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Pas de démocratie sans voix : reculs et silences du discours du Trône et du budget

9 juin 2011

La coalition Pas de démocratie sans voix ne peut rester silencieuse face au discours du Trône et au budget. Stephen Harper bénéficie dorénavant d’une concentration du pouvoir qui lui permet de changer le visage du Canada et de prôner son conservatisme social sans complexe, au mépris des droits démocratiques. Ce gouvernement affirme avoir reçu un mandat clair, mais en fait, 60% de la population canadienne et 80% de la population québécoise ne l’ont pas appuyé.


Les atteintes aux droits et aux institutions

Le discours du Trône et le budget mettent en évidence la poursuite de la militarisation accélérée de la politique étrangère du Canada, au détriment d’une implication constructive de coopération, de médiation et de dialogue au niveau international. Actuellement les Forces armées canadiennes négocient des ententes avec plusieurs pays afin d’y installer des bases temporaires ou permanentes. Avec la création du comité du Cabinet chargé de la sécurité nationale, cette militarisation de la politique internationale s’accompagne d’une politique nationale axée sur la « sécurité ».

Malgré une régression constante des crimes violents au Canada, le gouvernement conservateur ira de l’avant avec ses projets de loi visant à durcir l’appareil judiciaire, adoptant une approche punitive en matière de criminalité, fondée sur la répression plutôt que sur la prévention et la réhabilitation. De même, en matière d’immigration, au nom de la souveraineté et de la sécurité nationale, ce gouvernement ira de l’avant avec des politiques encore plus restrictives, avec comme conséquence qu’il accueille de moins en moins de réfugiés. Ces derniers sont considérés comme une menace et des fraudeurs potentiels contre lesquels on doit se protéger plutôt que des personnes vulnérables que le gouvernement a l’obligation de traiter équitablement. Au nom de la compétition économique et de la sécurité nationale ce gouvernement consolide la mise en place d’un périmètre de sécurité nord-américain qui va à l’encontre de la souveraineté du Canada et menace les droits des Canadiens.

Le pluralisme politique est aussi dans la ligne de mire de ce gouvernement alors qu’il s’apprête à abolir le financement public des partis politiques, ce qui diminuera l’indépendance des partis au profit des intérêts privés.


Les silences qui en disent long

Depuis son arrivée au pouvoir le gouvernement conservateur n’a eu de cesse de contrôler l’information rendant ainsi plus difficile la critique et la mobilisation citoyenne sur un ensemble de dossiers. Le discours du Trône s’inscrit en continuité avec les pratiques de ce gouvernement.

Nous n’avons eu droit à aucune information concernant les négociations d’accords de libre échange avec 50 pays que ce gouvernement entend mener à terme au cours de ce mandat. Seront-elles aussi opaques que ce à quoi nous avons été habitués dans le cadre de l’Accord entre le Canada et l’Union européenne ? Quelles seront les conséquences de ces accords sur le respect des droits humains à l’étranger ?

La même opacité prévaut autour de l’avenir des engagements militaires du Canada en Libye, en Afghanistan, et potentiellement ailleurs dans le monde. La population canadienne a le droit d’avoir l’heure juste sur ces engagements qui contribuent à la militarisation globale de la politique internationale.

Les choix du gouvernement conservateur

Au-delà des périphrases, les enjeux environnementaux ont été escamotés. Il n’y a aucune prise en compte des changements climatiques qui menacent les conditions de vie de millions d’individus. Au contraire, le discours a clairement illustré le parti pris de ce gouvernement pour l’exploitation des sables bitumineux. Avec la conséquence que depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs, le Canada a non seulement renié ses engagements en vertu du protocole de Kyoto, mais il a aussi réduit ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre de -20 % à -17 % d’ici 2020.

Ce que le discours du Trône ne dévoilait pas le budget nous l’apprend. Ainsi les réductions d’impôt annoncées et la militarisation de la politique canadienne vont restreindre la capacité pour ce gouvernement de financer les programmes sociaux. Au non de la lutte au déficit, ce sont des compressions de 4 milliards dans les budgets des ministères et des organismes qui sont annoncées, cela présageant encore une fois une diminution des subventions aux organismes de la société civile.

Une fois de plus, le gouvernement réaffirme sa foi en la force du marché comme vecteur de redistribution des richesses malgré les graves conséquences que cela peut avoir sur l’augmentation des inégalités au pays.

Pour toutes ces raisons, pour la démocratie et le respect des droits humains, la coalition Pas de démocratie sans voix restera vigilante dans les mois à venir afin de suivre les agissements du gouvernement Harper. Pendant les 4 prochaines années, la seule véritable opposition à ce gouvernement majoritaire sera notre mobilisation contre les orientations politiques que veut imposer Stephen Harper.

ont signé,
Alternatives
Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Centre justice et foi
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL)
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
Ligue des droits et libertés
en tant que membres de la coalition Pas de démocratie sans voix


Voir en ligne : Pas de démocratie sans voix


Pas de démocratie sans voix est une coalition d’organisations québécoises mobilisées autour de la défense de la démocratie et des droits au Canada.