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Gestion environnementale en situation de crise

Simon Mongeau, 4 avril 2011

Une relation synergique existe entre pauvreté et dégradation environnementale. D’un côté, la dégradation environnementale nuit aux efforts de développement, et de l’autre, les populations les plus défavorisées ont, par leurs activités, des impacts importants sur les écosystèmes qui les accueillent. Cette dynamique prend des allures de cercle vicieux où la dégradation environnementale entraîne, entre autres, une pauvreté, qui pourra causer, à son tour, une dégradation environnementale. Qu’advient-il alors pendant des situations de crises humanitaires ?

Dans les projets d’aide au développement, les principaux donateurs ont traditionnellement instauré des processus d’évaluation d’impacts environnementaux applicables à leurs activités afin de mieux encadrer leurs actions à l’international. L’objectif est simple : réduire les impacts immédiats pour limiter les actions contre-productives.

L’aide au développement et l’aide humanitaire, par contre, sont deux choses totalement distinctes. Le développement tente d’aider une société à améliorer son sort de manière collective, alors que, l’aide humanitaire, qui arrive en situation de crise, est dirigée vers les besoins primaires des individus. La planification des interventions et la gestion des opérations doivent être immédiates et efficaces afin de répondre rapidement aux besoins des populations affectées, ce qui limite grandement les potentiels d’analyse environnementale.

Des impacts bien présents.

Bien qu’affectant les humains en premier lieu, les désastres naturels et les conflits politiques causent également des problématiques pour l’environnement biophysique et l’environnement socio-économique. Ils peuvent nuire à long terme aux projets de développement. On recense généralement trois types d’impacts.

La crise peut affecter l’environnement, tant pour des causes anthropiques que des causes naturelles. Par exemple, un tsunami peu affecter un récif corallien ou affecter des centrales nucléaires et causer des dommages environnementaux sévères, comme le démontre la préoccupation au sujet des centrales nucléaires au Japon.

L’environnement peut également affecter la gestion de crise. Les fortes pluies en automne 2010 ont forcé les sinistrés haïtiens qui avaient été localisés dans un terrain de golf à se déplacer. Une partie de la gestion d’une population était à reconsidérer. Les préoccupations environnementales deviennent ainsi des facteurs déterminant l’efficacité de l’aide.

Enfin, la gestion de crise elle-même peut avoir des impacts importants sur l’environnement. La gestion des matières résiduelles et des déchets biomédicaux en sont des exemples simples. En creusant plus loin, on constate également des impacts négatifs de l’utilisation de produits chimiques pour lutter contre les parasites et autres nuisances ou encore l’utilisation des latrines. Sur le plus long terme, d’autres impacts liés à la concentration de la population se font également sentir, tel que l’épuisement des nappes aquifères, la dégradation des sols et la déforestation.

Évaluer les impacts

Depuis environ une dizaine d’année, l’évaluation environnementale a été adaptée à des processus de gestion de crise. Les organismes d’assistance humanitaire, comme le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations Unies, ont adapté les processus standards d’évaluation d’impacts environnementaux pour analyser leur propre réponse. Ils ont, à cette fin, développé de nouveaux outils pour mener des évaluations environnementales de manière plus rapide.

L’objectif de ces processus d’évaluation environnementale n’est pas de fournir une analyse scientifiquement rigoureuse, mais plutôt de procéder à une évaluation rapide du milieu pour éviter les principaux impacts. Pourtant, faute de temps et de ressources, et par une priorisation des besoins immédiats plutôt que sur les impacts futurs, ces outils sont trop souvent laissés de côté. On le constate facilement en analysant les évaluations environnementales effectuées lors du tremblement de terre en Haïti ou du conflit au Darfour.

Améliorer les outils

L’amélioration des outils d’analyse environnementale et leur prise en compte doivent devenir une priorité pour les organismes humanitaires, puisque les enjeux environnementaux globaux sont de plus en plus considérés par tous les secteurs d’activités. Ceci devient particulièrement vrai dans un contexte où les catastrophes deviennent de plus en plus importantes, compte tenu des changements climatiques et de la perte globale de biodiversité. En effet, ces changements peuvent affecter de façon importante les modes de vie traditionnels et causer des migrations environnementales d’envergure. Le but premier de l’intervention humanitaire d’urgence reste la volonté d’assurer la dignité et la sécurité des plus démunis face à une situation qui les dépasse. En ce sens, l’aide d’urgence apportée vise à assister les générations du présent lorsqu’elles font face à des situations néfastes à leur bien-être. Cependant, en suivant la logique du développement durable, l’aide promulguée ne doit pas compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire leurs besoins. Il devient alors clair que l’amélioration de la gestion des crises humanitaires passe par la prise en compte des facteurs environnementaux.


Simon Mongeau est consultant chez Éco-Coop et est l’auteur d’un essai intitulé Méthodes, techniques et outils pour réaliser des évaluations environnementales rapides en réponse aux situations d’urgence.