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Le soulèvement du monde arabe doit s'accompagner du respect des droits des femmes

10 mars 2011

Le monde bouge, le monde change. Des sociétés que l’on croyait immuables sont en train de secouer nos certitudes. Des dictateurs corrompus et leurs clans sont tombés coup sur coup en Tunisie et en Égypte. Le monde arabe s’embrase. Aucun pays n’est épargné du Yémen au Maroc en passant par Bahrein et l’Algérie. Des soulèvements populaires se produisent là où on ne les attendait pas. Les Libyens payent un lourd tribut pour se libérer. Tous ces peuples réclament des libertés démocratiques, écrasés sous une chape de plomb de silence. Leurs revendications sont aussi sociales : ils demandent des emplois, une autre répartition des richesses, dénoncent la corruption des régimes et exigent la transparence et la justice.

Dans cette vague déferlante qui secoue tant de pays, les femmes sont présentes à tous les niveaux de la contestation. En Tunisie, elles ont massivement manifesté le 29 janvier pour réclamer l’égalité des droits et le 19 février une première marche a été organisée pour la liberté et la laïcité. En Algérie, des associations féministes réclament depuis des années l’abrogation du Code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, et revendiquent des lois égalitaires. Dans d’autres pays, comme en Égypte, même si la voix des féministes est à l’heure actuelle beaucoup plus ténue, des femmes revendiquent l’abrogation du code du statut personnel, la mise en place d’un État laïque et leur participation à la commission pour la réforme de la constitution.

Ailleurs, la voix des féministes est carrément inaudible ou inexistante. Ces soulèvements populaires verront-ils l’émergence d’une revendication féministe d’égalité ? Nul ne peut le dire d’autant plus que dans certains de ces pays le poids des fondamentalistes musulmans et des conservateurs qui veulent cloîtrer les femmes dans des vêtements comme dans les maisons est d’importance et fait parfois craindre le pire. Pèsent aussi la pauvreté et les guerres comme en Irak et en Afghanistan. Mais l’aspiration à la démocratie, le bouillonnement révolutionnaire contre ces régimes autoritaires et corrompus sont des moments propices aux remises en cause en profondeur. Personne ne peut prédire l’avenir.

Les féministes savent que par le passé aucune révolution victorieuse n’a garanti les droits des femmes. L’histoire a prouvé le contraire. Alors quelles garanties revendiquer ? Des Tunisiennes réclament la séparation constitutionnelle entre le politique et le religieux. Celle-ci est fondamentale. Elles réclament aussi que l’égalité formelle soit gravée dans le marbre de de la Constitution.

Cette égalité formelle n’est certes pas une garantie suffisante : les démocraties occidentales le démontrent chaque jour. Mais c’est une condition sine qua non et un préalable pour toute démocratie. La meilleure des garanties reste la mobilisation des femmes elles-mêmes et des hommes qui soutiennent leurs revendications.

Pour nous féministes, les temps que nous vivons sont inédits. Inédits, car c’est la première fois dans l’histoire que nous voyons se dérouler des révolutions tout en ayant en mémoire des exemples historiques : ceux des révolutions du XXe siècle et ceux des mouvements de libération des femmes qui ont bousculé une partie du monde contemporain. Nous savons les dangers qui nous guettent mais nous savons aussi les opportunités que nous pouvons saisir.
Bientôt le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. A cette occasion, nous avons manifesté le 5 mars à Paris en solidarité avec les femmes des pays arabes, d’Iran et d’Afghanistan en soutien à leurs luttes et à leurs aspirations. De ces pays nait l’espoir, nous ne saurions passer à côté.

Nadia Chaabane, Sérénade Chafik, Suzy Rojtman, Maya Surduts, féministes d’Égypte, de France, de Tunisie


Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/idees/article...