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Dominic Champagne

16 mai 2011

L’annonce de la composition du Comité de l’évaluation environnementale stratégique (EES) recommandé par le BAPE confirme maintenant nos craintes.

L’annonce de la composition du Comité de l’évaluation environnementale stratégique (EES) recommandé par le BAPE confirme maintenant nos craintes. Le « presque moratoire » annoncé aura servi d’écran de fumée, le temps de ralentir les ardeurs de l’opinion publique et de permettre à l’industrie du gaz de de procéder, sous couvert de recherche scientifique.

Nous avons été beaux joueurs en accueillant favorablement les principales conclusions du rapport. Je me suis personnellement empressé de féliciter le ministre Pierre Arcand pour son courage le jour de la publication du rapport, qui reprenait la plupart des revendications légitimes des citoyens jusqu’alors discréditées tant bien que mal par le gouvernement et l’industrie. Victoire morale, mais rien n’était joué.

Nous savions que, parmi l’ensemble des recommandations, la constitution de ce comité était l’élément-clé. Et qu’il fallait garder l’oeil ouvert [...]. Après avoir délégué à l’industrie le soin de mener les prochaines consultations publiques sur ses opérations, aujourd’hui, le chat sort du sac. La victoire du ministre Arcand au sein du Conseil des ministres a fait long feu. On pouvait s’en douter, me direz-vous ? Vous excuserez ma candeur, j’ai cru que le gouvernement avait entendu les citoyens. C’était sans compter sur le cynisme d’un premier ministre qui, dans son préjugé favorable aux puissants lobbys que l’on sait, a choisi d’agir à sa guise avec les conclusions du BAPE. Nathalie Normandeau, pour un temps écartée du dossier pour y avoir brûlé toute crédibilité, a donc repris en douce les guides de la machine à exploiter nos richesses naturelles à tout prix. Tassez-vous de d’là, bande de chialeux !

Force est de constater que le but du gouvernement n’est pas de servir la recherche de la vérité, mais bel et bien de trouver la manière de permettre à l’industrie de procéder, sans égard à l’importance que les citoyens accordent à leur milieu de vie et à la manière d’assurer leur avenir énergétique.

Le but reste le même : que l’intérêt privé profite des ressources collectives, présumant qu’une fois cet intérêt servi, l’intérêt public le sera. Que l’on parle de gaz, de pétrole ou des mines ces jours-ci, c’est le même combat. La stratégie pour y parvenir : trouver le moyen de passer par-dessus la tête des populations et contourner l’esprit critique qui tente d’en défendre le bien. En d’autres termes, rendre acceptable ce qui ne l’est pas.

L’Étude environnementale stratégique n’a d’environnemental que le nom. Si son but était réellement d’évaluer la pertinence de ce développement, alors pourquoi ne pas réunir autour d’une même table partisans et opposants avoués de cette filière, dans le but ultime de faire jaillir la vérité au grand jour ? Pourquoi ? Parce que, selon les mots mêmes de Lucien Bouchard, ces débats sont épouvantables. Et qu’il est plus urgent de se mettre à l’ouvrage pour rentabiliser les investissements privés (financés en bonne partie par les crédits d’impôts et autres rabais sur les redevances) que de rechercher la vérité et de protéger le bien commun. Quand on veut connaître la vérité, ne cherche-t-on pas à voir les deux côtés de la médaille ?

Si seulement quelqu’un avait le courage de mettre la population devant un choix clair. D’un côté, une industrie convaincue que malgré les risques et les saloperies que son développement comporte, la création de richesses justifie les moyens à prendre. [...] De l’autre, les écologistes qui prétendent que ce développement va se faire au prix d’impacts majeurs sur le milieu de vie des citoyens, sur la santé et la sécurité publique, la qualité de l’eau, de l’air, les GES, le paysage, etc. [...] Le gouvernement aujourd’hui nous annonce qu’il vaut mieux ne pas entendre leur point de vue. Tenir au silence les écologistes est la principale victoire de l’industrie dans la formation de ce comité. Le reste suivra.

Tôt ou tard, on nous dira que le gaz de schiste est une bonne affaire et qu’il peut se développer de façon acceptable. D’ici là, sous couvert de recherche de la connaissance, il va permettre à l’industrie d’avancer.

Les fracturations hydrauliques sont des opérations à haut risque. De l’aveu même du gouvernement, il n’existe pas actuellement de méthodes et de pratiques sécuritaires qui garantissent le contrôle adéquat de ces opérations. Pour cette raison, la France vient de voter une loi qui interdit la fracturation hydraulique sur son territoire. L’expérience américaine témoigne à répétition de cas de contamination liés à ces opérations. Aucune acquisition de connaissances ne peut aujourd’hui justifier que ces risques-là soient [pris] sur nos terres. [...]

On a tenté de nous rassurer en prétendant encadrer l’industrie. Mais, nous le constatons dans nos villages, l’industrie est déjà à l’oeuvre. J’en suis témoin sur place avec d’autres, les préparations sont en cours comme si les jeux étaient faits. Au coeur de ce débat entre l’industrie et les écologistes, il y a les citoyens. Dont je suis. Aujourd’hui, après ces mois d’engagements et de débats, je me sens floué. Et j’en appelle à la solidarité.

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Dominic Champagne - Le Devoir

Source
http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/323394/ (...)