT a été autorisée à la commercialisation au Burkina Faso en 2008. Trois ans plus tard, le coton GM représente déjà 70% de la production totale de coton burkinabé. Comment expliques-tu cette rapide adoption malgré tous les effets néfastes que tu viens d’énumérer ?

O.T. : Il y a plusieurs explications à cette progression fulgurante du coton BT. D’abord, au Burkina Faso, le secteur du coton est un secteur intégré dirigé par trois sociétés cotonnières qui se partagent géographiquement le territoire burkinabé. La principale d’entre elles la Sofitex, promeut activement le coton Bt . Elle a donc mis tout en œuvre pour imposer les OGM aux paysans. Ensuite, dès 2003, la propagande pro-OGM s’est mise en place. Dans tous les médias et les forums organisés sur le sujet, nous pouvions entendre les promesses fabuleuses des OGM : quatre fois plus de rendements, des économies sur les intrants… les paysans y ont cru et ont acheté les semences GM. L’UNPCB, détenant un tiers du capital de la Sofitex, a largement participé à la propagande.

En fait Monsanto a profité de l’intégration du système agricole Burkinabè pour imposer au plus vite ses semences GM. Il a aussi profité de la « faiblesse de la démocratie » du Burkina Faso, dominé depuis 24 ans par le clan Compaoré. Monsanto a fait un deal avec le gouvernement. 50% des revenus de la vente des semences revient au gouvernement. Pour l’instant, pour éviter la colère des paysans le gouvernement ne prélève pas sa part sur les semences. Mais il a tout intérêt à encourager les OGM pour continuer à attirer les financeurs et les bailleurs internationaux comme les Etats-Unis, qui conditionnent leurs aides au développement à l’adoption des OGM. 

C. M. : face à cette « machine » pro-OGM, que fait le SYNTAP pour lutter ? O.T. : Nous avons par exemple participé à une caravane des mouvements sociaux qui est partie de Ouagadougou pour rejoindre Dakar à l’occasion du Forum Social Mondial . Nous avons profité de ces moments pour porter notre message anti-OGM.

Mais, nous avons beaucoup de mal a mener des actions et porter la voix des paysans. La police politique est active au Burkina et le régime Compaoré est très craint par les paysans. Il est donc difficile de rassembler des paysans contre les OGM et de les convaincre de lutter. De plus, la censure contre le SYNTAP et le mouvement anti-OGM est terrible. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul organe de presse qui accepte de nous écouter et de relayer nos messages et l’administration déborde d’imagination pour trouver des prétextes pour ne pas nous recevoir. C’est pour cela que je profite de ma venue en France pour rencontrer les associations françaises et les réseaux internationaux de paysans, pour obtenir des soutiens et profiter de leur expérience de lutte pour ramener de bonnes idées dans mes bagages !

C.M. : quel est ton message que tu souhaites faire passer aux organisations françaises ?

O.T. : Ce qui se passe au Burkina ne concerne pas que les Burkinabè. Monsanto et les firmes de biotechnologies vont utiliser le Burkina comme un cheval de Troie pour essaimer les OGM dans la sous-région. A terme, les pays européens seront isolés et auront plus de mal à tenir face aux OGM. Le Burkina est aussi devenu un véritable laboratoire. Une fondation soutenue par les firmes agrobiotech et les fondations Gates et Rockefeller est entrain d’expérimenter un sorgho biofortifié et un niébé insecticide. Le Sorgho est l’aliment de base de près de 300 millions de personnes en Afrique. Un sorgho GM breveté menacerait gravement la sécurité et la souveraineté alimentaire du continent africain. Pour toutes ces raisons, nous devons nous unir pour lutter contre l’invasion des OGM au mépris des paysans et de la souveraineté alimentaire des peuples.

Propos recueilli par Combat Monsanto, le 17 juin 2011