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Équateur : nos médias devraient avoir honte !

Michel LAMBERT, 1er octobre 2010

Il y a quinze mois, le 28 juin 2009, un coup d’État organisé par les secteurs réactionnaires de la société hondurienne (l’armée, l’Eglise, le pouvoir judiciaire, les grands médias, la bourgeoisie) et mené avec l’accord du Pentagone, renversait Manuel Zelaya, président élu du Honduras (2006-2010). Ce coup d’État visait explicitement à contrer le processus de réformes politiques et surtout sociales engagé en faveur des travailleurs et des plus pauvres. Il n’était pas non plus étranger au fait que le Président Zelaya ait frayé avec l’idée folle de transformer une base américaine en aéroport international !!

Depuis janvier 2010, après une tentative ratée de récupérer le pouvoir et des élections surréalistes, Manuel Zelaya réside, exilé, en République dominicaine. Il vient d’être nommé, le 18 septembre 2010, député du « Parlacen » - Parlement centre-américain - qui constitue le forum politique régional du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, du Panama et du Salvador. Bien qu’il continue de combattre, ils sont bien peu ceux qui disent ouvertement que Manuel Zelaya reprendra un jour les rênes de son pays.

Aujourd’hui, après quelques heures de doutes, tout indique que l’Équateur a bien failli nous proposer la reprise d’un scénario similaire. Hier, Rafael Correa, président légitimement élu et porteur d’importants changements sociaux tant en Équateur qu’internationalement a presqu’été renversé. Les médias les plus cyniques ont rapporté une histoire à boire debout où des policiers en colère, apparemment révoltés par une baisse de salaire, auraient rudoyé le président Correa jusqu’à l’envoyer dans un hôpital où ils l’auraient par la suite maintenu captif pendant plusieurs heures. Sans doute solidaires de ces « policiers », d’autre auraient pris d’assaut la capitale, les casernes, les autoroutes, les stations de radio, etc….. enfin tout. L’armée, au final, a du déclarer l’État de siège sans qu’on puisse clairement établir si elle allait affronter les policiers ou s’allier à eux.

Cette histoire rocambolesque ne tient pas la route et une fois encore, on nous prend pour des valises ! Rafael Correa, bien sûr, n’est pas nécessairement aimé de tous en Équateur, mais on ne renverse pas un Président élu sur un coup de tête. Il s’agit donc d’un mouvement réfléchi, organisé et surtout supporté !

Car le chef de l’État équatorien avait des tords irréparables et une politique totalement irréconciliable avec la politique américaine. Avec les résultats de son audit de la dette et sa décision en juin 2009 de réduire unilatéralement de plus de 65% le stock de sa dette externe commerciale - près de 2 milliards US$ - Rafael Correa a ouvert une immense boite de Pandore et ainsi montré la voie à tous les pays du Sud dévastés par les dettes. Il a tout simplement décidé de gérer les ressources équatoriennes pour les équatoriens et a résolu de ne pas rembourser des dettes maintes fois payées et surtout contractées illégitimement. Ce geste, le refus de payer, représente rien de moins qu’un précédent historique et un exemple fort pour le monde entier. Mais on ne rigole pas avec les banquiers de Wall Street !

Plus récemment encore, Rafael Correa récidive d’une manière totalement inattendue voire révolutionnaire. Il lançe l’Initiative Yasuní-ITT du nom des trois forages d’exploration qui se trouvent dans la zone « Ishpingo-Tambococha-Tiputini ». Afin de lutter contre le réchauffement climatique, le gouvernement propose de NE PAS exploiter les quelque 850 millions de barils de pétrole situés dans le Parc Yasuní, une réserve naturelle qui contient une des plus importantes biodiversités dans le monde, même si l’exploitation de ce pétrole lourd pourrait rapporter à l’Etat près de 7 milliards de dollars ! Partant du principe de coresponsabilité – ou responsabilité globale pour les problèmes environnementaux de la planète, l’Équateur demande à la communauté internationale une contribution à hauteur de 50% - soit 3.5 milliard de dollars ! - de la manne financière dont il pourrait disposer s’il exploitait ce pétrole.

Non seulement l’Équateur refuse d’alimenter le système international en combustible, mais en plus, demande qu’on la paie pour cela !!

Les deux histoires, celles du Honduras et celle de l’Équateur, sont évidemment liées. Dans les deux cas, des pays tentent de mettre de l’avant des politiques qui favorisent leurs populations et non Washington, la Banque mondiale, où même encore l’économie mondiale ! Les enjeux sont énormes et la réaction impériale est claire. Tolérance zéro !

Mais à bien y penser, c’est sûrement l’histoire des policiers que le Journal de Montréal et les autre copieurs-colleurs médiatiques vont retenir….

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