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« Quelles mesures doivent-être prises pour rompre avec le colonialisme »

Mireille Fanon Mendès France, 1er mars 2011

Aujourd’hui que signifie « rompre avec le colonialisme » alors que sont légitimés la domination et le déchaînement de la violence des plus puissants ?

Ces mêmes puissants partent, au nom de la préservation de leurs intérêts, dans des croisades « civilisationnelles » qui cachent mal leurs objectifs de soumission des peuples et d’appropriation des ressources de la planète. Pour mieux y parvenir, la première victime de la guerre sans fin des nantis contre les damnés de la terre est le droit à l’autodétermination, fondement du droit international, reconnu et consacré par la Charte des Nations Unies et proclamé par l’ONU comme étant le droit de tout peuple à se soustraire à la domination coloniale.

Ce droit, qui devrait être la garantie d’une société pluraliste et démocratique, selon la formulation contenue dans la revendication en faveur d’un nouvel ordre économique international de 1974, est neutralisé par les sociétés transnationales avec l’aval de l’ONU.

Ainsi, le Conseil de sécurité n’a plus pour objectif de maintenir la paix et la sécurité internationales, mais apparait clairement comme l’instrument des Etats-Unis et de leurs alliés. Ce Conseil est l’instance suprême d’interprétation arbitraire au service des grandes puissances. Le pouvoir discrétionnaire qui lui a été attribué par la Charte des Nations Unies est mis au service des seuls intérêts des plus forts. L’illustration la plus tragique en est le sort fait au peuple palestinien.

La reconfiguration démocratique des relations internationales est donc un préalable à l’instauration d’un ordre démocratique débarrassé du colonialisme.

L’asservissement de l’ONU s’accompagne d’une mise au pas économique globale au nom des marchés et du dogme libéral érigé en doxa indépassable de la gestion efficace des économies et des sociétés.

Dans le dispositif global de domination, les institutions multilatérales jouent un rôle fondamental. Le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et l’OMC sont des instruments d’asservissement des économies de la planète et de leur amarrage aux marchés internationaux contrôlés par les multinationales.

Leur action est accompagnée, au prétexte de solidarité internationale et d’action caritative, par certaines grandes ONG qui se substituent aux Etats, introduisant une forme de dépendance perverse.

Au plan politique, le soutien à des dictatures liberticides et corrompues est l’axe « réaliste » des diplomaties occidentales. Ce soutien multiforme est à l’origine des blocages sociopolitiques, des guerres civiles et des conflits de toutes natures qui déchirent l’Afrique. Les élites militaro-civiles portées à bout de bras par des instances officielles et des réseaux informels (la Françafrique) sont de fait les fondés de pouvoir de l’ordre colonial relooké. Sortir du colonialisme suppose de mettre un terme à ces relations de domination porteuses de négation.

Aujourd’hui, les pratiques coloniales sont mises en œuvre dans les territoires mêmes des colonisateurs. L’exclusion de larges catégories des populations dans les « démocraties avancées », la précarité et les stigmatisations ethnico-culturelles sont les indicateurs clairs que la globalisation libérale fondée sur des stratégies coloniales n’épargne personne. Les Etats occidentaux, parangons de modernité, affirment tout à la fois être les seuls à détenir le modèle démocratique achevé et le modèle économique par excellence et mettent œuvre des politiques de domination et d’aliénation caractéristiques du système colonial le plus rassis. Ironie de l’Histoire et démonstration implacable de la continuité des méthodes du libéralisme !

Dès lors, sortir du colonialisme devrait consister à rompre avec les logiques pathogènes du libéralisme et avec les instruments de domination que l’Occident utilise massivement pour maintenir les pays du Sud dans une logique de dépendance et qu’il retourne, dans un logique mortifère, contre ses propres sociétés .

Rompre avec le colonialisme impose, comme le précise Achille Mbembe, de « sortir de la grande nuit » en abandonnant le modèle européen qui n’a apporté pour les peuples du monde que mort, pillage et négation des peuples. Aujourd’hui, et c’est là une belle leçon de l’histoire, la grande nuit est partout mais l’aube des damnés commence à se lever...


Mireille Fanon Mendes France est membre du Conseil International des Forums sociaux mondiaux

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