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La FTQ, Gentilly et le cas allemand

Ronald Cameron, 19 avril 2011

Plusieurs sont déçus de savoir que la FTQ a décidé de soutenir la position du gouvernement d’investir dans la centrale nucléaire de Gentilly, surtout à la suite de la demande de fermeture par la Coalition Sortons le Québec du nucléaire à la fin mars. Considérant l’importance des appuis sociaux et politiques de la coalition ainsi que les événements récents du Japon, on comprend mal que la FTQ insiste dans son communiqué pour dire que ce fut une décision unanime prise à un congrès qui s’est tenu quelques mois auparavant ! Pourtant, ailleurs dans le monde, il existe des organisations semblables à la FTQ qui s’opposent au nucléaire et ce, avant le tsunami !

La victoire des verts contre la Chancelière allemande !

Le cas allemand est particulièrement instructif à plusieurs niveaux. En effet, suite aux pressions de l’industrie, la chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé en 2010 la suspension pour douze ans du programme de fermeture des 17 réacteurs nucléaires qui produisent 25% de l’électricité du pays.

Durant la campagne électorale qui s’est tenue depuis, les sondages démontraient déjà la croissance des appuis des verts et un recul important du CDU, la formation politique de Merkel. Les verts ont bénéficié du sentiment désapprobateur de la population à l’endroit d’une telle décision, d’autant plus que les déchets nucléaires se promenaient en train partout en Allemagne !

Suite aux événements de Fukushima, Angela Merkel a tenté de rattraper le coup et a annoncé la relance du programme de fermeture, un peu avant le scrutin de la fin mars ! [1]. Il était trop tard ! Les verts ont doublé leur score dans la région de la Chancelière, passant devant les sociaux-démocrates et le CDU. En effet, la formation politique de Merkel est arrivée en 2e position et a donc perdu le pouvoir au bénéfice d’une coalition régionale conduite par les verts ! Pas surprenant de voir ici que le PQ revient sur ses positions d’antan.

L’ Allemagne est connue pour la croissance des énergies renouvelables depuis quinze ans, avec le soutien de l’État. Plus de 300 000 emplois existent dans ce secteur qui est aussi un levier d’exportation. Si les inquiétudes se sont accrues suite aux événements au Japon, la sensibilité antinucléaire allemande avait déjà marqué la conjoncture électorale en Allemagne.

La DGB allemande contre l’énergie nucléaire !

Confédération unique dans le monde du travail en Allemagne, la DGB représentait 7 millions de salariés en 2004. Elle a pris position contre l’idée de suspendre le programme de fermeture des 17 réacteurs nucléaires, l’an dernier. D’importantes manifestations se sont tenues à l’initiative du mouvement écologiste, avec l’appui du mouvement syndical, lors du passage d’un train français transportant des déchets nucléaires sur le territoire allemand en novembre 2010 !

Dans son intervention au nom du comité exécutif de la DGB lors de ces manifestations, Annelie Buntenbach, membre du comité exécutif de la DGB, rappelait non seulement que la DGB avait appelé à manifester contre le passage du train mais qu’elle considérait important un fort mouvement antinucléaire. Elle ajoutait que les syndicats avaient critiqué sévèrement l’entente entre le gouvernement fédéral et le lobby nucléaire ainsi que le moratoire sur le programme de fermeture (DGB 2010).

La position de la DGB n’en était pas qu’une de circonstance. Dans le document « Shaping the economy » adopté en 2009, la DGB présente sa position sur la fermeture des centrales nucléaires existantes dans un cadre plus global de justice sociale et de lutte écologiste.

« Pour des raisons économiques, sociales et écologiques, les syndicats visent à poursuivre une politique énergétique qui permettra d’abandonner l’énergie nucléaire le plus rapidement possible. Une réévaluation de la politique énergétique dans tous les domaines est nécessaire pour assurer que cette démarche est faite d’une manière socialement acceptable. Cela signifie d’examiner attentivement toutes les conséquences économiques, sociales, écologiques, technologiques et socio-politiques qu’une telle décision entraînerait. » (DGB 2009 - notre traduction)

Cochabamba +1 et la conversion industrielle

Alternatives et la revue Canadian Dimension tenaient le week dernier une conférence sur la justice climatique Cochabamba +1. Parmi les ateliers les plus importants, il y a avait celui qui portait sur la reconversion industrielle dans une perspective d’économie verte. Des responsables de la CSN, des TCA, des métallos canadiens, du SCFP, des Conseils du travail de Toronto et de Montréal composaient le panel. Ils ont tous exprimé leur appui à l’idée de changer le paradigme économique tout en témoignant d’un souci de répondre à l’insécurité des travailleuses et des travailleurs concernant leur emploi. L’idée de la reconversion industrielle est indissociable d’un tel changement de cap au niveau économique, a-t-on affirmé.

Un projet de réfection de 2G$ est prévu par Hydro-Québec pour assurer d’allonger la durée de vie de la centrale ! La coalition Sortons le Québec du nucléaire n’a pas manqué de rappeler que cette somme pourrait servir au recyclage des 700 emplois permanents associés avec la centrale. Mais la FTQ ne semble pas de cet avis et salue cet investissement dans une perspective de développement économique local et régional.

On comprend le souci de défendre l’emploi pour une organisation syndicale, mais il semble bien dans ce cas que d’autres avenues sont possibles. Dans le dossier du nucléaire, les organisations syndicales ne sont pas condamnées à n’entrevoir que des emplois liés à la seule perspective économique qui existe actuellement, comme en témoigne le cas allemand.


Voir en ligne : Coalition "Sortons le Québec du nucléaire"


DGB 2010 Intervention d’Annelie Buntenbach, membre du comité exécutif de la DGB "Kundgebung gegen Atomenergie, gegen ein Atommüll-Endlager in Gorleben und gegen den Castor-Transport 2010", 6 Novembre. disponible sur le site http://www.dgb.de/

DGB (2010) : Shaping the economy. Accès au site http://en.dgb.de/the-dgb/our-future/++co++d4ae97aa-2eb2-11df-48be-00188b4dc422

FTQ 2011 La FTQ donne son appui au renouvellement des permis d’exploitation de Gentilly-2, http://www.ftq.qc.ca/modules/nouvelles/nouvelle.php?langue=fr&id=2070&recherche=1


[1L’annonce de l’examen des 17 réacteurs a été faite une semaine avant les élections, dans la perspective de revenir sur la décision de suspendre le programme de fermeture - Voir Le Monde 15-03-11

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