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Du Caire au Wisconsin : ce n'est qu'un début !

Ronald Cameron, 25 février 2011

Un bras de fer se poursuit toujours dans l’État du Wisconsin malgré l’adoption par la chambre des représentants du projet de loi anti-syndicale du gouverneur Scott Walker. Il faut maintenant qu’il obtienne la majorité au Sénat de l’État, qui est toujours bloqué par le boycott des élus démocrates. Rappelons que plus de 70 000 personnes syndiquées et citoyennes, du jamais vu depuis plus de quarante ans, ont envahi le Capitole de Madison, la capitale du Wisconsin le 16 février dernier, ce qui a fait dire à Paul Ryan, le représentant du Wisconsin à Washington “It’s like Cairo has moved to Madison” ! (NYT 16 février 2011). Tout en tenant compte des particularités de la situation américaine, des parallèles remarquables peuvent être faits avec la situation au Québec.

Le conflit oppose, d’une part, le gouverneur républicain ultra-libéral de 43 ans, Scott Walker, et ses partisans du Tea Party et , d’autre part, les salariés du secteur public et tout le mouvement syndical américain. Le projet de loi vise rien de moins que l’abolition des conventions collectives des fonctionnaires. Il propose la suppression de toutes les dispositions autres que salariales, qui resteraient négociables aux 7 ans ! Pour le personnel enseignant, le projet de loi prévoit l’implantation d’un système d’évaluation avec congédiement à la deuxième évaluation négative, ainsi que l’octroi de bonus lors d’avis positif ! Au plan monétaire, il demande aux fonctionnaires de réduire leurs salaires d’environ 8% environ, en doublant notamment leur contribution aux assurances santé et en leur demandant de payer finalement leur fonds de pension.

« L’état des finances publiques ! »

Le motif de cette offensive ? Selon le gouverneur, c’est l’« état des finances publiques » ! Et pourtant, dans le pays le plus endetté au monde, le Wisconsin ne présente pas le bilan le plus catastrophique des États-Unis : un déficit de 131 millions de $ pour l’année courante et un autre anticipé de 1,8 milliard de $ pour l’an prochain. La Californie aura un déficit de 25 milliards de $ pour une population 7 fois plus grande. L’économiste libéral, chroniqueur au New York Times, Paul Krugman, parle donc d’un coup de force politique du gouverneur républicain, dirigé contre les syndicats mais aussi contre les démocrates (NYT 20 février 2011).

En effet, fort de sa victoire de novembre dernier au Sénat américain, le gouverneur a profité de cet élan pour déposer ce projet de loi au lendemain de son investiture en janvier. Il s’agit d’une attaque revanche contre ce qui reste du syndicalisme américain, le secteur public, compte tenu que le poids du syndicalisme dans le secteur privé est maintenant réduit, avec un taux de syndicalisation de 7% en moyenne aux États-Unis.

La mobilisation pousse les démocrates à fuir !

Mais, l’adoption du projet de loi est toujours bloquée par l’absence de l’opposition démocrate au Sénat de l’État qui fut poussée à disparaître en Illinois par la mobilisation sans précédente de la mi-février. Le gouverneur en colère a d’ailleurs mis la police à leurs trousses, mais les sénateurs démocrates ont indiqué vouloir y demeurer tant et aussi longtemps qu’il le faudra. Tout ce jeu a permis aux salariés de poursuivre leur mobilisation durant toute la semaine, avec des grèves et des rassemblements, bloquant notamment le secteur de l’éducation.

Certains éditorialistes appellent aujourd’hui au congédiement du personnel enseignant, comme l’a fait Ronald Reagan avec les contrôleurs aériens au début des années 80 ! Le dimanche 27 février, un débat télévisé retransmis à l’échelle nationale mettra au prise le gouverneur de l’État et rien de moins que le président de l’AFL-CIO, Richard Trumka.

Un sursis dans « la course vers le bas » ou un regain prometteur du syndicalisme américain ?

Le sursis dans la séquence parlementaire au Wisconsin n’empêchera peut-être pas l’adoption du projet de loi. Il est connu que les démocrates négocient actuellement pour retirer l’abolition des conventions collectives du projet, en conservant en contre-partie les mesures de réductions salariales. Mais le momentum de mobilisation a déjà mis les partisans du T-Party sur la défensive.

Si la relance de l’action syndicale, comme certains le croient, permet de dissiper les effets d’un recul circonscrit dans le jeu politique américain et de l’« union-bashing », ce coup de sang du syndicalisme américain pourrait peut-être donner espoir. Mais il en faudra plus compte tenu que les républicains du voisinage, d’Ohio ou du Tennessee, un « Free Union State », suivent la situation avec intérêt et compte tenu de leurs intentions annoncées de capitaliser sur leurs victoires de novembre dernier.

Au Québec, la manifestation unitaire du 12 mars est déjà une victoire

Au Québec, le fait de retrouver une jonction entre l’Alliance sociale et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, et de voir cet appel vidéo conjoint réalisé de manière unitaire, agit un peu de la même manière sur le moral des troupes et constitue certainement un espoir pour le mouvement social. Mais, espérons que ce ne sera pas l’aboutissement de la contestation, mais plutôt un début d’une mobilisation sociale plus ambitieuse.


Voir en ligne : Vidéo de la manifestation du samedi 12 mars à Montréal

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