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Kabila l’a échappé belle

Colette BRAECKMAN, 28 février 2011

Plus de peur que de mal, mais beaucoup de questions : le président Kabila ne se trouvait pas à sa résidence dimanche midi lorsqu’un groupe d’hommes armés tenta de mener l’assaut. Le chef de l’Etat, à l’improviste, s’était rendu du côté de l’aéroport de N’Djili, afin de surveiller l’état d’avancement de certains chantiers. Alors que Kabila inspectait des routes, une quinzaine d’hommes en civil se présentèrent à la première barrière contrôlant l’accès à sa résidence, assurant qu’ils avaient rendez vous à l’ambassade de Suisse, qui se trouve dans l’enceinte présidentielle. Lorsque les soldats de la garde républicaine entreprirent de fouiller les visiteurs, des machettes apparurent ! Un autre groupe, arrivé en renfort, probablement depuis la rive du fleuve et équipé d’armes lourdes engagea immédiatement la bataille avec les militaires de faction. Durant quelques minutes, tout le quartier situé autour du Grand Hôtel de Kinshasa retentit du fracas des coups de feu et le périmètre fut rapidement bouclé.

Lorsque les assaillants, une centaine d’hommes au total, furent repoussés, certains d’entre eux attaquèrent aussi le camp Kokolo, un camp militaire logistique situé à proximité, mais ils furent rapidement neutralisés. Lorsque le président, revenu de N’Djili, arriva sur les lieux, le calme avait été rétabli et une quinzaine d’ assaillants plus deux militaires avaient perdu la vie. Une trentaine de membres du commando furent faits prisonniers et ont immédiatement été interrogés.

Selon quelques proches de la présidence, le chef de l’ Etat, indemne, a présidé lundi matin une réunion de ses conseillers en matière de sécurité. D’après des témoins, les assaillants, lourdement armés et possédant aussi des machettes et des flèches, auraient pu être drogués et ils ne s’attendaient visiblement pas à la résistance opposée par la garde républicaine.

Dès les premiers coups de feu, les rumeurs ont commencé à circuler à Kinshasa où l’opinion s’est interrogée sur les auteurs et les commanditaires de cette opération, aussitôt décrite comme une « tentative de coup d’Etat » par le Ministre de l’ Information Lambert Mende, tandis que l’opposition à l’extérieur dénonçait sur Internet une « mascarade ». L’hypothèse d’une tentative de déstabilisation généralisée ne résiste pas au fait que partout dans la ville le calme a été maintenu, tandis que la thèse d’un “coup monté” par le pouvoir est démentie par le nombre de victimes et le témoignage des prisonniers…Ce qui semble certain, c’est que la personne du chef de l’Etat congolais a bien été visée par une centaine d’assaillants lourdement armés, dont les commanditaires sont encore inconnus…

A cet égard, les observateurs relèvent que, depuis plusieurs semaines, un certain malaise était perceptible à Kinshasa : dans plusieurs ministères, des dépenses cependant budgétisées n’avaient pas été engagées. En outre, à quelques mois des élections de novembre, le climat politique s’était alourdi : l’opposition avait vécu comme un coup de force la décision de recourir au vote majoritaire à un tour pour l’élection présidentielle, la composition de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) avait suscité des polémiques. Cette commission sera probablement dirigée par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, un Katangais réputé proche du président. En réalité, le pasteur Ngoy, qui a été l’adjoint de l’évêque sud africain Desmond Tutu, a mené plusieurs missions de paix en Afrique tandis qu’au Congo, il a réussi de spectaculaires opérations de désarmement, échangeant des armes contre des vélos ou des dollars…

D’aucuns craignent aussi un durcissement des conditions de détention d’un prisonnier politique connu, défendu par le Barreau de Bruxelles, l’avocat Firmin Yangambi. Ce dernier, accusé de complot, est traduit devant la Haute Cour militaire et risque la peine de mort. En réalité, le « crime » le plus évident de cet avocat de Kisangani a été de se proposer comme candidat potentiel à la succession du président Kabila, arguant de ses relations dans la société civile et sur la scène internationale. Aujourd’hui, Me Yangambi redoute d’être considéré comme le « commanditaire intellectuel » de l’attentat manqué de dimanche !

En réalité, ces commanditaires peuvent aussi être recherchés hors des frontières : les relations sont mauvaises entre Kinshasa et Luanda qui reproche à son voisin de revendiquer les réserves de pétrole off shore de son plateau continental et un axe circonstanciel Kigali-Luanda, béni par certains milieux n’ayant pas “digéré” les contrats chinois ou se plaignant du “climat des affaires” ne doit jamais être exclu…


Voir en ligne : Le blog de Colette Braeckman