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La place des femmes dans la 41e législation canadienne

Joanie Robichaud, 1er juin 2011

Les dernières élections ont laissé un goût amer quant aux changements à venir pour le Canada. Si la liberté de presse n’a jamais été autant menacée et que les groupes écologistes craignent pour l’avenir vert du pays, les différents groupes de femmes sont aussi dans la mire conservatrice. Bien que le Parlement canadien compte désormais 25 % de femmes, le chiffre ne représente toujours pas la réalité féminine, puisque 52 % de la population canadienne est de sexe féminin. Qui plus est, la 41e législation se retrouve sous la masse critique de 30 % nécessaire pour un réel changement.

Il faut dire que les députées élues sont majoritairement assises dans l’opposition, sous la bannière des néo-démocrates. Juste au Québec, le parti de Jack Layton a fait élire 27 femmes sur un total de 59 députés. Au total, près de 40 % des députés oranges au Canada sont des femmes, le meilleur résultat obtenu par un parti politique depuis 1867. Des quatre députés bloquistes élus à la Chambre des communes, Maria Mourani est la seule femme, portant à 25 % le nombre de femmes du Bloc québécois à Ottawa. Les Libéraux, quant à eux, on fait élire 18 % de femmes sous leur bannière. C’est le gouvernement majoritaire conservateur qui possède le plus faible pourcentage de femmes élues, soit 28 sur un total de 167, ce qui représente 17 %. Le parti vert obtient un pourcentage parfait, n’ayant fait élire qu’une seule députée.

Cette représentation féminine, très différente d’un parti à l’autre, n’aurait pas été possible à une autre époque. Plus de femmes briguent aujourd’hui des postes dans des partis associés à des enjeux dits plus de gauches, comme celui des néo-démocrates. En reculant un peu dans le temps, il est possible de constater que cette tendance progressiste de la part des femmes n’a pas toujours été aussi importante. Au contraire, au début du siècle dernier, les femmes votaient plus souvent pour des partis de droite que les hommes. La grande présence de la religion au sein des foyers canadiens pourrait expliquer cette tendance qui s’est renversée avec le temps.

Ce mouvement du vote féminin peut aussi être analysé notamment par une plus grande accessibilité aux études, ainsi que la sortie des femmes de la sphère privée et la place qu’elles ont prise dans la sphère publique, c’est-à-dire en ayant accès à davantage de postes supérieurs dans la société. Le renversement des valeurs dites féminines pourrait expliquer pourquoi la représentation des femmes au sein du gouvernement conservateur n’est pas aussi élevée que dans les autres partis politiques.

De toutes les organisations féministes contactées afin de scruter leur opinion par rapport à ce pourcentage de femmes élues dans les différents partis, aucune n’a voulu répondre à nos questions. Ce refus de prendre publiquement position par rapport à la nouvelle composition de la Chambre des communes s’explique peut-être par les actions menées par les conservateurs afin de brimer les droits des femmes, notamment en coupant dans les programmes d’aide destinés aux femmes.

La Coalition spéciale pour l’égalité des femmes et les droits de la personne est un regroupement de près de 40 organismes qui a été créée en 2006 pour s’opposer à certaines décisions du gouvernement conservateur, dont celles en lien avec le registre des armes à feu. En juin prochain, la Coalition devra mettre fin à ses activités, par manque de financement. Claire Tremblay, coordinatrice de la Coalition, explique que les compressions budgétaires viennent du gouvernement. L’élection majoritaire des conservateurs en mai dernier a confirmé l’arrêt des activités de la Coalition. D’ailleurs, durant la campagne électorale, la Coalition spéciale pour l’égalité des femmes et les droits de la personne a tenu à informer les électeurs de certains enjeux touchant principalement les femmes, notamment en démystifiant des sujets comme les programmes d’assistance sociale et l’accès à des services de garde.
La relation tumultueuse entre le gouvernement conservateur et les différents groupes de femmes du Canada ne date pas d’hier. Au fil des ans, le parti de Stephen Harper a pris différentes positions, entre autres par rapport à l’avortement, qui ont été difficiles à digérer pour certains groupes. Outre la fermeture de 12 des 16 bureaux de Condition féminine Canada, le gouvernement conservateur a aboli plusieurs programmes fédéraux financiers qui venaient en aide aux femmes. Toutes ces décisions ont mené le Canada, alors classé 4e pays au monde quant à l’égalité entre les hommes et les femmes, à débouler en 20e place lors du Forum économique mondial de l’an dernier.

La vraie question maintenant est de savoir si l’élection majoritaire des conservateurs précipitera davantage le déclin de l’égalité entre les hommes et les femmes au Canada ou si l’opposition néo-démocrate réussira à jouer son rôle de modérateur à la Chambre des communes.