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Notre système de soins de santé est en danger

André R. Gignac, 30 avril 2011

L’éditorial du Globe and Mail du 28 avril réserve un paragraphe sur les
penchants très peu démocratiques de Stephen Harper et les assauts
répétés des conservateurs sur le droit à l’information et à la
dissidence, pour finir malgré tout par se ranger derrière le même homme et
le même parti pour diriger le Canada durant les quatre (?) prochaines
années. Édifiant.

Il se trouve que les membres de l’équipe éditoriale ne sont pas les seuls
à souhaiter un gouvernement conservateur, majoritaire si possible. Les
milieux d’affaires et les compagnies d’assurances sont au premier rang, car
ils ont l’oeil sur le système de santé canadien et préparent déjà le
terrain en prévision d’un exercice de coupe-coupe dans ce domaine.
Pourquoi ? Parce qu’en santé, de l’argent, il y en a une tonne à faire. Et
la seule façon pour eux de mettre le grappin sur des profits mirobolants
(l’exemple américain), c’est de nous faire croire qu’ils ont à cœur notre
santé et qu’ils cherchent simplement à remettre à flot un système
supposément en train de couler de toutes parts.

C’est justement dans ce même Globe and Mail que, deux jours avant, un
éditorial invitait les milieux d’affaires, « trop longtemps exclus du
débat » selon le journal, à nous offrir leurs solutions en matière de
soins de santé. À quelques jours des élections, des institutions
financières majeures et « d’autres partenaires d’affaires » s’apprêteraient
à injecter des fonds dans le Canadian Alliance for Sustainable Health Care,
créée par le Conference Board du Canada. On a bien sûr pris soin
d’identifier cette alliance comme un « groupe de recherche », expression
neutre, bénigne sur le plan politique et qui sous-tend l’objectivité. Selon
le Globe, un tel groupe pourra mettre sur la table des vérités cachées :
« Certains sujets sont en effet trop sérieux pour être laissés aux seuls
politiciens... », de laisser tomber l’éditorial.

Cette annonce suit de quelques jours à peine une sortie publique en faveur
de l’intrusion du privé dans le système de soins de santé, par nulle autre
que Claude Di-Stasio, qui se trouve à être la vice-présidente affaires
Québec de... l’Association canadienne des compagnies d’assurance de
personnes (ACCAP). « L’étude de l’Institut Fraser est une excellente
opportunité pour rouvrir le débat sur la participation du secteur privé
dans le domaine de la santé », dit-elle. Rappelons qu’un rapport de
l’Institut Fraser recommande au (futur) gouvernement (Harper) « de suspendre
pendant 5 ans l’application de la Loi canadienne sur la santé ».

À moins que les électeurs canadiens ne corrigent le tir, le soir du 2 mai,
nous nous approchons dangereusement du rêve américain qui veut que la
santé ne soit plus une question de compassion ou de responsabilité envers
le citoyen, mais du « business » au même titre que la vente et l’achat de
vaisselle. Le porte-voix du privé dans ce domaine, le Globe and Mail, est
on ne peut plus clair là-dessus : « Une nouvelle coalition est nécessaire
pour mettre en lumière la trajectoire des coûts en soins de santé, et pour
travailler avec les milieux d’affaires en vue de trouver les meilleures
façons de réduire les coûts — ce qui inclut des solutions orientées vers
le marché, et des soins offerts par le privé lorsque nécessaire. »

André R. Gignac

Saskatoon