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Québec solidaire réagit au Plan Nord

10 mai 2011

« Il est inacceptable de saccager l’environnement et donner nos richesses naturelles pour un plat de lentilles » Amir Khadir

QUÉBEC, le 10 mai 2011 - Québec solidaire juge que le Plan Nord présenté hier par le gouvernement est une mauvaise affaire pour le Québec, pour les Premières nations et pour la nature. Les Solidaires estiment qu’il est possible de créer des emplois et d’exploiter nos richesses de manière responsable et écologiquement viable sans laisser les minières partir avec la caisse.

« Ceux qui ont aimé le plan Normandeau pour les gaz de schistes, vont adorer le Plan Nord pour saccager les richesses naturelles de la moitié du territoire du Nord québécois, estime avec une pointe d’ironie Amir Khadir, le député de Québec solidaire. Ce n’est pas surprenant que les milieux d’affaires qui ont empoché d’énormes profits miniers au cours des dernières années au détriment des contribuables québécois applaudissent chaudement le gouvernement Charest pour son Plan Nord. Le peuple québécois, les contribuables, les communautés et les groupes environnementaux ont toutes les raisons de se méfier de ce Plan cousu de fil blanc. Ce plan est conçu pour redorer le blason du gouvernement Charest, souillé par les scandales de corruption dans le domaine de la construction. »

Pour Québec solidaire, le Plan Nord est un modèle d’exploitation intensive du territoire typique du vieux modèle colonial d’occupation et d’exploitation du territoire du 19e siècle : même absence de contrôle public sur la propriété des ressources, même approche de colonisation du territoire, même tactique de division des acteurs sociaux et des communautés.

« Le peuple québécois ne peut se contenter de quelques miettes en termes de retombées enrobées du vernis de développement durable, mais absolument insignifiantes à l’échelle des attentes du 21e siècle, juge M. Khadir. Il faut être ignorant de ce qui se fait de plus moderne et écologiquement responsable comme modèle de développement pour prétendre que c’est un Plan de développement durable et se contenter du plat de lentilles qu’il réserve à notre nation en retour de la mainmise de l’industrie minière sur la moitié de notre territoire. »

Des règles du jeu à changer

Québec solidaire reproche au plan présenté par le gouvernement d’omettre plusieurs informations. Aucune donnée justifiant le nombre d’emplois promis n’est fournie. Aucune estimation n’est avancée, non plus, de la valeur des minerais qui seraient extraits par les minières. Toute évaluation rationnelle des bénéfices réels de ce Plan pour le peuple québécois est donc impossible. Malgré l’ampleur des investissements en infrastructures, qui s’élèvent pour l’instant à quelque 1,2 milliard $ sur 5 ans, le gouvernement ne précise par le niveau des redevances espérées des projets miniers que le Plan Nord rendra possible. Il se contente de nous répéter que les redevances s’élèveront à 1,4 milliards sur 5 ans pour l’ensemble du Québec.

« Je me réjouis pour les personnes qui y gagneront de la formation ou un emploi, explique le député solidaire. Il serait cependant possible de créer ces emplois et d’exploiter nos richesses sans laisser les minières partir avec la caisse. Mais ce gouvernement manque du courage nécessaire pour changer des règles du jeu qui avantagent outrageusement l’industrie et prendre sa place dans la gestion de nos ressources. »

Loin d’être satisfait des « maigres » hausses de redevances annoncées l’année dernière par le ministre des Finances, Québec solidaire plaide pour une refonte complète du régime minier québécois. « Il faut étudier toutes les possibilités pour trouver la formule qui permettra au peuple québécois d’être le principal bénéficiaire de ses richesses naturelles, poursuit le député. Quels taux de redevances et quels niveaux de participation ? Les exemples ne manquent pas venant de nations qui ont la fierté de tirer les bénéfices de ce qui leur appartient. »

Une loi désuette

Le gouvernement a lancé son Plan sans avoir au préalable déposé son nouveau projet de loi sur les mines. L’actuelle loi est complètement désuète et le précédent projet de loi 79 n’en corrigeait pas l’essentiels, notamment :

La préséance des droits miniers sur les autres usages du territoire entrave le pouvoir des communautés sur leur développement économique. Dans le régime actuel de « free-mining », les pouvoirs d’expropriation des entreprises minières leur confèrent un pouvoir démesuré face aux citoyens-nes. Les garanties financières pour la restauration des sites miniers sont déficientes. Les mesures à cet égard contenues dans l’ancien projet de loi 79 sont insuffisantes, particulièrement pour des projets dans le Nord, plus coûteux par nature. La réforme contenue dans le PL 79 ne ferme pas la porte à l’uranium. La loi permet encore les mines à ciel ouvert pour les extractions de type fort tonnage - faible teneur, particulièrement dévastatrices.

« Je souhaite que le gouvernement corrige ces lacunes dans son nouveau projet de loi, explique M. Khadir. Mais si je me fie à l’expérience du précédent projet, je ne me fais aucune illusion. Le contrôle de ses propres ressources continuera d’échapper au Québec. »