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Les nouvelles rebellions américaines s’inspirent du monde arabe

Richard Greeman, 6 mars 2011

Inspirés par le soulèvement massif du peuple égyptien, plus de 100,000
travailleur/euses se sont rassemblés à Madison, capitale de l’État de
Wisconsin (EU) pour contester les ‘reformes’ radicales propsées par le
nouveau gouverneur républicain Scott Walker. Véritable attaque en
règle contre le ‘Middle Class’ (les travailleurs), ll s’agit de
licencier 21,000 employés, d’amputerle budget de l’éducation, de
brader les eaux et forêts au premier venu, d’annuler les acquis
sociaux portant notamment sur la santé et la retraite, et d’abroger de
fait le droit syndical du secteur public. Tout cela bien sur pour
combler une ‘dette’ publique plutôt fictive. Attaque surprise,
d’ailleurs : Walker s’était fait élire comme Républicain ‘modéré, ayant
évincé le candidat du Tea-Party (réseau d’extrème droite) dans les
primaires.


Dans le Capitole occupée

La riposte populaire a été aussi immédiate qu’imprévue. Le Capitole,
siège du gouvernement, est investie pendant 14 jours par des centaines
et parfois des milliers de contestataires – enseignant/es, employé/es
des services sociaux syndiqué/es – et leurs allié/es : jeunes,
étudiant/es, retraité/s – avec l’appui officiel et volontaire des
syndicats solidaires des policiers, pompiers, ambulanciers dont le
statut n’étant pas remis en question). D’ailleurs le chef de la police
de la Capitale a refusé d’exécuter l’ordre du Gouverneur d’évacuer les
occupants, arguant qu’une intervention dans une manifestation publique
pacifique prêterait à des violences qui pourraient inutilement mettre
en danger ses agents (!) Une solidarité inouiïe qui rappelle le
passage au peuple des éléments des forces de l’ordre en Tunéisie et en
Égypte.

Comme dans la Place Tahir au Caire, cette occupation entièrement
pacifique se développe en foyer de démocratie populaire, bouillonnant
d’idées et d’initiatives. Pour se ravitailler, elle a fait la fortune
des pizzaerias de la capitale mais des sympathisants de partout
préparent et envoyient des vivres. Les liens entre militant/es de
différents mouvements, entre jeunes et vieux, syndiqués et simples
citoyens se nouent spontanément ; de nouveaux militants se forment,
apprennent à organiser des conférences de presse, à publier des
bulletins, etc. Des réseaux de résistance se tissent qui perdureront
et qui seront prêts à continuer la lutte, quel que soit l’issue de
cette crise. Comme disent les Egyptiens après Tahir : les choses ne
pourront jamais être le même.

Le mouvement se généralise

En attendant, dans le cas où Walker arriverait à imposer ses lois, on
prévoit la possibilité d’une grève générale. Une motion a été votée à
l’unanimité (moins un) par le Conseil intersyndical. Un militant
raconte : “Le gouvernement dit qu’on n’a pas le droit de faire grève,
mais on n’avait pas le droit de faire grève en Égypte et ils ont fait
grève ! D’ailleurs, nous avons reçu un coup de fil du syndicat des
enseignants d’Égypte indiquant leur soutien.” C’est inouïe.

De plus, à l’instar des soulèvements des pays arabes dont il
s’inspire, le mouvement de Madison fait tache d’huile : on manifeste
dans 50 autres villes du Wisconsin et la révolte se répercute dans les
Éétat voisins d’Ohio (20,000 manifestants avant hier), d’Illinois et
juqu’en Iowa. Dans ces états aussi, le nouveau régime instauré par les
Républicains d’extrême droite depuis janvier 2011 se traduit par les
mêmes attaques contre le mantien des services sociaux et les droits
syndicaux des travailleurs du secteur public : ceux dont nous dépendons
pour éduquer nos enfants, soigner nos maladies, faire fonctionner les
transports et les autres services publiques qui rendent la vie des
autres travailleurs supportables. D’où l’énorme mouvement de
solidarité des parents d’élèves et des usiteurs des hôpitaux, services
de logement etc, qui donne à ce mouvement un authentique caractère
populaire.

Ce populisme (dans le sens positif) rappelle les traditions radicales
encore vivantes du Parti Ouvrier-Paysan deu Wisconsin et de son leader
populaire Bob “le Batailleur” La Follette, Gouverneur et Sénateur
(1906-1925) du Wisconsin, ennemi des trusts et des banques,
Républicain puis Progressiste, dont la statue domine le foyer du
Capitole occupé. De plus, la ville de Madison héberge le campus de
l’Université du Wisconsin, grand foyer de contestation étudiante
pendant la Guerre du Vietnam, et c’est le Syndicat, très radical, des
‘Teaching Assistants’ (étudiant/es du second cycle universitaire
chargés de cours) qui le premier a lancé l’occupation.

