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La victoire du « oui à la vie »

Almudena Romero, 4 avril 2011

Divers collectifs et organisations ralliées à travers le réseau colombien contre l’exploitation minière transnationale, la Red Colombiana Frente à la Gran Minería Transnacional, célèbrent leur succès dans la campagne d’opposition au projet de l’entreprise canadienne Greystar Resources Ltd à Angostura, en Colombie.

Sous le slogan « Non à la mine, oui à la vie » le mouvement exigeait du gouvernement colombien le refus de la licence environnementale dont la compagnie aurait eu besoin pour construire la première mine d’or à ciel ouvert dans les hauts plateaux colombiens. Mais finalement, la compagnie a annulé son projet à cause de la pression faite par le mouvement.

Au Québec, les principaux organismes impliqués dans ce mouvement sont le Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CDHAL), la Coalition québécoise sur les impacts socio-environnementaux des entreprises transnationales en Amérique Latine, SOS Colombie et le Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC). Ils ont manifesté au Consulat Général de Colombie à Montréal le 25 février dernier.

La principale raison de leur mécontentement était l’utilisation du cyanure pour séparer l’or de la terre. Selon le site Internet du réseau colombien, un kilo de cyanure est nécessaire pour produire un anneau d’or de 10 grammes, ce qui représente une quantité suffisante pour tuer 30 000 personnes.

De plus, la mine projetée se trouverait sur le haut plateau de Santurban, dans les Andes, à 3200 mètres d’altitude. Cette zone sert non seulement de stockage de l’eau provenant des neiges et des pluies, mais alimente régulièrement plusieurs rivières et fleuves, tout en approvisionnant en eau 2,2 millions de personnes.

Le mouvement arguait également que la construction de cette mine à ciel ouvert allait engendrer l’abattage d’une forêt de chênes et le dynamitage de cette zone pour faire un trou de 200 mètres de profondeur. Selon la fondation Razon Pública, un organisme constitué d’intellectuels colombiens, la mine, une fois construite, aurait utilisé quotidiennement la même quantité d’eau que 600 000 habitants.

D’autres conséquences environnementales envisageables étaient la sécheresse des fleuves, leur bouchonnement à cause du faible débit, une perte de la biodiversité de la zone, la pollution de l’air et de l’eau, sans compter le risque de déplacement des terres à cause du dynamitage du terrain.

Les collectifs et les environnementalistes opposés à l’exploitation minière à Angostura s’appuyaient aussi sur le fait qu’une loi colombienne approuvée en 2010, la loi 1382, interdit la concession des licences environnementales pour l’exploitation minière dans les hauts plateaux, car ils sont considérés comme des « zones exemptes d’activité minière ».

Les projets d’exploitation minière en Amérique Latine sont fortement liés aux modifications des législations pour attirer des investissements étrangers, même si les conséquences sociales de ces dégâts environnementaux sont largement supérieures aux possibles bénéfices économiques que perçoivent les habitants de la zone.

Le Canada est le pays où sont basées le plus d’entreprises d’exploitation minière au monde. En fait, jusqu’à 60% du total de ces entreprises sont canadiennes. En 2008, cette industrie contribuait pour 55,3G$ au PIB canadien. Son importance vient notamment du fait que le pays est riche en ressources minères. Les entreprises canadiennes ont donc acquis une très grande expertise en la matière et développent beaucoup de programmes d’exploitation minière à l’international. Elles contribuent à 40% des budgets mondiaux d’exploitation minière. Par contre, il n’existe pas de législation internationale solide qui responsabilise ces entreprises au sujet des conséquences environnementales et sociales provoquées par leurs activités.

Le projet de loi C-354, qui donne l’opportunité aux ressortissants étrangers de poursuivre les entreprises canadiennes et de les juger dans ce pays, pourrait être une solution à ce vide juridique. On peut cependant s’attendre à ce qu’il soit rejeté, comme l’a été le projet C-300, qui était encore moins exigent par rapport aux responsabilités des entreprises.

« Au moins, ces projets de loi ouvrent un débat sur l’activité minière du Canada à l’étranger » commente Diana Potes, du CDHAL Québec. Des journées de sensibilisation ont été organisées par plusieurs organismes pour présenter le projet C-354, en septembre 2010. Elles ont bénéficié de la présence de Jose Luis Abarca, fils de Mariano Abarca, un environnementaliste et activiste opposé aux activités de la compagnie canadienne Blackfire Exploration Ltd dans la région mexicaine de Chiapas. Il fut assassiné en 2009, présumément par trois employés de l’entreprise canadienne.

« Cela est un autre problème », me dit Diana, « Les entreprises d’exploitation minière payent des groupes armées supposément pour des mesures de sécurité, mais il en résulte de nombreuses situations comme celle d’Abarca ». Selon des documents rendus publics récemment et publiés par Mining Watch Canada, Blackfire Exploration Ltd, basée en Alberta, aurait donné au maire de la ville de l’environnementaliste mexicain un pot-de-vin d’au moins 204 022 pesos mexicains, soit près de 20 000 dollars canadiens

Selon Diana, « on vit une nouvelle forme de colonialisme contre laquelle il faut lutter par plusieurs voies. Il faut faire des ponts Nord-Sud, se globaliser et travailler en réseaux pour rallier les différents groupes qui luttent pour le respect de leurs droits et partager l’information ». Le mouvement contre le projet Angostura l’a démontré, il est possible de freiner les projets destructeurs des compagnies transnationales.