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Haïti : Adieu 2010, année terrible – Confusion et incertitude à l’orée de 2011

Gotson Pierre, 4 janvier 2011

Le processus électoral incertain que vit Haïti ferme au niveau politique un an de cauchemar pour le pays, frappé, entre autres malheurs, par un tremblement de terre dévastateur ayant tué environ 300.000 personnes et une épidémie de choléra qui a déjà causé plus de 3.000 morts.

2010 a été une année terrible pour la nation caribéenne qui, en janvier, a vu mourir en quelques secondes des milliers de personnes aplaties sous des blocs de bétons, avant de subir les conséquences mortelles du choléra. Ces catastrophes ont été suivies par d’autres tragédies, comme le passage de l’ouragan Thomas, responsable de la mort de plus de 20 personnes et de millions de dollars de dommages dans l’agriculture.

Le panorama s’est compliqué encore plus avec l’incertitude des élections présidentielles et législatives, dénoncées comme frauduleuses et dont les résultats, qui ont enclenché de violents incidents, doivent subir une révision par une mission de l’Organisation des États Américains (OEA) avant un second tour en 2011.

12 janvier

Les Haïtiens n’oublieront pas facilement la date du 12 janvier et cette heure fatidique : 16:53, à laquelle un tremblement de terre de 7 degrés sur l’échelle de Richter a changé en enfer la capitale, Port-au-Prince, et quelques s villes voisines.

La douleur intenable, les pleurs et le désespoir des premiers moments, ont donné lieu à une crise humanitaire de grande envergure, avec 300.000 blessés et 1,5 millions de sinistrés.

Les sans-abri ont dû s’installer sous des bâches précaires et des tentes dans 1300 camps, où ils vivent depuis, en proie à de grandes difficultés d’accès aux services de base.

La première réponse à l’urgence a mobilisé les ressources du gouvernement, des organisations humanitaires et de la communauté internationale, qui à la fois s’occupaient de la distribution de l’aide internationale et planchaient sur la « reconstruction » du pays.

Près d’un an après cette tragédie, la majorité des déplacés continuent de vivre dans des conditions pénibles dans des camps improvisés et moins de 20 pour cent de l’aide internationale prévue pour cette année a été déboursée en septembre.

Malgré l’ampleur de la catastrophe, la crainte de l’apparition d’épidémies, tel que cela se manifeste en de pareilles circonstances, n’a pas été justifiée dans les mois qui ont suivi le cataclysme. La gestion de la crise s’est ainsi particulièrement axée sur la distribution de nourriture et d’eau, l’enlèvement des décombres et quelques autres services.

Désagréable surprise

L’apparition de l’épidémie de choléra, huit mois après le séisme, a pris Haïti par surprise et mis à nouveau en échec les stratégies du gouvernement, des organisations humanitaires et de la communauté internationale.

La maladie, dont les premiers cas ont été détectés le 19 octobre, a tué plus de 3.000 personnes et en a affecté plus de 130.000, alors qu’on s’attend à 400.000 cas dans moins de six mois.

À nouveau, l’aide internationale d’urgence s’est déversée sur Haiti, spécialement des sels de réhydratation pour soigner les personnes atteintes et des tablettes de chlore pour purifier l’eau. Ce son des produits essentiels qui permettent de faire face à une maladie qui se contracte par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés et qui provoque la mort en quelques heures si le patient n’est pas rapidement dans un centre spécialisé.

De plus, l’épidémie a suscité la grogne de la population contre la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation des Nations Unies (MINUSTAH), présente dans le pays depuis 2004. Plusieurs rapports ont pointé le contingent de soldats népalais basé à Mirebalais (Est) comme propagateur de la bactérie, une accusation cependant rejetée par l’organisation mondiale.

Au milieu de cette nouvelle crise causée par le choléra, le pays a vu mourir 21 de ses habitants lors du passage de l’ouragan Thomas, qui a particulièrement affecté le Sud et le Nord où neuf disparus ont été également enregistrés.

Cerise sur le gateau

La cerise sur le gâteau de cette année terrible est la crise électorale qui a éclaté suite à la publication le 7 décembre des résultats des élections présidentielles et législatives du 28 novembre, truffées d’irrégularités et de fraudes massives, selon des rapports publiés par des organismes d’observation et des dénonciations de divers secteurs politiques.

L’annonce des résultats préliminaires a provoqué une grande vague de violences, qui a fait au moins quatre morts et de nombreux blessés.

Le classement du premier tour a donné vainqueur l’ex-première dame Mirlande Manigat, avec 31,37% des votes, suivie du candidat du parti au pouvoir, Jude Celestin, avec 22,48%. Le chanteur Michel Martelly qui est arrivé en 3e position est donc ainsi hors de la course pour le second tour prévu le 16 janvier 2011.

Mais voilà : un groupe de 12 candidats à la présidence réclame l’annulation pure et simple du scrutin, car selon ces acteurs, l’opération du 28 novembre n’a été qu’une « mascarade » en faveur du candidat officiel. C’est aussi l’avis de divers secteurs qui souhaitent un audit du processus.

Suite à la demande du président René Préval, une mission de l’OEA est arrivée sur le terrain au cours de cette semaine afin de revoir le travail fait par le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Cette équipe jouit de pleins pouvoirs et devrait avoir accès à toutes les données et toutes les instances impliquées dans le processus électoral afin de produire son rapport, suivant un accord signé par le gouvernement, le CEP et l’OEA.

Cette démarche, jugée inconstitutionnelle et qui, selon des analystes, foule au pied les principes de souveraineté d’Haïti, ne constitue pourtant pas une garantie de résolution de la crise née des dernières élections.

Aucune limite n’est fixée dans le temps pour la conclusion des travaux de la mission et il est fort probable que le calendrier électoral ne soit plus respecté, alors que le 7 février, date constitutionnelle de passation des pouvoirs entre le président sortant et le chef d’État élu arrive à grands pas.

Préval n’écarte pas l’option de garder le pouvoir jusqu’au 14 mai, tel que le prévoit une loi controversée votée par le parlement au lendemain du tremblement de terre. Mais la population et les secteurs organisés de différentes sphères de la société, l’entendent-ils de cette oreille ?

A quelques jours du 12 janvier et un mois du 7 février, Préval ne semble pas avoir le dernier mot, alors qu’Haiti est plongée dans la confusion et l’incertitude. [gp/kft apr 31/12/2010 20 :00]

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Voir en ligne : AlterPresse


Écrit avec la collaboration de Francesca Théosmy