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Est-ce la fin des politiciens traditionnels ?

Pierre-Raymond Dumas, 22 février 2011

Pour la superstar Wyclef Jean, candidat à la présidence écarté par le CEP, les politiciens traditionnels (locaux) sont « finis ». C’est un jugement absolument restrictif, étriqué. La percée de Michel Martelly qui a construit tout son discours sur le rejet de la classe politique est, à bien des égards, la résultante de la faillite et du discrédit de cette dernière au sein d’une population, au mieux, d’une jeunesse sans repères ni modèles. Est-ce tout ? Les évidences- l’impopularité de nos dirigeants, la misère et l’ignorance des masses, la faiblesse organisationnelle des partis politiques et des associations socio-professionnelles, l’opportunisme indécent des forces d’argent etc- ne suffisent pas pour expliquer la situation actuelle aussi incertaine que décevante.

Michel Martelly, comme le jeune prêtre Jean-Bertrand Aristide en 1990, est en train de « surfer » sur un vaste mouvement populaire de désamour et de rébellion. Pour stopper le retour à une forme plus ou moins larvée du macoutisme militaire, il a fallu l’émergence victorieuse d’un Titid soutenu charnellement par la gauche, le peuple des bidonvilles et une large partie de la petite bourgeoisie. Un Titid anti-bourgeois, anti-capitaliste, anti-patatiste. Michel Martelly a été, tout au long du premier tour, le seul candidat à « démollir »avec virulence l’ordre politique défaillant incarné par René Préval mis K.O. électoralement. Un ordre incapable de produire des « résultats » positifs pour combattre la pauvreté et l’insécurité, l’analphabétisme et la corruption. Sweet Micky, pour cette classe politique divisée et stérile, représente, comme Titid en ses années de triomphe hégémonique, un empêcheur de tourner en rond, un trublion, un « corps étranger ». Il n’y a donc là rien de nouveau. Aucune leçon constructive n’a été tirée par les hommes politiques et le secteur des affaires de l’intrusion surprenante et fulgurante d’Aristide sur la scène politique à la « faveur » des dérives des militaires, obnubilés par le pouvoir. Et aujourd’hui ?

C’est, une fois de plus, une conjoncture politique de plus en plus tendue que personne n’arrive à déchiffrer : Michel Martelly en face de Mirlande Manigat. La droite ( contestataire ? ) contre la démocratie chrétienne. Tous les schémas, comparaisons, pronostics historiques réducteurs pleuvent. Mais 2011 n’est pas 1990. Et puis ? 

Il s’agit d’un second tour inédit, presque inespéré qui peut se transformer en un creuset d’affrontements et d’antagonismes, sur fond d’intolérance et d’agressions, entre deux générations, entre deux parcours, entre deux « idiosyncrasies ». Une bataille électorale demeure bien souvent une cascade de surenchères verbales. C’était là toute la base offensive de l’heureux élu du 16 décembre 1990. C’est ce que fait en partie aujourd’hui le fameux miraculeux de ce second tour controversé. En partie ? Oui, car le chef historique du mouvement Lavalas, lui, attaquait directement la classe politique traditionnelle, les duvaliéristes, les Américains, l’Armée macoute, l’Eglise catholique, la Banque mondiale et le FMI ( fon malfektè entènasyonal), "les bourgeois patri-proches" elatriye.

Dans ce « fas a fas » entre la représentante des politiciens traditionnels et leur époustouflant contempteur, rien n’est encore définitif. Est-ce que la classe des politiciens traditionnels va, dans un grand sursaut d’orgueil, soutenir à bras-le-corps Mirlande Manigat ? Est-ce que ce second tour, piloté par la communauté internationale, va reproduire l’exprérience de 1990 ou raffermir le système des partis ? Ce sont là des questions incontournables, des questions dont les réponses, on l’a vu au cours de ces vingt dernières années, ont bouleversé tragiquement notre vie de peuple.