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<p>Partenaires</p>

Un nouvel engouement pour l’agriculture urbaine est en train de s’enraciner dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce (N.-D.-G.) de Montréal. Huit jeunes issus de la communauté noire iront bientôt au Sénégal partager leurs connaissances quant aux pratiques agricoles durables sous la bannière de Root.ED, un nouveau programme qui a pour mandat d’encourager les jeunes de la diaspora à se joindre au mouvement environnemental.

Il y a deux ans, Chris Vaughn est allé au Mali en tant que stagiaire d’Alternatives. Ce jeune homme de 26 ans, diplômé en génie de l’environnement de l’Université McGill, est revenu au Québec transformé. Un an plus tard, il décide de fonder Root.ED en partenariat avec Alternatives et Head and Hands.

« Aller au Mali a été un double choc culturel pour moi, parce que je suis une personne noire qui va dans un pays où les gens sont noirs, où les noirs ne font plus partie de la minorité ; ils sont la majorité », dit Chris Vaughn. « J’ai énormément appris avec les Maliens, mais aussi avec les Québécois avec qui je suis allé au Mali et je voudrais que ce genre d’échange arrive avec plus de gens des communautés immigrantes ».

Chaque année, Québec Sans Frontières organise des projets de stage en coopération internationale dans plusieurs pays d’Afrique, comme le Burkina Faso, le Rwanda, le Cameroun et le Bénin. Bien qu’une ONG comme Alternatives reçoive des centaines de candidatures par année, Chris Vaughn estime qu’il n’y a pas assez de participants provenant des minorités culturelles.

« La plupart des gens qui participent à un projet de coopération internationale en entendent parler par un ami ou à leur école. Si vous ne faites pas partie de ce cercle de personnes qui souvent ont accès à une éducation supérieure, alors vous n’êtes pas mis au courant de ces possibilités », dit Chris Vaughn. « On devrait amener des jeunes du hood, des jeunes qui n’ont pas terminé leurs études ou qui n’ont pas voyagé, mais qui sont motivés à collaborer avec des gens d’outre-mer », dit-il.

Jeanne Lemba, une jeune femme de 23 ans d’origine congolaise qui étudie à l’Institut Thomas More de Montréal, n’a pas hésité un moment avant de se joindre à la première cohorte de stagiaires à partir au Sénégal avec Root.ED. « Je n’imagine pas ma vie sans jamais aller en Afrique. C’est presque un voyage spirituel », dit-elle. « C’est une chose d’y aller en tant que simple touriste, mais c’est une autre chose de s’impliquer avec des gens là-bas. C’est une expérience plus authentique ».

Bien qu’elle avoue ne pas avoir beaucoup de connaissances à propos de l’agriculture urbaine, Jeanne Lemba est motivée à participer à des ateliers sur l’environnement et sur la souveraineté alimentaire. « Nous avons perdu contact avec la nature. Faire un stage sur la souveraineté alimentaire au Sénégal, ça signifie beaucoup pour moi et j’espère revenir avec beaucoup de connaissances », dit-elle.

Dans le cadre de leurs formations reçues avant leur départ, ces huit jeunes envisagent de préparer un repas chaque semaine pour les jeunes qui fréquentent la maison des jeunes Jeunesse 2000 de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville de Montréal avec un budget de seulement 25 dollars. « Nous voulons amener les jeunes à comparer la vie au Sénégal et la vie ici, à Montréal, et à aborder des questions liées à l’alimentation. Ça leur permet de réaliser comment il est difficile de trouver de la nourriture au Sénégal », dit Chris Vaughn.

L’agriculture urbaine est une tendance florissante à Montréal. Chaque année, environ 150 jardiniers se réunissent chez Action Communiterre, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, afin d’organiser la récolte annuelle en milieu urbain. « Nous encourageons tous ceux qui veulent participer au processus de jardinage urbain. Tout ce qu’il faut, c’est de la motivation », dit Ned Ewane, coordinateur technique chez Action Communiterre.

Action Communiterre possède cinq jardins situés dans N.-D.-G. ; le Jardin Cantaloup, le Jardin Rosemary, le Jardin Thyme, le Jardin Phoenix et le Jardin Racines de paix. Les jardiniers, tous bénévoles, y cultivent une grande diversité de légumes. « Nos jardins sont de grandes parcelles de terre où tout le monde travaille ensemble pour faire pousser des légumes », dit Ned Ewane. « À la fin, les jardiniers se partagent la récolte entre eux. Une autre partie de la récolte va aux banques alimentaires », dit-il.

L’agriculture urbaine peut se pratiquer de différentes manières : à intérieur, à l’extérieur, dans un jardin communautaire, dans une cour, même un balcon peut devenir un nid de récolte. Afin de s’envoler vers le Sénégal, Jeanne Lemba veut en apprendre davantage sur le jardinage urbain. « Nous vivons dans un appartement, mais nous avons quand même de la menthe et du basilic qui poussent sur le balcon. Je pense que beaucoup de gens vont recommencer à cultiver leur propre nourriture afin d’avoir un meilleur contrôle sur ce qu’ils consomment », dit-elle.

De nombreux projets d’agriculture urbaine sont introduits dans les pays en développement. Les villes qui subissent les effets négatifs d’une surpopulation, dus aux flots de migration de la campagne vers la ville, ont plus de pression afin de nourrir toutes ces bouches supplémentaires. Dans de tels cas, les techniques de jardinage urbain peuvent s’avérer efficaces afin de soulager la faim.

Selon Ned Ewane, « l’agriculture urbaine est un type d’agriculture qui est à proximité des gens. Par conséquent, ça permet de fournir des aliments à la population urbaine et à des marchés locaux très rapidement ».

Chris Vaughn et Jeanne Lemba, de même que six autres participants, s’envoleront bientôt vers le Sénégal. Avec leur partenaire à Dakar, le Réseau africain du Développement intégré, ils travailleront sur un court-métrage portant sur la souveraineté alimentaire.

« L’organisme Root.ED a été fondé afin que les questions environnementales puissent être accessibles à la majorité des gens, de façon pratique et réalisable, afin que tous puissent avoir la capacité d’agir et d’activer le changement », dit Chris Vaughn. « Aucune barrière, que ce soit linguistique, culturel ou socio-économique, ne devrait empêcher les gens de participer au mouvement environnemental, et dans notre cas, nous sommes une communauté noire qui apprend de la communauté noire et cet échange est magnifique ».