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Une marée noire bientôt près de chez vous

Éric Darier, 30 mars 2011

Quelques heures avant le déclenchement des élections fédérales, les gouvernements Charest et Harper ont signé une entente portant sur les revenus potentiels de l’exploitation pétrolière (en territoire québécois) du probable gisement Old Harry (Oil Harry !) dans le Golfe du Saint Laurent. La bonne nouvelle est que le gouvernement fédéral a confirmé que 100 % de ces revenus hypothétiques iront au Québec, comme c’est d’ailleurs déjà le cas depuis un quart de siècle pour Terre-Neuve, la moins bonne est que grande sera la tentation d’exploiter ce pétrole. Gare aux accidents de marées noires dans le Golfe du St-Laurent, son écosystème étant encore plus fragile que celui du golfe du Mexique. Les Madelinots et les autres riverains auront-ils à dire adieu aux pêcheries et au tourisme, leurs principales sources de revenus ?

Ce que cette entente nous confirme est qu’elle est une étape de plus vers l’exploitation des énergies fossiles (pétrole et peut-être gaz) dans le golfe du St-Laurent. Il devient de plus en plus clair que l’intention du gouvernement Charest est d’engager le Québec sur la voie de la production de ce type d’énergies, même si agir de la sorte est en totale contradiction avec ses engagements à lutter contre les changements climatiques. Cette entente, même si elle règle une chicane constitutionnelle, ne règle en rien les questions d’ordre écologique, économique et social !


Des milliards de promesses

Comme ce fut le cas pour le gaz de schiste, le gouvernement Charest et le lobby pétrolier font encore miroiter des revenus pharamineux et des avantages pour le Québec. On connaît la chanson... Mais la balloune des départements de relations publiques des compagnies gazières s’est rapidement dégonflée lorsque ceux-ci furent confrontés à la mobilisation déterminée des citoyens. On sait qu’entre les promesses et la réalité, il y a un gouffre ! À l’étape actuelle du projet du Oil Harry, il est plus facile d’imaginer les avantages que les inconvénients. Mais cela risque de changer rapidement.

Comme le golfe du St-Laurent est un seul et même écosystème qui est partagé par Terre-Neuve, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle Écosse, le Nouveau-Brunswick et le Québec, tant que les évaluations environnementales et les audiences publiques ne seront complétées dans toutes les juridictions riveraines, il est impératif que Terre-Neuve attende avant d’aller plus loin dans son projet de forage en mer prévu dès cette année. En effet, si une marée noire se produit dans les eaux territoriales de Terre-Neuve, les nappes de pétrole ne s’arrêteront pas à la frontière du Québec ni à celle des provinces maritimes ! Qui paiera pour les plages souillées, les pêcheries détruites, les touristes perdus, etc ?

Conflits d’intérêts = marées noires

L’entente entre le gouvernement fédéral et le Québec semble copier celle obtenue par Terre-Neuve il y a un quart de siècle, entente qui a établi un seul office qui gère à la fois l’exploitation et la protection de l’environnement et des travailleurs. Depuis la catastrophique marée noire du le golfe du Mexique en 2010, on a pris connaissance des failles et des lacunes de la réglementation qui ont conduit à cette tragédie. Les autorités publiques doivent clairement séparer les missions de promotion économiques des fonctions d’inspection et d’évaluation pour le bien de tous. La Coalition St-Laurent, rappelle « que des commissions indépendantes au Canada et aux États-Unis, dont la Commission Wells à Terre-Neuve et la National Commission on the BP Deepwater Horizon Oil Spill and Offshore Drilling aux États-Unis, ont conclu que le fait de confier à une seule agence le mandat de faciliter et encadrer l’exploitation tout en s’occupant de sécurité et d’environnement conduit inévitablement à des conflits où la sécurité sort perdante. La structure actuelle des offices les rend à la fois juges et parties dans le développement de l’industrie pétrolière en milieu marin, situation qui a directement mis en cause la sécurité des opérations pour la protection des travailleurs et des écosystèmes. »


Arrêtons le tsunami des mauvais projets

Depuis un certain temps, le gouvernement du Québec semble nous inonder de projets mal ficelés et pas du tout adaptés aux défis du 21e siècle comme celui du gaz de schistes, du pétrole dans le St-Laurent, des mines d’uranium, de la réfection-reconstruction de la centrale nucléaire de Gentilly et bientôt du Plan Nord, etc. Même les bonnes alternatives énergétiques, comme l’éolien, ont été tellement mal encadrées que les citoyens locaux se plaignent !

Pourrait-on nous proposer des projets plus porteurs ? Pourquoi pas une grande corvée d’isolation des logements et bâtiments, l’électrification des transports, l’incorporation de l’énergie solaire dans les nouvelles constructions, le biogaz, etc.?


Voir en ligne : Le blogue de Éric Darier


Éric Darier, est Directeur de Greenpeace au Québec