Attaques coordonnés de la Droite

Cette mobilisation prometteuse fait face à une véritable offensive de
classe capitaliste, organisée et financée au niveau national par des
fondations et des milliardaires républicains d’extrême droite, dont
les frères Koch quasi-fascistes et le baron des médias de droite
Rupert Murdoch (Fox News). Les réseaux super-patriotes du ‘Tea Party’
leur servent de troupes de choc. Comme en Europe, la prétendue crise
de la ‘dette’ leur fournit un prétexte pour s’attaquer aux salaires et
aux avantages sociaux. Cette dette est souvent factice. Au Wisconsin,
les Républicains ont commencé la session législative en donnant aux
riches et aux grands groupes un cadeau de $100,000,000 (environ sept
cent millions d’Euros) en exemptions d’impôt, avec le résultat évident
que les caisses du gouvernement, auparavant équilibrées, se sont
vidées. Ensuite, on crie à la crise financière et à la dette,
mensonges relayés par tous les média.

Selon la pensée unique américaine, les énormes soubventions données
aux grosses firmes (dont la plupart paient zéro impôts grâce à de
multiples ‘exemptions’) servent à “créer de l’emploi.” En fait, les
profits des banques et des grands groupes qui s’accumulent de façon
mirobolante ne sont pas réinvestis dans l’économie réelle. Au
contraire, là on licencie. Hélas, même les syndicalistes du Wisconsin
semblent accepter cette fausse logique conventionelle. Pour montrer
leur bonne volonté et ‘partager les sacrifices’ imposées à tous (sauf
aux riches) par une dette fictive, les Syndicats ont renoncé à toute
revendication économique et ont accepté, par avance, les réductions de
salaires proposées par le Gouverneur Walker ! Alors pourquoi
s’acharnent-t-ils — lui et les autres gouverneurs qui suivent le même
scénario élaboré dans les Think-tanks de la Droite américaine —
contre ces syndicats ?

Les syndicats du public ciblés

Les syndicats des services publics sont particulièrement ciblés parce
qu’ils représentent le dernier rempart de la classe ouvrière
organisée, le syndicalisme dans le secteur privé étant depuis
longtemps impuissant, victime des délocalisations et des ‘années de
consessions inutiles de la part de la bureaucratie syndicale. Les
syndicats des instituteurs et profs sont les premiers en ligne de mire
partout, car on veut démanteler l’école publique et déprofessionaliser
les enseignant/es et ils font obstacle.

Les syndicats du public sont aussi le dernier rempart du Parti
démocrate, qui dépend de leur soutien dans les élections. Alors qu’au
niveau national, les Démocrates, Obama en tête, ont déçu les attentes
de leurs électeurs syndiqués pour suivre la ligne de Wall Street, au
Wisconsin les 14 Senateurs démocrates soutiennent le mouvement à fond.
Ainsi, pour empêcher que les réformes soient imposées par le Sénat, où
les Républicains ont la forte majorité, les 14 ont quitté le Wisconsin
afin de bloquer le vote en par défaut de quorum. Le Gouverneur parle
d’envoyer la police les arrêter pour les ramener de force — ou de
farce. (Moins drôle, un haut responsaible de l’Ohio a proposer
d’envoyer la police avec l’ordre de tirer à balles mortelles.)

Un début de réveil

Ce mouvement prometteur annonce un début de réveil des mouvements
sociaux américains, endormis depuis l’élection d’Obama en 2008.
L’électorat qui l’a plébéiscité est composé en une large mesure
d’employé/es, de syndiqués, de jeunes, de femmes, de retraités
démunis, de travailleurs pauvres, de Noirs, de minorités éthiques,
d’anti-guerres et d’éléments ‘libéraux’ et ‘progressistes.’ On a dansé
dans la rue au moment de sa victoire (à Chicago ! En hiver !) On
s’attendait à des ‘Changements’ (le slogan d’Obama) positifs en sa
faveur et s’est trouvé complètement desemparé quand leur idole s’est
soumis à Wall Street tout en continant les sales guerres et
répressions liberticides de Bush. Mais alors que Wall Street s’est
relevé de la crise de 2008 et que les grandes fortunes augmentent
vertigineusement, la dépression s’approfondit de plus en plus dans le
pays profond avec 20% de chômage effectif, une misère croissante, les
expulsions du domicile, les fermetures d’écoles, les licenciements en
masse.

Il fallait bien qu’on se mobilise, et les soulèvements du monde arabe
ont donné du courage à ce peuple puissant mais désarçonné. Belle
ironie que les foules arabes “donnent des leçons de démocratie” aux
travailleurs américains dont les dirigeants prêchent d’en haut la
démocratie au monde arabe (tout en lui imposant d’odieuses
dictatures). Mais c’est normal. Face aux attaques d’un seul et même
ennemi, seules la solidarité internationale et l’extension des luttes
peut donner une réponse adéquate aux attaques coordonnées lancées
contre les travailleur/euse dans tous les pays.