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Alternatives attaqué !

Michel LAMBERT, 24 février 2011

C’est par ces deux mots qu’a débuté ma journée d’hier. Alternatives est une fois de plus la cible d’un reportage dans la presse, cette fois sous la plume d’un obscur professeur des HEC de Montréal…

Soyons clair, je dis obscur car je ne connais le monsieur ni d’Ève ni d’Adam. Clairement, à lire son texte, lui aussi s’y connaît peu en terme de coopération internationale.

À sa décharge, il n’est pas le premier cependant. Alternatives est attaqué régulièrement, tant à gauche qu’à droite. Ce qui est frappant dans les charges qui sont menées, et dans tous les cas, c’est cette aberrante et totale abstraction de ce que nous faisons réellement. En bref, aucun de nos détracteurs ne semble savoir ce que nous faisons vraiment et leurs attaques ne sont finalement que des jugements de valeurs basés sur aucun fait !

Monsieur Coiteux pêche ainsi par deux fois, et gravement.

D’un côté, il laisse dangereusement entendre que les organisations de coopération internationale qui osent aussi faire un travail de sensibilisation du public et de plaidoyer auprès de nos gouvernements le feraient au détriment de leurs engagements à réaliser des projets de développement et des projets humanitaires au Sud. Ses savants calculs, obtenus grâce à nos rapports publics, démontreraient selon lui d’un certain « détournement » des deniers publics prévus pour l’aide qui seraient ainsi « redirigés » vers le plaidoyer politique.

Pourtant, rien n’est plus faux et tous les fonctionnaires canadiens attachés au travail de coopération internationale pourraient aisément expliquer à Monsieur Coiteux que les projets humanitaires ou de développement que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) finance aux organisations sont scrutés minutieusement, deux fois plutôt qu’une ! En bref, si l’ACDI contracte Alternatives pour appuyer des campagnes en Irak pour les droits des femmes (et c’est justement le genre de travail pour lequel l’État canadien fait appel à nos services), c’est très précisément à cette fin que les sommes allouées serviront ! Les projets sont approuvés en fonction des priorités de l’ACDI, puis ils sont évalués, revus et audités, parfois à plusieurs reprises. Il est donc totalement impossible que ne soient utilisés des fonds autrement que ce pour quoi ils ont été accordés ! Dites-moi Monsieur Coiteux, qu’est-ce que vous avez contre le fait que nous utilisions 82% de nos ressources pour les droits des femmes ???

Deuxièmement, et c’est plus grave encore, l’article laisse entendre que pour avoir le droit de faire valoir une opinion au Canada, il faudrait être élu !... (ou peut-être bien professeur aux HEC….)

Il s’agit d’une prise de position qui fera sans doute plaisir à certains à Ottawa, mais c’est tout de même une position très dangereuse. Les organisations de coopération internationale, comme les organisations sociales ne sont pas « en compétition » avec les partis politiques mais se composent tout de même de gens qui pensent et ont, dans une société de droit, la liberté d’exprimer des opinions. Au Canada, nos organisations animent, éduquent et impliquent une TRÈS large base citoyenne, bénévole et philanthropique. Ces citoyens québécois et canadiens qui nous appuient financièrement, mois après mois, ne sont pas, par exemple, en faveur de la guerre en Afghanistan ni ne croient qu’il fallait mettre le Protocole de Kyoto au rancart. Curieusement, ces citoyens canadiens, si on se fie aux derniers sondages, sont justement la majorité des canadiens et ce n’est donc qu’une minorité qui croit aux politiques de l’actuel parti au pouvoir ! L’argumentaire de la majorité élue ne tient pas la route et plus que jamais, il y a un réel danger à chercher à éliminer tous les débats au Canada !

Pour revenir à la coopération internationale, il importe de savoir que le Canada injecte actuellement plus de 90% des ses moyens dans le système multilatéral de l’ONU où il ne lui revient aucune visibilité et encore moins de contrôle. Plaider présentement en faveur de la réduction de la part des ONG revient essentiellement à plaider en faveur de la fin du système de coopération canadien car, à l’international, les seuls et uniques représentants de la coopération canadienne sont les ONG canadiennes. Les plus récentes décisions du gouvernement conservateur en coopération internationale qui visent justement à défavoriser nombre d’organisations auront comme conséquence immédiate de priver le pays de l’expertise et de la présence efficace de plusieurs organisations de coopération ce qui menace justement tout le système de coopération.

Déjà, au sein même de l’ACDI, des voix laissent entendre que le Canada est en train de couper ses yeux et ses oreilles…

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