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Ententes dans le secteur public : transférer l’énergie de la négociation dans la contestation sociale

Ronald Cameron, 14 juillet 2010

La plupart des organisations syndicales du secteur public, sauf la FIQ, viennent de conclure des ententes sectorielles à la date de renouvellement des conventions collectives et à l’échéance du décret. Le Front commun intersyndical, salué largement comme une avancée cruciale pour ces négociations et parfois comparé à celui qui s’est constitué dans les années 70, annonce une entente sur les salaires et les autres matières de table centrale. Comment interpréter la fin de la présente ronde de négociation ? L’entente est-elle justifiée ou traduit-elle un renoncement de la part des syndicats à engager un combat plus audacieux ?

Au vu de la conclusion des négociations, il faut certainement se démarquer de tout triomphalisme dans l’évaluation des résultats. Mais à ce jour, l’ensemble des instances syndicales se satisfont des ententes sectorielles sauf la FIQ qui, par contre, accepte l’entente sur les salaires. Ces instances qui regroupent les représentantes et les représentants, qui proviennent directement des syndicats, recommandent aux assemblées de les reprendre.

Si les investissements demeurent modestes au regard des besoins, on constate toutefois des gains. L’entente marque une certaine reconnaissance de l’importance des services publics. D’ailleurs, le consentement du gouvernement à cette entente, s’il concrétise une volonté politique de conclure avec les syndicats, cache mal un affaiblissement certain de sa position comme gouvernement.

Quelle doit être en conséquence la position à défendre dans un tel contexte ? Quelle attitude prendre sachant que, pour la plupart des membres des assemblées, la perspective de poursuivre la négociation et de consentir à des mandats de grève pour obtenir plus, au lendemain d’une période marquée par un décret, apparaîtra probablement comme peu crédible.

Prenant appui justement sur le fait que la négociation n’a pas remis en question les orientations budgétaires du gouvernement concernant la cure d’amaigrissement de l’État et la poursuite du déficit zéro, on doit tout mettre en œuvre pour que l’action syndicale maintenant change d’agenda et se déploie à un niveau plus politique. Affranchie du poids de la négociation, l’action des syndicats pourra mieux se concentrer sur les aspects plus politiques. Plus que jamais, les énergies doivent se concentrer à construire une alternative politique progressiste au Québec afin de chasser le gouvernement Charest.

L’approche la plus appropriée du point de vue de la démarche auprès des membres des organisations est celle qui vise à transférer l’énergie de la négociation dans le combat social. Cette approche se heurtera certainement au reflux du mouvement, notamment de la part des secteurs les moins mobilisés du mouvement syndical. Elle doit compter sur le ralliement de celles et ceux qui espéraient voir se transformer la négociation en un mouvement politique pour en découdre avec le gouvernement, comme antidote au défaitisme ambiant.

Il importe donc de ne pas isoler l’esprit critique au sein des syndicats à partir d’une position de principe. Viser à mettre à l’ordre du jour une action syndicale de contestation sociale ne doit pas nous faire perdre de vue la réalité du syndicalisme comme instrument de représentation des salariés-es. La bataille contre les politiques d’austérité du gouvernement Charest, contre la hausse des tarifs et l’imposition de nouvelles taxes, contre le resserrement des effectifs dans le secteur public peut se poursuivre sur un autre terrain que celui de la négociation.

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